THEOLOGIE – Quand les Grecs payent leur dette … théologique à leurs Pères

ECOLOGIE Grèce

Comme beaucoup l’ont fait remarquer ces mois derniers, la crise qui secoue la Grèce n’est pas seulement une crise économique mais une crise globale de la société, qui doit susciter la réflexion de l’Église. Cette crise concerne notre façon d’envisager la société. La préférence pour l’enrichissement personnel au mépris du bien commun, la manque d’une justice sociale, la corruption d’une grande partie du monde politique, la manque d’une conscience écologique, l’entrée d’un parti politique néo-nazi au parlement et ses prises de position (refus de l’autre, de l’étranger) etc., sont des questions urgentes qui perturbent la société. Ces problèmes résonnent comme un cri d’alarme pour l’Église Orthodoxe Grecque qui n’ a pas le droit de se taire. Au contraire, grâce à son « éthos ascétique », son « esprit eucharistique », elle peut proposer une autre manière de concevoir la société, une nouvelle conversion (metanoia) « sociétale », une nouvelle conversion « écologique », une « solidarité appliquée » du fait que chacun de nous est responsable pour toute personne et toute chose (cf. Ep. 4, 25).

La citation est extraite d’un article de théologie de Christos Filiotis-Vlachavas, intitulé  » La théologie orthodoxe grecque, entre retour aux Pères et appel de la modernité. », et publié récemment sur le site de la Revue des Sciences religieuses. L’article est de 2015.

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THEOLOGIE – Show oriental sur Broadway

2017 ECOLOGIE Livre Orthodoxie ThéologiensNew york, en décembre ? Un beau voyage, non ? Et en plus, vous pourriez en profiter pour faire un peu de … théologie écologique. L’Institut des études sur le Christianisme oriental (ISEC)  et le Centre pour l’éthique de la terre du Séminaire théologique uni organisent en effet le 8 décembre prochain un colloque sur le thème de « Création, rédemption et éthique environnementale dans la perspective du christianisme oriental ».

Il suffit pour cela de se rendre au campus du Séminaire de théologie uni, à Broadway, sur la 121e rue. Il est encore temps d’envoyer des contributions, si le coeur vous en dit, avant le 6 octobre.

Tout au long de la journée, les théologiens s’en donneront à coeur joie sur la manière dont les différentes Eglises chrétiennes d’Orient évoquent les thèmes de la bonté de la création divine, la responsabilité humaine sur l’environnement, les questions eschatologiques et sotériologiques etc. En anglais dans le texte, tout ça se dit comme suit :

We aim to analyze the Eastern Christian approach to the original goodness of this world of ours, the redemptive quality of our effort to maintain its well-being, and the ethos of environmentally-sustainable action. We also endeavor to investigate the nature and destiny of human beings as they relate to the environment. Our tradition (i.e., the patristic heritage) and practice, if explored from this perspective, indeed exhibit certain soteriological and eschatological dimensions; the salvation and transfiguration of humanity imply a radical transformation of our condition so that it may bear the glory of God. The conference will approach this subject from various angles: philosophical, theological, ascetic, liturgical, etc. In general, our goal is to conceptualize the environmental ethos of Eastern Christianity and to formulate our response to the pressing issues of modern life associated with both local and global changes of the environment. We believe that this conference topic will be of great interest to scholars, religious leaders and social activists because of its enormous significance for the life of the world and the meaning of life that is faithful to authentic sources of Christian ethics and spirituality.

Contacts : Fr. Sergey Trostyanskiy : st2399(@)utsnyc.edu

NATURE – Retrouver le désir profond

2016 Humour Rogations et rotationsDans un article récent du journal La Croix, le philosophe Jean Claude Eslin (auteur du récent « Le christianisme au défi de la nature », partage son regard sur le défi écologique en cours.

Aujourd’hui, nous, chrétiens, concevons et aimons des hommes abstraits de leur environnement cosmique. C’est insuffisant. Nous devons repenser notre lien à la nature, entendue à la fois comme nature autour de nous, hors de nous et en nous. Aujourd’hui, le christianisme est obligé de redéfinir ce qu’est l’homme dans la nature, ce qu’il n’a jamais eu vraiment l’occasion de faire depuis ses origines. (…) Les anciens se percevaient comme dans la nature et cherchaient des accommodements, des compromis, avec elle. On le voit chez les stoïciens, qui s’efforcent de vivre selon la nature. Le monde chrétien a vécu sur cet héritage de l’Antiquité jusqu’au XIIe siècle, sans grande originalité. Les moines du XIIe siècle, comme ceux de Cîteaux, reprenaient encore des expressions stoïciennes comme « Marche selon la nature ». Par la suite, le christianisme a perdu l’héritage antique. L’homme occidental, compris comme volonté, est devenu un être abstrait, dépouillé de la nature. Pourtant, Thomas a eu l’audace de construire une théologie à partir d’Aristote, c’est-à-dire à partir d’une philosophie naturaliste. Mais très vite, sa lecture a été biaisée par l’insistance sur la loi naturelle et la distinction entre naturel et surnaturel. On peut donc considérer que la théologie de la nature de Thomas d’Aquin n’a pas eu sa chance. Pour sortir du néothomisme, le concile Vatican II a renoncé à employer le mot de surnaturel. Il a bien senti la nécessité d’adopter un nouveau langage. Mais un concile ne peut qu’indiquer un changement de cap, un nouvel angle d’attaque. Il ne lui revient pas d’élaborer une pensée nouvelle. (…) Paul affirme une solidarité profonde entre l’humain et le cosmique. Toute la pensée de Paul est une pensée de l’« avec » (sun) : cette préposition est caractéristique du langage de Paul. « Être avec », « agir avec » sont chez lui des expressions courantes. Cet avec implique une interaction du christianisme avec l’ensemble de la création et de la civilisation, un esprit d’équipe. Cet avec nous bouleverse, si nous éprouvons quotidiennement les effets et les conséquences du défaut de solidarité avec la terre. (…) Il faut associer désir et limite, comme l’ont fait de manière très différente Augustin et Thomas d’Aquin. Chez eux, le désir a une place capitale. Si on est habité par cette philosophie du désir, la limite devient recevable.

