SOCIOLOGIE – Quand l’institution reverdit

ECOLOGIE 2017 La Croix MOines de MaylisLudovic, rencontré il y a quelques mois, est allé au bout de son aventure : il soutiendra sa thèse le 27 septembre prochain sur un thème prometteur : « La conversion écologiste de l’Eglise catholique en France : sociologie politique de l’appropriation du référent écologiste par une institution religieuse. »

Cela se déroulera fin septembre à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, à Paris. Du beau monde est attendu dans le jury : Mme Céline BERAUD, Directrice d’études à l’EHESS. M. Dominique BOURG, Professeur à l’Université de Lausanne (rapporteur). M. Vincent DELECROIX, Directeur d’études à l’EPHE. M. Philippe PORTIER, Directeur d’études à l’EPHE (directeur de thèse).  M. Bruno VILLALBA, Professeur à AgroParis Tech, (rapporteur). M. Jean-Paul WILLAIME, Directeur d’études à l’EPHE.

Et voici le résumé de son travail :

La publication de l’encyclique Laudato Si’ a contribué à la médiatisation du processus de « conversion » de l’Église catholique à l’écologie. Par l’analyse de ce mouvement dans le contexte français, nous entendons isoler les effets structurels de l’intégration du référent écologiste sur une institution religieuse. Trois niveaux d’analyse sont ici adoptés : un niveau philosophique qui traite du discours papal sur l’écologie, un niveau individuel qui s’intéresse à l’identité des militants, et un niveau institutionnel qui évalue la portée du mouvement catholique en faveur de l’écologie. 
À chacun de ces échelons, l’Église catholique adopte une posture d’accommodement, en mettant l’accent sur la nécessité d’une spiritualisation des enjeux écologistes, qui valorise la relation au détriment de l’individualisme. Légitimé par le Vatican, le mouvement catholique écologiste s’organise ainsi autour d’initiatives locales sous le contrôle bienveillant et souple d’une minorité épiscopale. Cette autonomie acquise par les militants n’affaiblit cependant pas la hiérarchie, certains acteurs trouvant un avantage à perpétrer l’image d’une institution susceptible de répondre aux incertitudes engendrées par nos sociétés. 
La « conversion » de l’Église à l’écologie génère donc un double mouvement d’individualisation de l’engagement militant et d’implication institutionnelle dans les controverses écologistes. Ce mouvement contraire favorise, assurément, l’institutionnalisation de l’écologie. Mais cette « conversion » ne sera effective que si l’Église s’inscrit dans une quête de cohérence, où le maintien d’une ligne politique sera aussi décisif que la valorisation d’une spiritualité écologiste.

Mots-clés : Ecologie politique, Catholicisme, Religion, Mobilisations sociales, Institutions et organisations, Ethique environnementale
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LECTURE – A cheval sur l’équité

2017-projet-fev-2017La revue Projet publie son numéro 356, sur le thème de « Inégalités, un défi écologique ? » De très bonnes lectures en perspective pour creuser ces liens incontournables de l’écologie intégrale.

Pour faire entrer dans le sujet, voici l’édito de Jean Merckaert, le rédacteur en chef de la revue jésuite.

En 2015, la fortune cumulée de 62 personnes équivaut à celle de la moitié la plus pauvre de l’humanité, selon Oxfam ! Même si la méthode de calcul peut toujours être débattue, le chiffre reflète une réalité insupportable. Si les inégalités entre pays ont reculé au cours des dernières décennies (Afrique subsaharienne mise à part), celles entre individus ont explosé – et plus encore en termes de patrimoine que de revenus. Dans des proportions certes variables selon les pays – la France se situant quelque part entre le Danemark et les États-Unis – elles ont atteint une telle ampleur que même le Fonds monétaire international, longtemps le héraut du néolibéralisme, s’en inquiète. Mais pas nécessairement pour les bonnes raisons : comme si de leurs incidences sur la croissance pouvait dépendre notre tolérance aux inégalités  !

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RENDEZ VOUS – Ecologie sociale

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Un rendez-vous passionnant à venir, à Paris, du jeudi 16 au samedi 18 février prochain : un colloque organisé par la revue PROJET et de nombreux partenaires sur la thème : Réduire les inégalités : une exigence écologique et sociale

Cela se passe au Conseil Économique Social et Environnemental (Palais d’Iéna, 9 place d’Iéna, 75 016 Paris) et rassemble une quinzaine d’associations « pour faire de la lutte contre les inégalités une priorité écologique et sociale » autour d’un socle commun qui est de repenser les inégalités face au défi écologique. Lire la suite

SUISSE – Une mobilisation grandissante

Le magazine suisse 24 heures consacre un article récent à la présence des chrétiens dans les débats environnementaux. Une présence grandissante, notamment dans les milieux protestants réformés évangéliques, selon le journaliste Patrick Chuard.

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Cinq siècles après la Réforme, le sort de la planète Terre devient une réelle préoccupation pour l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV). En novembre 2015, le sujet s’est invité aux débats du Synode, qui a accepté un postulat le priant de «placer la sauvegarde de la Création parmi ses préoccupations prioritaires». Il y a dans l’Eglise «des forces prêtes à s’engager», expliquait le pasteur Jean-François Habermacher, membre du Groupe de réflexion sur l’écologie et la spiritualité (GRES), créé en 2014 et constitué de théologiens qui ont lancé une pétition à l’origine du postulat. Celui-ci demande notamment que l’Eglise «lance des actions concrètes et significatives» pour l’environnement. Signataire, la pasteure Hélène Küng estime souhaitable que «l’Eglise ajoute une composante environnementale dans chacune de ses actions, qu’elle réfléchisse à cette dimension dans chacune de ses activités.»

