BLOG – Des plumes et de la chair

Ah si, quand même. Il y a un peu de neuf du côté de la réflexion de chrétiens sur le rapport aux autres créatures. Le petit blog de Christine, une plume pour la Terre, rend compte de ses réflexions et de son engagement depuis des années dans ce domaine, à l’écoute d’autres spiritualités et dans l’enracinement au Christ. A découvrir !

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Extrait :

Aujourd’hui, je comprends qu’il n’y a pas de spiritualité chrétienne sans écologie, une écologie au sens large. Il ne faut pas se tromper sur le sens de l’écologie. Je parle d’une écologie intégrale, pas intégriste; une écologie systémique qui inclut toute la création, l’humain y compris (écologie et pauvreté sont d’ailleurs intimement liés). La spiritualité chrétienne est par essence, une spiritualité de l’incarnation, souffle et matière – « Dieu s’est fait chair ». La chair de Dieu s’est le Christ, mais aussi toute la création sans une exception, qu’Il récapitule. L’écologie intégrale n’est pas un environnementalisme, ce n’est pas une somme de gestes à faire pour la planète, même si cela est nécessaire, c’est une vision et une relation au monde renouvelée qui nous engage dans la totalité de notre être, dedans/dehors, individuellement et collectivement, et qui précède et induit les comportements écologiques. L’écologie n’est pas une option, c’est une nécessité intrinsèque à notre foi. Ce n’est pas la crise, la situation actuelle, qui nous engage à être « écolo » ; ajuster notre vision et nos comportements est un impératif éthique et spirituel intemporel. La situation actuelle rend cet impératif non optionnel.

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ECOLOGIE – L’incarnation nous oblige

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Photo : Joël Sartore

Même si je suis chrétienne dans le cœur, à un moment de ma vie, je ne me suis plus reconnue en tant que chrétienne, justement à cause de la séparation d’avec la nature et le vivant. A ce titre, je me sens « marginale » et c’est une grande souffrance pour moi de voir comment on traite le monde, la nature, les animaux… et de voir l’indifférence des chrétiens sur ces questions. Pour moi, c’est un total contresens. Le salut, le ciel que nous cherchons, ne peut advenir que sur et par et avec la terre. J’ai le sentiment qu’en détruisant la création, Son œuvre, nous crucifions le Christ chaque jour. Pourtant aujourd’hui, je comprends que c’est justement dans cette marge, dans cette « frange », dans ce désir de protéger et soigner ce monde, que je suis aussi profondément chrétienne. C’est, en fait l’écologie qui m’a ramenée à la foi.

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NATURE – Retrouver le désir profond

2016 Humour Rogations et rotationsDans un article récent du journal La Croix, le philosophe Jean Claude Eslin (auteur du récent « Le christianisme au défi de la nature », partage son regard sur le défi écologique en cours.

Aujourd’hui, nous, chrétiens, concevons et aimons des hommes abstraits de leur environnement cosmique. C’est insuffisant. Nous devons repenser notre lien à la nature, entendue à la fois comme nature autour de nous, hors de nous et en nous. Aujourd’hui, le christianisme est obligé de redéfinir ce qu’est l’homme dans la nature, ce qu’il n’a jamais eu vraiment l’occasion de faire depuis ses origines. (…) Les anciens se percevaient comme dans la nature et cherchaient des accommodements, des compromis, avec elle. On le voit chez les stoïciens, qui s’efforcent de vivre selon la nature. Le monde chrétien a vécu sur cet héritage de l’Antiquité jusqu’au XIIe siècle, sans grande originalité. Les moines du XIIe siècle, comme ceux de Cîteaux, reprenaient encore des expressions stoïciennes comme « Marche selon la nature ». Par la suite, le christianisme a perdu l’héritage antique. L’homme occidental, compris comme volonté, est devenu un être abstrait, dépouillé de la nature. Pourtant, Thomas a eu l’audace de construire une théologie à partir d’Aristote, c’est-à-dire à partir d’une philosophie naturaliste. Mais très vite, sa lecture a été biaisée par l’insistance sur la loi naturelle et la distinction entre naturel et surnaturel. On peut donc considérer que la théologie de la nature de Thomas d’Aquin n’a pas eu sa chance. Pour sortir du néothomisme, le concile Vatican II a renoncé à employer le mot de surnaturel. Il a bien senti la nécessité d’adopter un nouveau langage. Mais un concile ne peut qu’indiquer un changement de cap, un nouvel angle d’attaque. Il ne lui revient pas d’élaborer une pensée nouvelle. (…) Paul affirme une solidarité profonde entre l’humain et le cosmique. Toute la pensée de Paul est une pensée de l’« avec » (sun) : cette préposition est caractéristique du langage de Paul. « Être avec », « agir avec » sont chez lui des expressions courantes. Cet avec implique une interaction du christianisme avec l’ensemble de la création et de la civilisation, un esprit d’équipe. Cet avec nous bouleverse, si nous éprouvons quotidiennement les effets et les conséquences du défaut de solidarité avec la terre. (…) Il faut associer désir et limite, comme l’ont fait de manière très différente Augustin et Thomas d’Aquin. Chez eux, le désir a une place capitale. Si on est habité par cette philosophie du désir, la limite devient recevable.

