Dr Theillier – La sauvegarde de la Création

La sauvegarde de la Création

  La sauvegarde de la planète ne se réalisera pas sans une révolution métaphysique,

celle qui concerne notre conception de la Création.

Mgr Léonard

 La tradition chrétienne a toujours considéré que la nature était partir intégrante de la Révélation. Dieu a créé le Cosmos[1], pour que l’homme en prenne soin et l’amène à la destinée qu’il lui a promise dans un dynamisme eschatologique qui lui donne sens. L’homme est responsable de la sauvegarde de la Création.

En 150 ans l’homme a épuisé les sources d’énergie plus qu’en des milliards d’années. Pour la première fois de notre histoire, la Terre est mise en péril et les fondements même de la vie sont menacés. La pollution, la dégradation des écosystèmes, la baisse de la biodiversité, l’épuisement des ressources montrent à l’évidence que la planète ne peut supporter durablement la destruction qu’elle subit depuis deux siècles. Maltraitée, la nature aujourd’hui se venge et malmène ses agresseurs. Il est grand temps de revoir de fond en comble notre relation à la Création, d’inventer un autre modèle de développement respectueux à la fois des hommes et de la nature. La Création est pour tous les hommes. La matière, les minéraux, les végétaux, les animaux ont été créés pour l’homme, et l’homme a été créé pour Dieu. Le drame c’est bien celui du péché, du péché qui pousse l’homme à passer avant les autres, quitte à les écraser, à consommer, à accaparer, à s’approprier, à dominer, jusqu’à aujourd’hui en arriver à mettre en péril la création elle-même.

 Dans l’orthodoxie, il y a toujours eu deux voies pour rencontrer Dieu : l’Ecriture sainte et la Création. En Occident, depuis la Renaissance et avec le cartésianisme, la théologie chrétienne de la Création a été oubliée au profit de la théologie de la rédemption. Ce sont nos papes contemporains qui ont su retrouver ce sens d’une théologie de la Création et un souci écologique. En 1990, Jean-Paul II délivrait un message parmi les plus forts et les plus explicites sur l’urgence écologique à l’occasion de la 23ème Journée mondiale de prière pour la paix où il proposait d’intégrer dans la réflexion chrétienne sur la paix, les défis écologiques contemporains. Le pape appelait à une « conversion authentique » dans ce domaine, proposant une révision sérieuse de notre style de vie : « L’austérité, la tempérance, la discipline et l’esprit de sacrifice » doivent « marquer la vie de chaque jour ». En 2001 le cardinal Ratzinger affirmait déjà : « Si nous voulons comprendre à nouveau le christianisme et le vivre dans toute son ampleur, il nous faut impérativement retrouver la dimension cosmique de la révélation chrétienne ». En juin 2002 à Venise,  la déclaration finale du Symposium œcuménique sur « Religion, science et environnement », cosignée par le patriarche de Constantinople et l’évêque de Rome, revêtait un caractère solennel voulu, demandant que l’humanité coopère à restaurer « l’harmonie originaire de la Création », sur la base de son indispensable prise de conscience écologique.

(suite de l’article dans les pages TEXTES)

L’Eglise est dans son rôle quand elle rappelle à l’homme, – à nous tous -, qu’il est urgent de développer une écologie intégrale qui respecte à la fois l’homme et la nature. A l’encontre de l’écologique radicale[2], elle  prône le développement d’une « écologie intégrale » au service de l’homme et de l’environnement. C’est ce que nous rappelle Benoît XVI  dans de nombreuses interventions, en particulier dans sa lettre encyclique Caritas in veritate[3] : « Quand l’écologie humaine est respectée dans la société, l’écologie proprement dite en tire aussi avantage ». Les instruments techniques doivent être soumis à une « juste application ». C’est-à-dire respecter l’homme et les créatures vivantes selon leur finalité : la « croissance intégrale » de l’homme. « La société actuelle doit réellement reconsidérer son style de vie qui, en de nombreuses régions du monde, est porté à l’hédonisme et au consumérisme, demeurant indifférente aux dommages qui en découlent. Un véritable changement de mentalité est nécessaire qui nous amène à adopter de nouveaux styles de vie ». 