DL

Source : art. Élodie Maurot, le 21/07/2017 à 10h16

ROME – L’espérance plus forte que les « gémissements » (Rom 8)

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(Credit : Photo Le Parisien)

Les audiences générales du mercredi ont repris en plein air, le 22 février dernier. Signe que le printemps approche ? Le pape François, poursuivant sa réflexion sur le thème de l’espérance, a abordé le chapitre 8 de la lettre aux Romains. Un texte important dans la théologie chrétienne de la Création.

Voici le texte de son intervention (avec, entre parenthèses, les rajouts fait à l’oral par le pape).

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous sommes souvent tentés de penser que la création nous appartient, que nous pouvons l’exploiter comme bon nous semble et que nous n’avons sur le sujet aucun compte à rendre à personne. Dans le passage de la Lettre aux Romains (8,19-27) dont nous venons à l’instant d’entendre un extrait, l’apôtre Paul nous rappelle au contraire que la création est un don merveilleux que Dieu a mis entre nos mains pour que nous puissions entrer en relation avec lui et reconnaître en elle la marque de son dessein d’amour, un dessein à la réalisation duquel nous sommes tous appelés à collaborer, jour après jour.

Et pourtant, quand il se laisse dominer par l’égoïsme, l’être humain peut détruire les choses les plus belles qui lui ont été confiées. Et il en est ainsi pour la création. Pensons à l’eau. L’eau est une ressource si belle et si importante : elle nous donne la vie, elle nous aide en tout ; mais pour exploiter les ressources minières nous contaminons l’eau, nous salissons la création, nous la détruisons. Ce n’est qu’un exemple, il y en a tant d’autres. Par l’expérience tragique du péché, la communion avec Dieu a été rompue, et nous avons brisé la communion originelle avec tout ce qui nous entoure. Nous en sommes arrivés à corrompre la création, en la rendant en quelque sorte esclave, soumise à notre vision court-termiste. Et la conséquence dramatique de tout cela se trouve malheureusement sous nos yeux, chaque jour. Quand la communion avec Dieu est rompue, l’homme perd sa beauté originelle et finit par défigurer tout ce qui se trouve autour de lui. Là où, à l’origine, tout renvoyait au Père créateur et à son amour infini, tout est désormais marqué par le signe triste et désolant de l’orgueil et de la voracité de l’homme. L’orgueil de l’homme qui exploite la création est destructeur.

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SUISSE – La bonne heure de la justice écologique

2017-fribourgL’écologie se décline aussi en version bilingue. Par exemple, en Suisse, où la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg  organise une journée d’étude sur le thème « Vers une écologie intégrale. Réflexions théologiques et implications pastorales à partir de l’encyclique Laudato si’ ».

La journée aura lieu le mardi 21 mars 2017, de 8 h. 45 à 13 heures, au Centre spirituel Sainte-Ursule de Fribourg, Suisse. Et en voici l’argumentaire théologique, pour ceux qui aiment le genre :

Il a fallu longtemps pour que les responsables des Églises reconnaissent la gravité des problèmes écologiques auxquels la terre est exposée. Cédant à l’esprit des années 1960, le concile Vatican II a plutôt défendu une « théologie de la domination », selon laquelle la nature est surtout disponible pour l’utilisation humaine (cf. Gaudium et spes, n. 12 ; 36). Ce n’est qu’avec Jean Paul II et son encyclique Sollicitudino rei socialis (1988) que la protection de l’environnement est entrée dans les priorités de l’enseignement social de l’Église catholique.

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ECOLOGIE – Théologiens en herbe

Un peu de lecture pour la fin de semaine ? Deux articles de théologie, publiés coup sur coup, proposent une réflexion sur l’écologie.

D’abord un article de l’ami jésuite Sébastien, sur l’étonnante conversion à laquelle nous sommes invités (dans Christus).

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Et dans la Revue d’Ethique et de théologie morale (n° 289), le psychologue Mathieu Blesson tente une analyse de l’encyclique du pape en écho à l’analyse de Lynn White en 1967.

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