NUCLEAIRE – Désarmer les fausses paix

2017 PAX Nucléaire climat islande« Une éthique et un droit basé sur la menace d’une destruction réciproque – et potentiellement de toute l’humanité – sont contraires à l’esprit même des Nations unies. (…)« La paix et la stabilité internationale ne peuvent être fondées sur un faux-sens de la sécurité, sur la menace d’une destruction réciproque d’un anéantissement total, sur le simple maintien d’un équilibre des puissances »

Extrait du message du pape François envoyé le 29 mars à la conférence des Nations unies en cours à New York pour négocier un traité interdisant les armes nucléaires. Le message a été lu par Mgr Camilleri, sous-secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États.

La paix et la stabilité internationale ne peut pas être basée sur un faux sentiment de sécurité, basé sur la menace de destruction mutuelle ou d’annihilation totale ou d’un simple maintient d’un équilibre de puissance. La paix se construit sur la justice, le développement humain intégral, le respect des droits fondamentaux humains, sur la protection de la Création, sur la participation de tous dans la vie publique, sur la confiance entre les peuples, sur le soutien des institutions pacifiques, sur l’accès à l’éducation et aux soins, sur le dialogue et le solidarité. De ce point de vue, nous devons aller au-delà de la menace nucléaire. (…) Le but ultime de l’élimination totale des armes nucléaires devient ainsi à la fois un défi et un impératif moral et humanitaire. (…) Accomplir un tel monde sans armes nucléaires implique un processus à long terme basé sur la conscience que « tout est lié » (LS § 117, 138)

DL

ROME – L’espérance plus forte que les « gémissements » (Rom 8)

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(Credit : Photo Le Parisien)

Les audiences générales du mercredi ont repris en plein air, le 22 février dernier. Signe que le printemps approche ? Le pape François, poursuivant sa réflexion sur le thème de l’espérance, a abordé le chapitre 8 de la lettre aux Romains. Un texte important dans la théologie chrétienne de la Création.

Voici le texte de son intervention (avec, entre parenthèses, les rajouts fait à l’oral par le pape).

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous sommes souvent tentés de penser que la création nous appartient, que nous pouvons l’exploiter comme bon nous semble et que nous n’avons sur le sujet aucun compte à rendre à personne. Dans le passage de la Lettre aux Romains (8,19-27) dont nous venons à l’instant d’entendre un extrait, l’apôtre Paul nous rappelle au contraire que la création est un don merveilleux que Dieu a mis entre nos mains pour que nous puissions entrer en relation avec lui et reconnaître en elle la marque de son dessein d’amour, un dessein à la réalisation duquel nous sommes tous appelés à collaborer, jour après jour.

Et pourtant, quand il se laisse dominer par l’égoïsme, l’être humain peut détruire les choses les plus belles qui lui ont été confiées. Et il en est ainsi pour la création. Pensons à l’eau. L’eau est une ressource si belle et si importante : elle nous donne la vie, elle nous aide en tout ; mais pour exploiter les ressources minières nous contaminons l’eau, nous salissons la création, nous la détruisons. Ce n’est qu’un exemple, il y en a tant d’autres. Par l’expérience tragique du péché, la communion avec Dieu a été rompue, et nous avons brisé la communion originelle avec tout ce qui nous entoure. Nous en sommes arrivés à corrompre la création, en la rendant en quelque sorte esclave, soumise à notre vision court-termiste. Et la conséquence dramatique de tout cela se trouve malheureusement sous nos yeux, chaque jour. Quand la communion avec Dieu est rompue, l’homme perd sa beauté originelle et finit par défigurer tout ce qui se trouve autour de lui. Là où, à l’origine, tout renvoyait au Père créateur et à son amour infini, tout est désormais marqué par le signe triste et désolant de l’orgueil et de la voracité de l’homme. L’orgueil de l’homme qui exploite la création est destructeur.

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PAPE – La communion, pas la philanthropie

2017-mouvement-populaire-etats-unis-fevrierDepuis son élection, le pape François fait organiser régulièrement des rencontres des mouvements populaires (à Rome et Santa Cruz (Bolivie)). La dernière a eu lieu dimanche 19 février à Modesto, en Californie. Occasion de quelques rappels salutaires.

