EGLISES et NUCLEAIRE

2012

 

2011

Alors que dix ans auparavant (2001), les évêques du Japon avaient publié un texte assez nuancé sur la place du nucléaire civil dans leur pays, en décembre 2011, quelques mois à peine après les graves incidents de Fukushima-Daichi, ils publient en novembre un nouveau texte très différent, dans lequel ils demandent la sortie immédiate pour leur pays de cette industrie dangereuse pour le peuple japonais. Un revirement étonnant et qui n’a eu que très peu d’échos ailleurs…

Abolish Nuclear Plants Immediately
~Facing The Tragedy of the Fukushima Daiichi Nuclear Plant Disaster~

To all residents in Japan,
The accident in the Fukushima Daiichi Nuclear Plant triggered by the Great Eastern Japan Earthquake contaminated the ocean and land by radiation, and tragically disrupted the daily life of an enormous number of people. Even now, almost one hundred thousand people are evacuated from the neighboring area of the nuclear plant, and numerous people are forced to live in fear and anxiety.
With regard to the pros and cons of nuclear plants, we, Japanese bishops, expressed in our message “Reverence for Life –A Message for the Twenty-First Century from the Catholic Bishops of Japan” as follows: “It has provided a totally new source of energy for humanity, but as we can see in the destruction of human life in a moment in Hiroshima and Nagasaki, the disaster at Chernobyl and the life-threatening criticality accident at Tokaimura, it also has the potential to pass huge problems on to future generations. To use it effectively, we need the wisdom to know our limits and exercise the greatest care. In order to avoid tragedy, we must develop safe alternative means of producing energy.”(1)
The “tragedy” in this message was brought about by nothing less than the accident in the Fukushima Daiichi Nuclear Plant. This nuclear disaster wiped out the “safety myth”, which was created because people put too much trust in science and technology without having “the wisdom to know our limits”.
In the message “Reverence for Life”, we, Japanese bishops could not go so far as to urge the immediate abolishment of nuclear plants. However, after facing the tragic nuclear disaster in Fukushima, we regretted and reconsidered such attitude. And now, we would like to call for the immediate abolishment of all the power plants in Japan.
With regard to the immediate abolishment of nuclear plants, some people voice concerns about energy shortage. There are also various challenges such as the reduction of carbon dioxide. However, most important of all, we as members of the human race, have responsibilities to protect all life and nature as God’s creation, and to pass on a safer and more secure environment to future generations. In order to protect life, which is so precious, and beautiful nature, we must not focus on economic growth by placing priority on profitability and efficiency, but decide at once to abolish nuclear plants.
Because of the prediction that a new disaster will occur due to another earthquake or tsunami, all the 54 nuclear plants in Japan are at risk of horrific accidents like the latest one. Therefore, in order to prevent human-generated calamities associated with natural disasters as much as possible, it is essential to eliminate nuclear plants.
Although nuclear plants have been supplying energy in the context of “peaceful use” to society until now, they have also released an enormous amount of radioactive waste such as plutonium. We are going to place the custodial responsibility of these dangerous wastes on future generations for centuries to come. We must consider this matter to be an ethical issue.
Nuclear power has been encouraged by national policies up to now. As a result, natural energy has fallen behind in development and popularity. We urge that the national policies be changed to place top priority on development and implementation of natural energy, which will also contribute to reducing carbon dioxide. On the other hand, it takes a long time and enormous labor to decommission a nuclear plant. Therefore, the decommissioning of reactors and the disposal of radioactive waste must be conducted with extreme caution.
Indeed, electricity is essential for our lives today. However, what is important is to amend our ways of general life by changing the lifestyles that excessively depend on electricity.  Japan has its culture, wisdom and tradition that have long co-existed with nature. Religions such as Shinto and Buddhism are also based on the same spirit. Christianity has the spirit of poverty as well. Therefore, Christians have an obligation to bear genuine witness to the Gospel especially through the ways of life expected by God; “simplicity of life, the spirit of prayer, charity towards all, especially towards the lowly and the poor, obedience and humility, detachment and self-sacrifice”. (2) We should choose anew a simple and plain lifestyle based on the spirit of the Gospel (3), in cases like saving electricity. We live in the hope that science and technology will develop and advance based on the same spirit. These attitudes will surely lead to a safer and more secure life without nuclear plants.
From Sendai
November 8, 2011
Catholic Bishops’ Conference of Japan

 

2.    Pope Paul VI, Apostolic Exhortation Evangelii Nuntiandi, 76(1975).
3.    Cf. Pontifical Council for Justice and Peace, Compendium of the Social Doctrine of the Church, 486 d. New lifestyles (2004).