DL

Source : art. Élodie Maurot, le 21/07/2017 à 10h16

DOCUMENT – Du neuf dans de l’ancien ?

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ça y est. Il est sorti ? Qui ? Le dernier opuscule de réflexion des évêques catholiques de France sur l’engagement social de nos communautés, et qui fait directement écho aux appels de l’encyclique Laudato si du pape François.

Ce texte, en fait, prend la suite d’un autre, écrit il y a … 35 ans, en 1982. La déclaration de l’époque « Pour de nouveaux modes de vie », avait été écrite dans un contexte de crise économique, de forte croissance du chômage, de la précarité et de la misère. La crise écologique n’y était pas encore très clairement évoquée mais elle se profilait déjà à l’horizon. Désormais avec la demande du pape François, les appels au changements urgents de nos modes de vie personnels et collectifs se font plus pressants.
« Le choix a été fait dans ce texte de s’adresser à l’ensemble des Français pour les interpeller sur leurs choix et leurs engagements. Ce texte n’est pas une analyse exhaustive des problèmes de notre société ou un programme politique. Son but est d’aider chacun à exercer son discernement dans une situation qui exige à la fois un regard lucide sur le monde et une volonté d’agir pour le bien commun. »
Un texte intéressant donc, attentif à dialoguer avec tous, sans diaboliser personne autour de sept thématiques. Il s’agit de penser les moyens de « mieux vivre le temps », « mieux consommer », « mieux utiliser l’argent », « mieux produire », « mieux habiter l’espace », « mieux répondre aux besoins sociaux », ‘mieux accueillir les migrants ». Et chaque chapitre fait un certain nombre de rappels nécessaires sur des avancées ou des résistances actuelles dans la société politique et civile françaises. Avec un appel final à participer activement au renouvellement des structures démocratiques en France.
Un document donc stimulant et qui pourra aider beaucoup de communautés à continuer à rester mobilisées, deux ans après Laudato si.
Mais.
Car, il y un mais, si le document assume un style qui veut être proche de celui du pape François, il manque quand même singulièrement de souffle.

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SPIRITUALITE – Qu’on somme d’arrêter !

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Installation de l’artiste Berlinde de Bruckyère

Le Conseil Famille et Société de la Conférence des évêques de France prépare un livre sur le thème « Nouveaux modes de vies ? L’appel de Laudato si ». Pour accompagner cette réflexion, le site de la Conférence des Evêques propose aussi, durant les 5 vendredi de Carême, une méditation proposée par Sr Marie-Laure Denès, op, directrice du Service national Famille et Société.

Vendredi 10 mars. Mieux consommer

« Mieux consommer », thème de la deuxième méditation pour le Carême 2017, à partir de « Nouveaux modes de vie ? L’appel de Laudato Si’ ».

