HOMMAGE – Une vie donnée pour les « sans terres »

2017 ECOLOGIE Henri Burin des RoziersFin novembre, le F. Henri Burin des Roziers rendait son dernier souffle, après une vie donnée pour défendre les droits des travailleurs pauvres de l’Amazonie. Une belle figure d’une écologie intégrale au service des opprimés et de leurs terres.

Arrivé au Brésil en 1978, dans l’Etat du Tocantins, le Dominicain mettra rapidement ses compétences juridiques au service de la commission pastorale de la terre (CPT), liée à l’Église catholique. En risquant souvent sa vie pour contester les abus des grands propriétaires terriens, à la manière d’une Sr Dorothy Stang et tant d’autres. La mobilisation médiatique sur le sort des plus pauvres de l’Amazonie l’a beaucoup aidé, notamment dans sa lutte contre l’esclavagisme toujours en cours de travailleurs très pauvres, lançant avec d’autres le « Forum national contre la violence dans les campagnes » en 1992. De fait, c’est le travail précurseur d’un Bartholomée de las Casas qui a inspiré son travail et son engagement.

Le frère Xavier qui l’a bien connu témoigne : « Frère Henri a influencé toute une génération de juges, de procureurs, d’avocats, de militants qui poursuivent son combat : l’ordonnance a par exemple été suspendue par la Cour Suprême fin octobre. »

Le nombre d’assassinats dans les conflits liés à la terre est toutefois reparti à la hausse : 36 en 2014, 61 en 2016. Seuls 10 % d’entre eux sont suivi d’un jugement.

A lire pour mieux connaitre cet homme : Henri Burin des Roziers, Comme une rage de justice, Ed Cerf,  2016.

DL
Source : La Croix

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AMAZONIE – L’Eglise catholique sort de sa réserve

2017 ECOLOGIE Pape François Colombie

CP : Osservatore Romano / Voyage du pape en Colombie en septembre 2017

Parmi les informations que le blog E&E n’a pas encore traité, il faut maintenant parler de cet important appel du pape François pour préparer une assemblée des évêques consacré au devenir de l’Amazonie. Une intention ancienne qui commence à prendre chair.

En mai et septembre, avec les évêques du Pérou puis de l’Équateur, le pape avait déjà évoqué ce projet. Le pape François a profité de l’Angélus qui a suivi la célébration de canonisation de 35 nouveaux saints dont 3 enfants indigènes martyrisés à Mexico au XVIe siècle, pour faire cette annonce importante : en octobre 2019, une assemblée spéciale du Synode des évêques se tiendra à Rome et sera consacrée à l’Amazonie.

Il répondait ainsi au «  désir de certaines conférences épiscopales d’Amérique latine ainsi que la voix de divers pasteurs et fidèles d’autres parties du monde ». « L’objectif principal (…) est d’identifier de nouvelles voies pour l’évangélisation de cette portion du peuple de Dieu, spécialement les indigènes, souvent oubliés et sans perspective d’un avenir serein ».

Le secrétaire général de la Conférence épiscopale équatorienne, Mgr René Coba Galarza, a raconté que pour le pape François, « le grand défi est toujours de rendre crédible l’Évangile sans piétiner leurs convictions, leur vision du monde, mais plutôt en évangélisant leurs racines ». Pour le pape François « a parlé de la nécessité d’”entrer” dans la culture indigène avant tout en se mettant à l’écoute, en apprenant la langue, puis en entrant dans le cœur de ces peuples. » Sans oublier « la crise de la forêt amazonienne, poumon d’importance capitale pour notre planète ».

 

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RENCONTRE – Amazonie, défi missionnaire et écologique

2014 encontroPANAmazonicoLe pape François avait souligné dans une de ses interventions que l’Amazonie était un bon laboratoire des enjeux de la pastorale et des défis contemporains pour l’Eglise. Il vient d’envoyer un message de soutien à des assises  organisée actuellement à Brasilia (Brésil), Rede eclesial pan-amazonica, sur le thème : « La réalité de l’Amazonie, au défi des changements climatiques. Témoignages des expériences missionnaires. Défis écologiques et présence dans cet écosystème amazonien”

Après avoir souligné l’enjeu crucial du vivre ensemble et de la solidarité, il a manifesté

« sa satisfaction de constater un écho à son appel en faveur de la création d’un réseau consacré aux questions environnementales de l’Amazonie. Et insiste sur le fait que le numérique doit constituer un atout pour l’humanité, non un réseau matériel mais fait de personnes. Il ne suffit pas de naviguer sur le web, il faut rencontrer les personnes. On ne peut vivre isolés et repliés sur soi. Il faut aimer et être aimé afin que le témoignage chrétien puisse se diffuser sur la toile vers les périphéries existentielles, afin que la levure chrétienne soit féconde pour le maintien des cultures vivantes et des valeurs de l’Amazonie. »

DL

L’Amazonie, un test pour l’Eglise

amazonie6Le blog E&E avait évoqué il y a quelques semaines l’intervention impressionnante du pape François sur la question de l’Amazonie, comme urgence écologique, sociale et pastorale pour les chrétiens. Un article récent, traduit sur le site Aleteia,  en propose une autre synthèse.