  • Lors d’une réflexion autour des déchets liés à l’activité nucléaire en début d’année, Jean-Pierre Chaussade, ingénieur, expert en énergie, diacre permanent du diocèse de Paris, membre de l’antenne « Environnement et modes de vie » (Pax Christi) résumait ainsi la position des évêques français : « Il n’y a pas de position officielle sur le nucléaire civil, seulement sur le nucléaire militaire. L’Église prône une politique de désarmement du nucléaire militaire. En ce qui concerne le nucléaire civil, l’Église n’est pas décideur mais écoute les uns et les autres sur certaines préoccupations ».

2001

  • Reverence for Life –A Message for the Twenty-First Century from the Catholic Bishops of Japan (Catholic Bishops’ Conference of Japan, 2001, p.104~p.105).

 

1999

  • Another message on nuclear plants announced by the Catholic Church in Japan is “Petition on the Criticality Accident at the Uranium Conversion Facility, JCO Co. Ltd” (1999).

1997

  • En juin 1997, le service national pour les questions familiales et sociales de l’Eglise catholique publie un document de synthèse sur la problématique des déchets nucléaires (fiche verte).
  • Le document essaye de proposer un chemin raisonnable pour la gestion de ces déchets en appelant à la vigilance, au principe de précaution et à une gestion démocratique et à long-terme de ces déchets laissés aux générations futures. A noter que le document part d’un a priori toujours positif sur la responsabilité des techniciens et leurs savoir-faire, forcément évolutifs dans le bon sens. Il déploie aussi une rhétorique un peu incantatoire qui, en dénonçant forcément l’irrationnel des opposants aux déchets, pense qu’il suffit de nommer les choses à faire pour cela soit le cas.
  • Le document prend position quant à la technique de stockage de déchets, en préférant celui d’un stockage non-définitif de manière à ce que les « générations futures » puissent elles aussi décider de leur sort. Une idée généreuse mais qui fait le pari d’une gestion de tels sites sur le long terme, alors que le document lui-même rappelle qu’au-delà d’une génération, on ne peut rien dire de ce qui sera fait.
  • En voici les éléments conclusifs, après toute une partie de présentation scientifique de la questions.

QUESTIONNEMENTS ET PISTES POUR UNE PAROLE ECCLÉSIALE
La responsabilité envers les générations futures.

À l’échelle de l’action humaine, il est très difficile d’envisager de façon réaliste les modalités du « vivre ensemble » au-delà d’une génération. La prise en  compte, dans le cadre de la gestion des déchets radioactifs à durée de vie longue, d’une dimension transgénérationnelle induit toute une série de questions sur les plans éthique, organisationnel et politique, qui sont incontournables dans la perspective d’une gestion sociale responsable.

Plusieurs éléments de réflexion sont ainsi à considérer :

– Le point de départ d’une relation de vérité avec les générations futures, qui est une des conditions de la confiance, est d’admettre que nous leur transmettons un problème qui n’est pas définitivement réglé. Étant donné l’horizon temporel du risque associé à ces déchets, l’étendue des incertitudes tant scientifiques (liées à l’évolution d’un stockage) que sociales -concernant ce que seront devenues les sociétés de demain-, cette
étendue est importante et ne peut être ignorée.

– Il faut en particulier prendre en considération le maintien d’une possibilité de réévaluation, en fonction de l’évolution des critères d’acceptabilité, des concepts et des techniques de gestion des déchets mis en oeuvre. Les critères d’acceptabilité ne sont en effet jamais définitifs. Ils comportent des dimensions multiples, tant scientifiques, que politiques, éthiques, juridiques, ou culturelles. Ils sont donc susceptibles d’évoluer dans le temps en fonction des nouvelles connaissances comme en fonction des évolutions sociales et éthiques, des situations historiques. Il s’agit de laisser aux générations à venir une possibilité d’action qui leur permette de réévaluer le dispositif de gestion des déchets au vu de leurs propres critères d’acceptabilité, et également au vu des nouvelles connaissances qui ne manqueront pas d’apparaître. Il est donc de la responsabilité des générations actuelles de mettre en place une gestion des déchets qui maintienne dans le temps un certain degré d’autonomie de choix pour les générations futures.

– Dans le même temps, il ne faut pas oublier qu’il existe actuellement des connaissances qui permettent à la société de maîtriser les risques, de les contrôler dans des conditions qui sont aujourd’hui considérées
comme acceptables par la société sur le court terme. Ces connaissances constituent en quelque sorte un « patrimoine de sécurité », qui s’accroîtra au cours du temps avec l’avancée des recherches scientifiques et
qu’il convient de transmettre aux générations futures, pour leur permettre de gérer à leur tour le risque lié à l’existence des déchets radioactifs.

– Il importe également de s’interroger sur le caractère éthique d’une position qui viserait à décharger les générations futures de leurs responsabilités, sans que soit éliminé le risque qui est à l’origine de cette responsabilité. Décider a priori d’une solution, ce serait priver ces sociétés futures d’une capacité de choix dont
nous sommes nous-mêmes détenteurs.