Un courant militant

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ECOLOGIE – Lire et se former pour mieux agir

Deux ouvrages récents à découvrir autour des questions écologiques dans nos Eglises

2016-ecologie-artegeUne lecture dominicaine d’une encyclique franciscaine écrite par un jésuite. L’ouvrage du dominicain Thomas Michelet rassemble 50 textes, de Jean XXIII au pape François, témoignant de l’émergence de la prise de conscience écologique dans les milieux romains.  L’intérêt principal de l’ouvrage est l’exercice théologique de l’introduction qui éclaire bien le propos. La sélection des textes est intéressante mais manque cruellement de commentaire et de mise en perspective : entre des textes de circonstances et d’autres qui  sont vraiment des engagements nouveaux, la compilation aurait mérité plus de relief.

NB : bien sûr, je suis mal placé pour avoir un regard objectif sur l’ouvrage, ayant tenté moi même l’exercice dans mon « Petit manuel d’écologie intégral » (Ed. Saint-Léger) l’année dernière... Mais c’est au moins l’occasion de souligner que l’ouvrage des Editions Artège n’est donc pas une première, comme elles le laissent entendre (on pensera aussi au travail de compilation de Jean Bastaire ou la synthèse d’un Patrice de Plunkett…)

2016-ecologie-et-art-de-vivre-chretienLe petit livret proposé par l’économiste et membre du mouvement « Écologie humaine » Pierre-Yves Gomez est lui, un parcours de formation, dans la droite ligne des « parcours Zachée. Entre enseignements et exercices, l’ouvrage propose de réaliser que nous sommes à la fois « acteurs » et « protecteurs » de l’environnement.

Plus qu’un traité sur l’écologie ou un code moral, ce livret, qui s’appuie notamment sur l’extraordinaire encyclique du Pape François, Laudato si’, est un outil pour se mettre à l’écoute des pistes proposées par l’Église pour la « sauvegarde de la maison commune ».. Un véritable art de vivre chrétien pour nous aider à retrouver la joie d’une unité de vie entre foi et action dans le monde !

CREATION – Printemps romain

Greg Burke, le nouveau responsable de la communication vaticane a animé la conférence de presse donnée ce matin en présence du cardinal Turkson, de Terence Ward, auteur du livre ‘The guardian of mercy’ et de Mgr Brian Farrell, responsable du dicastère pour l’unité des chrétiens.

Ils ont réagi (en anglais essentiellement) au message donné en ce jour par le pape François.

DL

 

EGLISES – Dans le désert de l’Arizona, de belles pousses

 

Katie Hirschboeck est une catholique nord-américaine, membre de la communauté « Notre Dame des Douleurs », de Tucson en Arizona. Elle est aussi professeur de climatologie à l’université d’Arizona, un sujet qu’elle étudie depuis près de 40 ans. C’est ainsi qu’elle est devenue une ambassadrice catholique sur ces questions complexes devant de nombreux auditoires à travers le pays. « Lutter pour ces défis climatiques va ressembler à un long Carême », explique t-elle ainsi.

Dans ce même Etat de l’Arizona, vous pouvez aussi rencontrer le révérend Amos Smith, de l’Eglise Unie du Christ (paroisse de la Church of the Painted Hills) à Tucson. Un pasteur qui prêche régulièrement sur les enjeux liés au dérèglement climatique. Il utilise pour cela la rérérence à la « règle d’or 2.0 ». « Nous connaissons tous la ‘règle d’or’ (Ne fais pas autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse), mais la règle 2.0 est aussi : « Fais pour les générations futures ce que tu aimerais qu’elles puissent faire pour toi ». Sa communauté a ainsi développé un jardin communautaire, pris en charge notamment par les plus jeunes.
Il y aussi le révérend Doug Bland, de la Community Christian Church, à Tempe. Il dirige le réseau inter-religieux « Power and Light » dédié à développer les connexions entre écologie et foi. « Lorsque je demande à mes paroissiens : ‘Quand est-ce que vous vous sentez le plus près de Dieu ? », ils me disent toujours : ‘Au sommet d’une montagne, dans le souffle du vent dans un désert' » Pour aider ces paroissiens à se sensibiliser sur ces urgences dramatiques, il a créé du coup, avec beaucoup d’humour, un « éco-fessionnal », où chacun peut venir confesser ses « péchés écologiques » et aussi recevoir des « pénitences » qui peuvent les aider à s’en débarrasser…

A Scottsdale, Patricia Sills-Trausch, directrice du réseau « Foi en action », du centre franciscain du Renouveau, témoigne que les actions écologiques entreprises n’ont pas juste concerné l’église ou les bâtiments d’église, mais toutes les propriétés du réseau, avec l’installation de panneaux solaires, le remplacement de matériel énergivore etc…

Fred Bahnson, professeur assistant à la Wake Forest University, souligne aussi, pour sa part que les défis climatiques nous posent une question simple : « comment affronter l’ennemi à l’intérieur de nous même ? » Car pour lui, ces défis ne relèvent pas d’abord de questions scientifiques, technologiques, politiques : ce sont d’abord des questions religieuses. » Les mouvements religieux peuvent apporter leur pierre du fait de leur langage et leurs pratiques : « Nos métaphores, nos rites, nos prières et notre volonté de participer à l’oeuvre du Créateur, nous pousse sans cesse à utiliser notre imagination pou révoquer ce qui est au-delà de l’observable, du vérifiable scientifiquement. »

 

Les communautés méthodistes locales ont aussi été très mobilisées au moment des sommets pour le climat ses années passée, notamment via le programme desert connection

Source : Art de on Mar 10, 2016 |