Dans son message (lu en espagnol sur place), le pape rappelle, en passant que « la crise écologique est réelle ». Un rappel salutaire dans un pays dirigé désormais par des climatosceptiques notoires…

« Il est vrai que la science n’est pas la seule forme de savoir et que la science n’est pas toujours “neutre”. Bien des fois, elle cache des vues idéologiques ou des intérêts économiques. Mais quoi qu’il en soit, nous savons aussi ce qui arrive quand on rejette la science et méconnaît la voie de la nature. » « Ne tombons pas dans le déni. Le temps court. Agissons » Dans son message, le pape rappelle aussi qu’une religion est « terroriste » par nature et qu’ « aucun peuple n’est trafiquant de drogue ». « Il y a des fondamentalistes et des individus violents dans tous les peuples et religions, et, avec des généralisations intolérantes, ils deviennent plus forts car ils se nourrissent de la haine et de la xénophobie. » Dénonçant le « dieu-argent » et l’économie aveugle, qui divise le monde entre « prochain » et « non prochain » négligeable, le pape souligne : « Les blessures sont là, elles sont une réalité, a-t-il rappelé. Le chômage est réel, la violence est réelle, la corruption est réelle, la crise d’identité est réelle, l’éviscération des démocraties est réelle. La gangrène du système ne peut pas être nettoyée pour toujours car, tôt ou tard la puanteur devient trop forte. Et, quand on ne peut plus le nier, le même pouvoir qui a engendré cet état de choses se met à manipuler la peur, l’insécurité, les querelles et même l’indignation justifiée des gens, afin de transférer la responsabilité de tous ces maux sur un « non-prochain ». Je ne parle de personne en particulier, je parle d’un processus social et politique qui fleurit dans de nombreuses parties du monde et pose un grave danger pour l’humanité »

Un texte à mettre en référence avec celui, très fort,  prononcé le 4 février devant les participants à la rencontre sur l’économie de communion organisée par le mouvement des Focolari. (texte intégral plus bas)

Quand le capitalisme fait de la recherche du profit son unique but, il risque de devenir une structure idolâtre, une forme de culte. La « déesse fortune » est toujours davantage la nouvelle divinité d’une certaine finance et de tout le système du hasard qui est en train de détruire des millions de familles du monde, et que vous combattez à juste titre. Ce culte idolâtre est un succédané de la vie éternelle. Les produits (les automobiles, les téléphones…) vieillissent et s’usent, mais si j’ai de l’argent ou du crédit, je peux immédiatement en acheter d’autres, en ayant l’illusion de vaincre la mort. On comprend alors la valeur éthique et spirituelle de votre choix de mettre les profits en commun. La meilleure façon la plus concrète pour ne pas faire de l’argent une idole est de le partager, de le partager avec les autres, en particulier avec les plus pauvres, ou pour faire étudier et travailler les jeunes, en vainquant la tentation idolâtre par la communion. Quand vous partagez et vous distribuez vos profits, vous accomplissez un acte élevé de spiritualité, en disant à travers les faits à l’argent : tu n’es pas Dieu, tu n’es pas le Seigneur, tu n’es pas le maître ! Et il ne faut pas non plus oublier cette haute philosophie et cette haute théologie qui faisait dire à nos grands-mères : « Le diable entre par les poches ». N’oubliez pas cela !

A noter que le pape s’était aussi adressé à une quarantaine de représentants de peuples indigènes réunis à Rome, le 15 févier, par le Conseil des gouverneurs du Fonds international de développement agricole (FIDA)

Il a invité, à cette occasion les autorités gouvernementales des pays concernés « à reconnaître que les communautés autochtones sont une composante de la population qui doit être valorisée et consultée et dont la pleine participation doit être favorisée, au niveau local et national », il a ensuite appelé « à une collaboration pacifique entre les autorités gouvernantes et les peuples indigènes, en surmontant les oppositions et les conflits ».