L’Amazonie est en danger.  Et le pape François le sait pertinemment. D’où ces paroles qu’il a adressées aux évêques brésiliens, durant son séjour au Brésil, le géant du Sud, à l’occasion de la Journée mondiale pour la jeunesse (JMJ): « l’Amazonie est un test décisif, un banc d’épreuve pour l’Eglise et la société brésiliennes ».  Les données qui ressortent des études et recherches effectuées par les Brésiliens eux-mêmes et par les sociétés internationales de préservation de l’environnement ne laissent place à aucun doute.  Selon l’Institut de l’Homme et de l’Environnement de l’Amazonie, en 2012, « l’Amazonie brésilienne a perdu  487 kilomètres carrés de zone forestière, soit 377% de plus que dans le même mois de 2011. »   « Faites preuve de courage», a lancé le Pape François aux évêques   Le “test” pour l’Eglise et pour la société est considérable.  Rappelons que la forêt amazonienne couvre 6.7 millions de kilomètres carrés,  compte 30 millions d’habitants, et abrite 40 000 espèces de plantes, 3 000 espèces de poissons et quelque 300 000 d’ oiseaux.  Cette biodiversité est menacée de disparition. Et si l’Eglise aime la vie, a souligné le Pape François, elle ne peut laisser perdre ni la vie spirituelle des 30 millions de Brésiliens qui habitent l’Amazonie, ni des espèces qui sont nécessaires pour maintenir la chaîne écologique et la biodiversité mondialeLire la suite

L’homme de Rio

favelaExtrait de l’homélie donné au sanctuaire de Notre Dame d’Aparecida, le 23 juillet

C’est vrai que de nos jours, tous, un peu, et nos jeunes aussi, se sentent séduits par beaucoup d’idoles qui se substituent à Dieu et semblent offrir de l’espérance: l’argent, le succès, le pouvoir, le plaisir. Une sensation de solitude et de vide gagne souvent le cœur de beaucoup et les pousse à la recherche de compensations, de ces idoles éphémères. Alors soyons des lumières d’espérance! Ayons un regard positif sur la réalité. Encourageons la générosité qui caractérise les jeunes, accompagnons-les dans leur recherche à devenir les protagonistes de la construction d’un monde meilleur. Ils sont un moteur puissant pour l’Eglise et pour la société. Ils n’ont pas besoin seulement de choses, ils ont besoin avant tout que leur soient proposées les valeurs immatérielles qui sont le cœur spirituel d’un peuple, la mémoire d’un peuple

Au cours de la visite de l’hôpital Saint François, le 23 juillet

Souvent, dans nos sociétés, prévaut l’égoïsme. Combien de marchands de mort suivent la logique du pouvoir et de l’argent à tout prix! La plaie du narcotrafic, qui favorise la violence et sème souffrance et mort, requiert un acte de courage de toute la société. Ce n’est pas avec la libéralisation de l’usage des drogues, comme on en discute un peu partout en Amérique latine, que l’on pourra réduire la diffusion et l’influence de la dépendance chimique. Il est nécessaire d’affronter les problèmes qui sont à la base de l’utilisation de ces produits toxiques, en promouvant une plus grande justice, en éduquant les jeunes aux valeurs qui construisent la vie commune, en accompagnant celui qui est en difficulté, et en donnant espérance dans l’avenir.

Extrait du chemin de croix médité par le pape François durant les JMJ, le 26 juillet