– Par ailleurs, dans le souci d’un développement durable, il convient de s’interroger sur le niveau des ressources nécessaires au maintien d’un niveau de sûreté acceptable et sur leur évolution dans le temps. Il s’agit donc de réfléchir dès à présent à la possibilité de mettre en oeuvre des concepts de gestion des déchets radioactifs qui puissent évoluer, si nécessaire, vers une moins grande mobilisation de ressources, tout en préservant la sécurité de la collectivité.

Au vu des réflexions ci-dessus, il apparaît que la problématique de la prise en compte des droits des générations futures dans le processus de gestion des déchets radioactifs à haute activité et à vie longue devrait se traduire
par l’adoption de deux principes pour guider la décision et l’action :
Transmettre aux générations futures un patrimoine de sécurité afin qu’elles puissent assurer elles-mêmes leur protection.
– Ce patrimoine de sécurité est constitué de l’ensemble des savoir-faire, des connaissances scientifiques et techniques, des dispositifs et outils qui rendent possible la maîtrise du risque par la communauté humaine, et en particulier les moyens qui permettent la coexistence terrestre entre l’homme et ce potentiel de danger que représente le site de stockage.

–  Il convient donc de réfléchir, dans le cadre des recherches sur les modalités de gestion des déchets à haute activité et à vie longue, à la mise en oeuvre de dispositifs législatifs, techniques, organisationnels et économiques qui conservent, développent et diffusent le savoir-faire acquis pour les générations à venir.
Cela suppose en particulier de définir les rôles respectifs des instances publiques : rôle de régulateur d’ensemble ; de maintien des capacités d’expertise et transfert de celles-ci…; des communautés locales, sans doute les mieux placées pour assurer la continuité de la vigilance et sa transmission dans le temps, surtout si elles sont concrètement associées au gardiennage ; voire des instances internationales. On pourrait envisager une convention internationale sur « la protection des stockages de déchets nucléaires ».

–  Mettre en oeuvre dès maintenant des solutions de gestion des déchets qui tiennent compte de cette dimension du très long terme tout en garantissant l’autonomie de choix des générations futures dans l’avenir. Il s’agit
donc de concevoir et de mettre en oeuvre dès à présent des dispositifs techniques et organisationnels de confinement et d’isolation des déchets qui préservent une possibilité d’actions correctives, voire de changements de
solution compte tenu des évolutions techniques, sociales et politiques, ce qui est au coeur de la notion de réversibilité.

Le maintien d’un effort de recherche

Si, dans un premier temps, il a été envisagé de chercher une solution définitive au problème de la gestion du risque à très long terme associé aux déchets radioactifs, il est apparu nécessaire d’admettre que l’option d’un stockage
géologique définitif, qui pourrait à terme être abandonné voire oublié, comportait quand même des incertitudes et qu’il ne serait pas prudent de s’engager à l’heure actuelle vers cette seule option. En outre, celle-ci ne permettrait pas de répondre aux critères relatifs au droit des générations futures à conserver une autonomie de choix ainsi qu’un degré d’action et de décision.
Le principe de précaution conduit ainsi à considérer que la voie de l’enfouissement des déchets ne doit pas être considérée comme définitive, mais plutôt comme évolutive, c’est-à-dire inscrite dans un système global de gestion
des déchets basé à la fois sur une possibilité de contrôle et de mise en oeuvre d’actions correctrices et, dans le même temps, sur le maintien de recherches permettant l’amélioration des connaissances scientifiques et techniques en
vue du renouvellement des choix possibles dans le temps. C’est bien d’ailleurs ce que prévoit la loi.

Dialogue et transparence

S’agissant d’une question qui continue de préoccuper l’opinion publique, en particulier celle qui est la plus proche géographiquement des installations envisagées, l’effort de dialogue et d’information doit être maintenu. Ceci suppose d’abord, de la part de ceux qui, sur le plan technique, sont concernés par les déchets (entreprises, organismes de recherche, autorités administratives ou politiques…), d’accepter voire de susciter des points de vue critiques.
D’une façon plus générale, un effort pédagogique est à promouvoir sans cesse pour faire percevoir le vrai sens du principe de précaution : non pas refuser toutes les sortes de risques, mais comprendre que, en matière de déchets
comme pour tout ce qui touche à l’avenir, on ne peut jamais en arriver à des certitudes absolues, et qu’il faut au contraire admettre qu’il y a une part d’incertitudes. Incertitudes face auxquelles il ne s’agit pas d’être fataliste, mais
de prendre une attitude positive et constructive. Cet effort de pédagogie est avant tout du ressort de tous ceux qui exercent une responsabilité qu’elle soit politique, éducative ou morale…
Enfin, il y a certainement un rôle pour les médias : ceux-ci doivent être encouragés à ne pas succomber à la tendance, trop fréquente, de privilégier « l’information qui fait peur » (halte aux déchets !), mais au contraire à s’attacher
à donner, au moins, une information contradictoire.

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