ETHIQUE – Qui veut la peau de Roger Rabbit ?

3516Il est peut être encore temps de s’inscrire pour les prochaines « summerclass » de Centre d’éthique animale d’Oxford ? Cette 4e session du genre abordera la question de l’éthique … de la fourrure animale. Une première mondiale, semble-t-il.

Du 23 au 26 juillet prochain, en effet, à la maison Saint-Etienne de l’université anglicane de théologie d’Oxford (GB), cette session rassemblera des universitaires du monde entier pour débattre de ce sujet nouveau et ancien à la fois (et à la foi). Parmi les contributions scientifiques annoncées, on peut déjà citer Dr Natalie Thomas, sur la chasse aux phoques au Canada (University of Guelph-Humber) ; Laura Donnellan, qui évoquera les réglements s’appliquant aux fourrures de chats et de chiens (University of Limerick) ; Pei F. Su and Yuan-Chih, Lung, aborderont l’industrie chinoise de la fourrure (ACTAsia, and Tsinghua University) et Kumud Kant Awasthi, la question de l’élevage d’animaux à fourrure en Inde (National Institute of Animal Welfare, India) ; et bien d’autres.

Des philosophes, des théologiens, des moralistes donc de plus de 12 pays aborderont les questions éthiques liées à cette activité, souvent destinée à la mode, et qui produit des millions d’euros de bénéfices chaque année sur le dos (!) de 60 millions d’animaux à fourrure tués chaque année.

Cette université d’été est organisée par le Centre pour l’éthique animale d’Oxford en partenariat avec le Respect for Animals Educational Trust.

Plus d’infos (en anglais)  ici.

DL

 

JESUITES – A taaaaaaaaaaaable !

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Crédit photo : Didier Rémiot

Fini les sandwiches sur le pouce au Centre Sèvres à Paris ? En tout cas, la réflexion sur la nourriture y est lancée, grâce  la prochaine soirée d' »Ethique publique »,le mardi 7 mars 2017 de 19h15 à 20h45.

 

La soirée, animée par P. François BOËDEC, s.j. et P. Bruno SAINTÔT, s.j.?  est organisée en partenariat avec la revue Etudes et le Département d’éthique bio-médicale du Centre Sèvres. Elle posera la question de la « bonne nourriture », comme enjeu sanitaire et environnemental. Un nutritionniste, Christian RÉMÉSY (1) et un médecin,  Joël MÉNARD (2) apporteront des éléments de réponses, même si a priori, leur réflexion abordera surtout le premier aspect des choses. Une bonne réflexion à venir, pour accompagner l’extase collective du Salon de l’agriculture…

La qualité globale de l’offre alimentaire, son adéquation aux besoins nutritionnels humains et l’adoption de modes alimentaires protecteurs sont des leviers majeurs pour la gestion de la santé publique. De plus le fonctionnement de la chaîne alimentaire a des répercussions écologiques considérables. Heureusement, il existe une bonne concordance entre les modes alimentaires bons pour la santé de l’homme et de la planète. Actuellement les informations nutritionnelles sont très insuffisantes ou parfois même incohérentes. Comment être bien informés sur les bénéfices/risques de ce qui est produit, notamment par les industries agroalimentaires ? Comment adapter nos modes alimentaires pour bien se porter et prévenir de nombreuses pathologies ? Plus largement, pourquoi une « transition alimentaire » devient-elle une nécessité afin de corriger les défauts de la chaîne alimentaire actuelle et ses conséquences négatives sur la santé humaine et l’environnement. Comment définir et faire connaître des modes alimentaires plus durables ?

Et si les maisons d’accueil jésuites devenaient exemplaires en termes d’alimentation locale, de saison et bio, pour mieux connecter l’expérience spirituelle et corporelle ? Une utopie ?

DL

(1) Ancien Directeur de Recherche de l’INRA, ancien Directeur d’une des Unités du Centre de Recherche en Nutrition Humaine de Clermont Ferrand, auteur de Que mangerons-nous demain ? (Odile Jacob, 2005) et L’alimentation durable pour la santé de l’homme et de la planète (Odile Jacob, 2010).
(2) Professeur Emérite de Santé Publique, ancien Directeur Général de la Santé.