Il n’y a pas de doute : il faut décider d’orienter nos existences vers des modes de vie sobres, responsables et solidaires, modifier nos comportements dans un ou plusieurs domaines de notre vie quotidienne : l’alimentation, les transports, l’habitat, les loisirs, le travail… Peut-être en commençant par les gestes les plus simples de la vie courante, comme de ne pas dépenser trop d’eau, de courant électrique, de carburant ou de produits phytosanitaires… Nous pouvons être ouverts à toute proposition allant dans ce sens, à la condition que le souci écologique de la sauvegarde de la terre incluse aussi l’espèce humaine, menacée d’extinction, à moyen terme, en Occident, et, à long terme, sur toute la planète, sous la triple pression de la contraception, de la stérilisation et de l’avortement systématiques…

La société de consommation encourage la tendance innée en l’homme à « capturer » (dévorer) les êtres et les choses, au lieu de les aimer. A combler un vide intérieur par un surcroît de biens matériels. Or la consommation est synonyme de gaspillage et de pollution. C’est le plus grand ennemi de la terre et donc de l’homme. Etre sobre est le meilleur moyen de résister à son emprise. Les chrétiens doivent voir plus loin que le « développement durable »[4] ; l’apocalypse n’est pas celle qu’annoncent les écologistes. Une espérance folle nous habite quant à l’avenir ultime du cosmos : nous osons croire que celui-ci est destiné à la gloire depuis que l’Amour trinitaire a ressuscité Jésus d’entre les morts, inaugurant avec lui et en lui des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Le Christ n’est pas venu pour perfectionner le monde par la morale ou par la science, mais pour annoncer et inaugurer un autre monde qui n’est pas la réplique plus perfectionné de celui-ci. La vie éternelle à laquelle nous croyons et vers laquelle nous tendons n’est pas l’aboutissement d’un développement durable réussi. Elle nous ouvre à une autre dimension, celle de la vie bienheureuse. Aussi, notre position de chrétiens face à la problématique de la sauvegarde de la création sera d’autant plus audacieuse et équilibrée.

La foi dans le Dieu Créateur implique de prendre soin de toute la création qui est un don que Dieu confie à la conduite responsable et au travail de l’homme. La création est au centre de la vie chrétienne : contempler la création met les personnes humaines en relation avec leur « origine ». Toucher à la création est donc une « affaire spirituelle ». Si le péché a abîmé le dialogue entre le Créateur et sa créature, le Christ a restauré par sa Pâque toute la création ! Non seulement le corps et l’âme de l’homme sont réconciliés, mais c’est également la création toute entière qui participe à la recréation opérée par le Sauveur.

L’urgence écologique est donc avant tout spirituelle, porté par la gratitude et la reconnaissance : la nature est un don du Créateur. Dieu convie tous les hommes à sauvegarder l’environnement, conçu comme la vraie maison de l’homme. En dehors de cette attitude, l’écologie militante est certes utile mais nettement insuffisante. Et pour nous, catholiques, la réponse à la sécularisation c’est la transfiguration du monde, qui se manifeste déjà dans l’Eucharistie. Nous sommes appelés à faire de ce monde le Royaume de Dieu, et de la vie du monde une vie eucharistique.

L’Eucharistie dit finalement le caractère sacré de toute vie, elle est un « merci » adressé au don gratuit de la vie. Si l’on accède à cette conscience eucharistique, on se rend alors compte que ce n’est pas la matière qui nous nourrit véritablement, mais la vie infusée dans la matière. Ce n’est pas la matière qui produit la vie, mais la vie qui génère ce que nous appelons la matière, vouée à la dégradation, à la décomposition et finalement à la mort. L’Eucharistie est offerte pour la vie éternelle, elle est communion à la vie divine immortelle par les substances sacramentelles qui récapitulent le cosmos. Elle nous invite à quitter un rapport de consommation et de dévoration liée à la chosification du monde, à son objectivation.N’est-ce pas par là que nous pourrons alors accéder à une conscience écologique vraie, tournée vers la seule réalité qui nous importe : le Ciel ?

 Dr Patrick Theillier

 

 

 

Pour aller plus loin :

–          Benoît XVI : L’amour dans la Vérité

–          Benoît XVI : Message pour la Journée mondiale de la Paix 2008

–          Jean-Paul II : Message pour la Journée mondiale de la Paix 1990

–          Conférence des évêques de France : La Création au risque de l’environnement (2008)

–          Jean et Hélène Bastaire : Le chant des créatures

–          Jean-Marie Pelt : L’écologie pour tous

–          Patrice de Plunkett : L’écologie de la Bible à nos jours

–          Falk van Gaver : L’écologie selon Jésus-Christ

–          Mgr Dominique Rey : Peut-on être catho et écolo ?

–          Conférence des évêques de France : Enjeux et défis écologiques pour l’avenir (2012)

 


[1] Cosmos vient du grec « kosmos » qui veut dire « ordre », « beauté » : c’est le monde organisé, c’est l’œuvre du Créateur. On ne peut qu’admirer  la beauté, la grandeur, l’harmonie du monde de la nature, du cosmos tel que Dieu l’a fait !

[2] L’écologie radicale ou « deep ecology » soutient que les « droits de la terre » sont premiers par rapport aux « droits de l’homme », à rapprocher de l’écologisme antinataliste, malthusien, ou des écolos « Verts » qui prônent l’idéologie du gender avec toutes ses conséquences…

[3] Relire les paragraphes 48 à 52, en particulier la deuxième partie du § 51.

[4] Issu du « Sommet de la terre » de Rio en 1992.

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