Des ERMITES dans la nature

La vie monastique, née de l’expérience radicale de la solitude face à Dieu, a toujours recherché des espaces retirés dans le silence et loin de l’agitation mondaine. Déserts, montagnes, forêts, îles et autres grottes ont ainsi accueilli de nombreux ermites, hommes et femmes, venus se confronter à leurs limites. Et surtout à l’amour radical de Dieu en eux.

Une expérience forte où la survie dans une nature sauvage menait à la fois à la confrontation avec ses propres peurs (cf. les tentations célèbres de saint Antoine) mais aussi à une amitié profonde avec les créatures présentes dans ces lieux. Une posture prophétique proche de ce qu’annonce la réconliation universelle entrevue par le vieil Isaïe. Une expérience que le Christ lui-même a vécu au cours de son séjour au désert, au début de son ministère. Comme le dit l’évangéliste Marc, «  Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. »

Voici quelques exemples de moines ermites dont on a gardé la trace. Il n’est pas toujours simple de faire la part des choses entre faits réels et histoires saintes. Mais dans tous les cas, ce qui a été transmis témoigne bien de l’émerveillement que suscite des vies réconciliées avec le monde naturel où elles se tiennent.

SAINT ARBOGAST – Au pied de mon arbre

Un saint « alsacien », ou presque, pour commencer. Si son nom évoque d’éventuelles origines franques, l’homme, venu d’Aquitaine, aurait vécu au VIIe siècle comme ermite au sein de la forêt de Haguenau avant de devenir évêque de Strasbourg. C’était sans doute en fait là la mission pour laquelle il avait été envoyé dans cette région : évangéliser les tribus alamanes locales.

La mémoire collective fait résider le saint ermite dans un chêne impressionnant de ce massif forestier de 60 000 ha à l’époque (trois fois plus qu’aujourd’hui) qui a gardé aujourd’hui encore quelques magnifiques exemplaires d’arbres centenaires.

Cette essence est assez dominante ici. L’histoire le  confirme : la charte de Barberousse en 1164 (dont un de ces palais était localisé à Haguenau, à l’entrée de la forêt) avait donné droit de glandée aux habitants. On estime du coup de 7 à 10000 le nombre de sangliers que l’on y faisait paître sous la surveillance de porchers communaux.

On connaît la symbolique universel du « robur », l’arbre fort et sage qu’est le chêne dans de nombreuses cultures. Mais si  » on ne trouve pas de mention de culte druidique en forêt de Haguenau, il est fort possible que la tradition populaire véhicule des légendes païennes locales. » Il se peut que l’Eglise, tout particulièrement dans le cadre romantique du XIXe siècle, les ait reprises à la gloire de saint Arbogast, qui aurait ressuscité le fils d’un roi Dagobert tué par un sanglier », expliquent ainsi les historiens du site archeograph.net. Ils soulignent aussi l’impossibilité biologique pour un chêne massif de s’enraciner au bord de la rivière de l’Eberbach, dont le nom évoque  la présence de castors et donc de zones inondables. Le caractère « saint » de la forêt avait été remis en avant par la présence de nombreux ermites plus tard, au XIVe et XVe siècles, comme le rappelle le nom de la maison forestière locale, le Bruderhaus, la Maison des frères.

Le chêne de St Arbogast que l’on peut découvrir aujourd’hui est le reste du tronc d’un chêne qui était  bien plus impressionnant à l’origine. L’arbre foudroyé au début du XXe siècle, devait avoir près de 12 m de tour à la base, 21 à 22 m en taille pour plus de 500 ans (données de 1830). A quelques km au nord de la forêt, se trouve le village de Surbourg, qui est le premier lieu d’implantation monastique en Alsace, à cette même époque et qui a récolté les reliques du saint évêque.

Il est fêté localement aux alentours du 21 juillet.

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