Chargé de sa croix, Jésus parcourt nos routes pour prendre sur lui nos peurs, nos problèmes, nos souffrances, même les plus profondes. Avec sa croix, Jésus s’unit au silence des victimes de la violence qui ne peuvent plus crier, surtout les innocents et ceux qui sont sans défense. Avec elle, il s’unit aux familles qui sont en difficulté, qui pleurent la mort de leurs enfants, ou qui souffrent en les voyant être les proies des paradis artificiels comme la drogue. Pensons aux 242 jeunes morts en début d’année dans l’incendie de Santa Maria. Prions pour eux. Avec sa croix, Jésus s’unit à toutes les personnes qui souffrent de la faim dans un monde qui chaque jour met à la poubelle des tonnes de nourriture, à celui qui est persécuté à cause de sa religion, de ses idées, ou simplement pour sa couleur de peau. Il s’unit à tant de parents dont les enfants sont victimes de paradis artificiels, et aux nombreux jeunes qui ne mettent plus leur confiance dans les institutions politiques, car ils y voient égoïsme et corruption, ou qui ont perdu la foi en l’Eglise, et même en Dieu, à cause de l’incohérence des chrétiens et des ministres de l’Evangile. Combien le Christ doit souffrir de toutes nos incohérences! Dans la Croix du Christ, il y a la souffrance, le péché de l’homme, aussi le nôtre, et lui accueille tout avec les bras ouverts, prend sur ses épaules nos croix et nous appelle au courage. Tu n’es pas seul à les porter. Je les porte avec toi, j’ai vaincu la mort et je suis venu te donner espérance, te donner la vie ».

Devant l’épiscopat brésilien, le 28 juillet

Il y a un dernier point sur lequel j’aimerais m’arrêter, et que je retiens important pour la marche actuelle et future non seulement de l’Eglise du Brésil, mais aussi de toute la structure sociale, le sort de l’Amazonie. L’Eglise est en Amazonie non comme celui qui a les valises en main pour partir, après avoir exploité tout ce qu’il a pu. Elle est présente en Amazonie depuis le début avec des missionnaires, des congrégations religieuses, et elle y est encore présente et déterminante pour l’avenir de cette région. Je pense à l’accueil que l’Eglise en Amazonie offre aujourd’hui aussi aux immigrés haïtiens après le terrible tremblement de terre qui a dévasté leur pays ». Le Document d’Aparecida parle de l’Amazonie: Il lance un « vif appel au respect et à la protection de toute la création que Dieu a confiée à l’homme, non pas pour qu’il l’exploite sauvagement, mais pour qu’il la fasse devenir un jardin. Dans le défi pastoral que représente l’Amazonie, je ne peux pas ne pas remercier l’Eglise brésilienne pour ce qu’elle fait… Mais l’Eglise doit être stimulée et relancée davantage. Il faut des formateurs qualifiés, surtout des professeurs de théologie, pour consolider les résultats obtenus dans le domaine de la formation d’un clergé autochtone, aussi pour avoir des prêtres qui s’adaptent aux conditions locales, et consolider, pour ainsi dire, le visage amazonien de l’Eglise ».

DL

Des évêques en colère, en Amazonie

« Nous vivons aujourd’hui dans une dictature économique ! » Le propos a le mérite d’être clair. Il l’est d’autant plus qu’il est tenu par un évêque, Mgr Leonardo Ulrich, secrétaire général de la Conférence nationale des évêques du Brésil. Un propos parmi d’autres tenus au cours d’une réunion de l’Eglise en Amazonie qui s’est tenue à Santarém (Brésil) du 2 au 6 juillet. C’était la dizième du genre et l’occasion de faire le point sur un document élaboré par les évêques de la région il y a quatre décennies, à l’époque d’une autre dictature, militaire celle-là, au Brésil. L’exploitation de l’Amazonie, toujours encore considéré par le gouvernement comme un capital privé dont la gestion lui revient exclusivement, est une source permanente de préoccupation pour ces pasteurs qui en voient au quotidien les conséquences sociales et environnementales. «Beaucoup d’eau a coulé dans les milliers de rivières et ruisseaux de l’Amazone au cours de ces 40 années. Et pourtant, de grandes similarités existent entre ces deux périodes, toutes deux marquées par le développement et les miracles économiques accélérés», a déclaré Egon Heck, représentant du Conseil missionnaire autochtone (CIMI). L’évêque émerité de Porto Velho, Moacyr Grecchi, de surenchérir : » Nous ne sommes ni une colonie ni une banlieue du Brésil ! », dénonçant la politique néocolonialiste menée dans le bassin amazonien. Mgr  Jesus Maria Bedonces confirme cette impression de colonisation, les gens venant se servir pour s’enrichir puis partir ailleurs. « C’est le modèle capitaliste dessiné par le gouvernement pour l’Amazonie et qui ne prend pas en compte les personnes qui vivent ici. Pour eux, ces gens ne sont qu’un détail qui retarde le développement en cours. » Du coup, l’exode est un phénomène important, poussant les gens à s’agglutiner aux périphéries des grandes villes. ALors que la population de l’Amazonie a plus que doublée en 40 ans (aujourd’hui, 25 millions d’habitants), près de 72 % des personnes qui y vivaient, dans des villages le long des fleuves, sont désormais exilés dans les grandes villes… Lire la suite