CLIMAT – En parler, même à Taizé

2014martin-kopp-reforme-2Alors que la communauté de Taizé se prépare à fêter en 2015 les 75 ans de sa fondation, l’été se poursuit avec des débats chaque jour, invitant les milliers de jeunes à réfléchir sur les sujets de société. Il y a quelques semaines, c’est l’eurodéputé belge Philippe Lamberts qui est intervenu sur le thème de la justice dans la finance ainsi que  Martin Kopp, de la Fédération luthérienne mondiale, pour évoquer les conférences à venir sur le climat. Extrait de cette dernière intervention :

« Je suis venu parler d’écologie et de foi chrétienne, de changement climatique et de décroissance… La croissance économique n’est ni soutenable, d’un point de vue écologique, ni souhaitable, d’un point de vue sociétal. Nous sommes aujourd’hui déjà au-delà des limites possibles. Il faut savoir que, si chaque être humain sur terre consommait comme le Français moyen, nous aurions besoin de 2,7 planètes. À l’échelle de l’humanité, nous consommons 1,5 planète par an. La société de croissance véhicule des visions de l’humain, de la société, de l’existence, du bonheur, colonisées par l’économie. En en faisant moins, on peut vivre nettement mieux et ces messages sont très bien reçus par ces jeunes. »

DL

 

Publicités

Protester pour le climat

2014 Climat FPFMartin Kopp, Otto Schäfer, Claire Six-Gateuille, Jacques Varet, Vincent Wahl et quelques autres viennent de rédiger un rapport pour la Fédération protestante de France dans la perspective du sommet international sur le Climat (COP 21) qui se déroulera à Paris fin décembre 2015. Un rapport évoquant le « sens et la pertinence de l’enjeu éthique » qui se profile derrière les décisions à venir.

Dominique Greiner, rédacteur en chef à La Croix et théologien moraliste, en propose un décryptage que je reprends ici :

Un triple enjeu de justice

Le document commence par un bref rappel des données scientifiques concernant le changement climatique. Il s’appuie sur les dernières données rassemblées par le Groupe international d’experts sur le climat (GIEC), qui considère le réchauffement climatique comme « non-équivoque ». Le texte repère ensuite « un triple enjeu de justice » :

– entre les nations, l’impact du réchauffement n’étant pas le même partout, certains pays risquant même de « disparaître physiquement, engloutis par l’océan ». « Nous faisons face à une situation d’injustice notoire : ceux qui auront le moins contribué aux changements climatiques en pâtiront le plus. Cela pose des enjeux évidents de justice distributive  et restauratrice (réparatrice) entre nations, donc non seulement de justice écologique mais aussi de justice économique », écrivent les  auteurs ;

– entre générations, puisque le réchauffement a des impact de long terme et affectera les « êtres humains de demain’ » ;

– entre riches et pauvres, puisque « les populations qui souffrent d’abord des changements, ce sont les couches les plus pauvres et les plus vulnérables de la société (chômeurs, migrants, femmes, enfants, personnes âgées et handicapées), qui d’ailleurs n’ont pas bénéficié, le plus souvent des usages qui en sont la cause ».

Artisans d’une « révolution éthique »

Le document poursuit avec des développements sur la responsabilité des politiques, regrettant  de leur part un « manque d’initiative » qui s’explique par différents facteurs : un partage insuffisant de la connaissance, un agenda calé sur le rythme électoral et non sur les enjeux de long terme, « une croyance dans le fait que seule la croissance peut sauver les conditions de vie de l’humanité »… La responsabilité de la société civile est aussi engagée, souligne le texte. C’est d’ailleurs à ce titre que la FPF se saisit de la question, convaincue que la solution au réchauffement n’est pas d’abord d’ordre technique, économique ou politique mais appelle « un véritable changement de logique et de dimension ».  Il s’agit d’« apprendre à passer d’une société de consommation à une société relationnelle (de l’avoir à l’être) pour devenir les artisans d’une ‘révolution éthique’, qui reste à notre portée, et serait basée sur : 

  • La reconnaissance pour ce qui est donné
  • La responsabilité individuelle et collective induite
  • La promotion de valeurs de sobriété et de partage. »  

Dialogue « interconvictionnel »

Le document met en garde les formes d’idoles que sont « la peur pour la fragilité du vivant, qui tourne à la résignation apocalyptique ou au cynisme » d’un côté, et « une confiance joyeuse dans les ressources du vivant, qui tourne au panthéisme sacrificiel de la Vie (Gaïa) comme processus qui ne connaît ni la mort, ni la naissance, et encore moins bien sûr la résurrection ». Ces « deux attitudes mentales » entre lesquelles oscille la société  laïque comme les grandes religions sont un défi pour la réflexion théologique, relèvent les auteurs. « Il nous faudra nous arc-bouter théologiquement contre cette religion mi-gnostique, mi apocalyptique qui gangrène de l’intérieur les religions et même la laïcité », écrivent-ils. Les ressources de la tradition théologique protestante peuvent certainement être mobilisées pour relever ce défi, estiment-ils encore : « La référence à Dieu ou à une transcendance, dans la perspective du Sola gratia (« la grâce seule »), permet de remplacer la culpabilisation par la repentance et l’annonce du pardon, qui libère de la faute et donne de nouvelles forces pour l’engagement. » Il convient aussi d’approfondir, notamment dans une perspective biblique, la réflexion sur la création et la justice, souligne encore le texte qui voit dans le changement climatique une occasion de collaborations œcuméniques et d’un « dialogue ‘interconvictionnel’. « A une époque où les savoirs sont parcellisés, où la pression du ‘temps réel’ nuit au recul et aux synthèses, le fait même de s’engager collectivement pour prendre en compte le problème du dérèglement climatique  dans sa complexité, témoigne déjà d’une attitude éthique créatrice, porteuse pour les mutations qui s’imposent », conclut la FPF.

DL