DL

Source : art. Nicolas Senèze, à Rome

NOTE : texte intégral du message du pape pour la rencontre organisé par les Focolari

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ECOLOGIE – Lire et se former pour mieux agir

Deux ouvrages récents à découvrir autour des questions écologiques dans nos Eglises

2016-ecologie-artegeUne lecture dominicaine d’une encyclique franciscaine écrite par un jésuite. L’ouvrage du dominicain Thomas Michelet rassemble 50 textes, de Jean XXIII au pape François, témoignant de l’émergence de la prise de conscience écologique dans les milieux romains.  L’intérêt principal de l’ouvrage est l’exercice théologique de l’introduction qui éclaire bien le propos. La sélection des textes est intéressante mais manque cruellement de commentaire et de mise en perspective : entre des textes de circonstances et d’autres qui  sont vraiment des engagements nouveaux, la compilation aurait mérité plus de relief.

NB : bien sûr, je suis mal placé pour avoir un regard objectif sur l’ouvrage, ayant tenté moi même l’exercice dans mon « Petit manuel d’écologie intégral » (Ed. Saint-Léger) l’année dernière... Mais c’est au moins l’occasion de souligner que l’ouvrage des Editions Artège n’est donc pas une première, comme elles le laissent entendre (on pensera aussi au travail de compilation de Jean Bastaire ou la synthèse d’un Patrice de Plunkett…)

2016-ecologie-et-art-de-vivre-chretienLe petit livret proposé par l’économiste et membre du mouvement « Écologie humaine » Pierre-Yves Gomez est lui, un parcours de formation, dans la droite ligne des « parcours Zachée. Entre enseignements et exercices, l’ouvrage propose de réaliser que nous sommes à la fois « acteurs » et « protecteurs » de l’environnement.

Plus qu’un traité sur l’écologie ou un code moral, ce livret, qui s’appuie notamment sur l’extraordinaire encyclique du Pape François, Laudato si’, est un outil pour se mettre à l’écoute des pistes proposées par l’Église pour la « sauvegarde de la maison commune ».. Un véritable art de vivre chrétien pour nous aider à retrouver la joie d’une unité de vie entre foi et action dans le monde !

ROME – Solidarités intégrales

215711_10151095605343490_2073090013_nLa réforme de la Curie romaine se poursuit, sous l’impulsion du pape François. Etape importante annoncée ces jours-ci : la création d’un dicastère (ministère) pour le « développement humain intégral » (DHI) à partir 1er janvier 2017.

Il s’agit en fait de rassembler et mieux articuler les énergies de quatre structures actuelles : les conseils pontificaux Justice et Paix, Cor Unum, celui pour les migrants et celui pour la santé. C’est le cardinal ghanéen Peter Turkson, qui prend la tête de l’ensemble. Un homme qui particulièrement présent aussi lors de la mobilisation de la COP21 à Paris.

S’il y a indéniablement la volonté d’améliorer les fonctionnements de ces services en les rassemblant, il y a aussi un propos théologique et éthique dans tout cela, très cohérent dans l’articulation entre le processus de l’encyclique Laudato si et les démarches de l’année de la miséricorde. Lire la suite

CREATION – Printemps romain

Greg Burke, le nouveau responsable de la communication vaticane a animé la conférence de presse donnée ce matin en présence du cardinal Turkson, de Terence Ward, auteur du livre ‘The guardian of mercy’ et de Mgr Brian Farrell, responsable du dicastère pour l’unité des chrétiens.

Ils ont réagi (en anglais essentiellement) au message donné en ce jour par le pape François.

DL

 

ROME -Le végétarisme, un chemin spirituel de compassion

« Comme on le ferait avec une mère ou une sœur, avec tendresse et paix. »

C’est avec ces mots que le pape François a invité la délégation de la religion jaïne reçue au Vatican le 1er juin a poursuivre sa mobilisation envers la protection de l’environnement. Il faut dire que cette communauté religieuse qui compte 10 millions d’adeptes en Inde essentiellement (30 000 en Europe), prône la non-violence envers toute forme de vie en pratiquant une amitié actives pour tous les êtres vivants et la compassion pour les créatures qui souffrent.

Le pape souligne que de telles rencontres font grandir « notre sens des responsabilités pour prendre soin de la Création, un don que nous avons tous reçu de Dieu ».

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