Il est important d’assimiler un vieil enseignement présent dans diverses traditions religieuses et aussi dans la Bible. Il s’agit de la conviction que « moins est plus ». En effet l’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le coeur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment. En revanche, le fait d’être sereinement présent à chaque réalité, aussi petite soit-elle, nous ouvre beaucoup plus de possibilités de compréhension et d’épanouissement personnel. La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété et une capacité de jouir avec peu. La sobriété qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. (Laudato Si’, § 222 et 223)
Acheter, consommer, jeter. Quoi de plus banal dans une société dite « de consommation » sensée répondre à tous nos besoins et nous les souffler à l’oreille si nous manquons d’idées ! Quand nous semblons faillir à notre mission de consommateur, la sphère politique et économique redouble d’inventivité pour nous stimuler à nouveau. La montagne sur laquelle nous sommes tentés de planter nos tentes n’est pas celle de la Transfiguration où se révèle un Dieu de lumière comme nous le rappelle l’évangile de ce dimanche [Mt 17, 1-9, ndlr]. Nous nous contentons trop souvent d’être fascinés par ce qui brille sans éclairer, nos nouveaux veaux d’or. Toujours plus, quand je veux : quelle liberté ! Et pourtant, qui n’a jamais eu l’impression, même de façon fugace, d’être prisonnier de ses biens, esclaves des injonctions à consommer, saturé jusqu’à n’avoir plus envie de rien ? Qui n’a jamais éprouvé le désir de s’alléger, de se désencombrer pour poursuivre la route ?

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SUISSE – Une mobilisation grandissante

Le magazine suisse 24 heures consacre un article récent à la présence des chrétiens dans les débats environnementaux. Une présence grandissante, notamment dans les milieux protestants réformés évangéliques, selon le journaliste Patrick Chuard.

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Cinq siècles après la Réforme, le sort de la planète Terre devient une réelle préoccupation pour l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV). En novembre 2015, le sujet s’est invité aux débats du Synode, qui a accepté un postulat le priant de «placer la sauvegarde de la Création parmi ses préoccupations prioritaires». Il y a dans l’Eglise «des forces prêtes à s’engager», expliquait le pasteur Jean-François Habermacher, membre du Groupe de réflexion sur l’écologie et la spiritualité (GRES), créé en 2014 et constitué de théologiens qui ont lancé une pétition à l’origine du postulat. Celui-ci demande notamment que l’Eglise «lance des actions concrètes et significatives» pour l’environnement. Signataire, la pasteure Hélène Küng estime souhaitable que «l’Eglise ajoute une composante environnementale dans chacune de ses actions, qu’elle réfléchisse à cette dimension dans chacune de ses activités.»

Un courant militant

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CONGREGATIONS – En Australie, un grand bond en avant

2016 Soeurs maristesLe mouvement du désinvestissement financier des entreprises des énergies fossiles continue de s’amplifier. Récemment, ce sont quatre congrégations catholiques qui ont fêté l’anniversaire de l’encyclique Laudato si en annonçant qu’elles renonçaient à leurs investissement anciens dans ces industries polluantes.

C’est de fait une première, à ce niveau, dans le monde catholique -les Soeurs Franciscaines de Marie avaient cependant déjà ouvert le ban -, alors que du côté des Eglises protestantes plusieurs réseaux et congrégations ont déjà entrepris la démarche.

Il s’agit ici de quatre congrégations religieuses australiennes : les Soeurs maristes d’Australie, la Congrégation de la Présentation du Queensland et de Wagga Wagga, et les Passionnistes de la province d’Australie-Nouvelle Zélande, Papouasie et Vietnam. Elles rejoignent ainsi 530 institutions qui à travers le monde ont fait un tel choix, représentant plus de 3400 milliards $ de fonds d’investissements. Le Conseil oecuménique des Eglises fait partie d’eux, à côté de l’énorme fond de pension norvégien, des universités de Stanford et d’Oxford etc. Le Global Catholic Climate Movement vient aussi de créer un site d’information permettant à ces ressources d’être mieux réinvesties.

En 2015 déjà, des évêques du monde entier avaient appelé à mettre fin à « l’ère des énergies fossiles ». Une nouvelle campagne de la société civile appelle aussi à permettre l’accès de tous à des énergies abordables et renouvelables d’ici 2030. Elle devrait être officiellement lancée lors de la COP 22 en novembre prochain au Maroc.

Pour ceux qui lisent l’anglais, voici quelques réflexions de ces congrégations catholiques australiennes. Lire la suite