 

 

NUCLEAIRE -Un appel prophétique

b_1_q_0_p_0Un document de 290 pages. Le dernier texte des évêques du Japon sur le nucléaire civil est un ouvrage abordant les aspects techniques, éthiques et théologiques qui les poussent à demander urgemment la cessation de cette activité industrielle. Une posture prophétique !

Le document qui s’intitule « Ce que nous avons appris depuis 5 ans. Pour l’abolition de l’énergie nucléaire. UN appel de l’Eglise catholique au Japon » est en cours de traduction anglaise a été préparé par un comité éditorial de la conférence des évêques du Japon (CBCJ), dirigé par le jésuite Ichiro Mitsunobu.
Un document qui poursuit la déclaration étonnante des évêques faite le 8 novembre 2011 près de la cathédrale Motoderajoji de Sendai – dans ce diocèse très touché par les retombées-, six mois après les explosions à Fukushima, et qui manifestait un changement profond d’attitude face au nucléaire. Entre temps, l’encyclique Laudato si est aussi passée par là.
L’ouvrage, en trois parties, aborde l’histoire nucléaire d’un pays si douloureusement marqué, en période de guerre et en période de paix, sans oublier les retombées des essais atomiques américains dans l’atoll de Bikini. Dans la deuxième partie, les aspects scientifiques et techniques sont abordés avant d’entrer dans une étude importante, à partir de la doctrine sociale de l’Eglise. Un livre qui appelle à la solidarité entre les Eglises et les religions pour demander l’abolition des centrales nucléaires dans le monde. Les évêques du Japon contestent ainsi les choix industriels japonais qui relancent au contraire la filière et viennent d’annoncer des accords signés avec l’Inde pour le développement de projets de technologie japonaise.

 

Quelques citations

 « Après un accident nucléaire sérieux, les vies de centaines de milliers de personnes, dans la zone immédiate, sont radicalement perturbées et les dégâts environnementaux résultants des radiations s’étendent bien au-delà, dans le temps et dans l’espace ».

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POLLUTION – L’autre Minimata ?

2016-formosa3Il y a quelques mois, j’ai eu la chance de faire mon premier voyage au Vietnam, dans le cadre d’une formation donnée à des jeunes religieux sur l’encyclique Laudato si. Occasion de découvrir aussi un terrible scandale écologique en cours dont on parle peu en Europe: la pollution de la bande côtière vietnamienne par les rejets toxiques d’une énorme aciérie chinoise implantée dans le centre du pays.

Après avoir longtemps contesté la responsabilité de l’installation industrielle, les autorités du pays ont bien du reconnaître les faits: la pollution aux métaux lourds provient bien d’eaux usées relarguées dans la mer par l’usine Formosa. Déjà des pêcheurs sont morts par empoisonnement et des pêcheries entières ont été durablement détruites par la pollution. Le ministère du travail vietnamien a lui même reconnu que ce sont plus de 360 000 personnes qui ont été touchées par la catastrophe et plus de 400 ha de coraux.

J’avais, pour l’occasion, profité de ma chronique dans La Croix pour donner quelques éléments d’information. On pourra trouver le texte de cette chronique plus bas (publié en juin 2016 dans La Croix).

Mgr Nguyên Thai Hop, évêque de Vinh, a accordé un entretien à l’agence d’information catholique VietCatholicNews (fondée en 1996 aux Etats Unis) pour faire le point. L’évêque dominicain, président de la commission diocésaine  Justice et Paix, décrit la colère de la population locale dans ce diocèse particulièrement touché : trois des quatre provinces touchées par la pollution se trouvent sur le territoire du diocèse de Vinh.

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Le 7 aout dernier, des manifestations importantes se sont déjà déroulées (près de 5000 fidèles venus d’au moins trois paroisses de pêcheurs différentes) après la publication d’un communiqué signé par Mgr Nguyen Thai Hop invitant à faire de cette date une journée de prière consacrée à la protection de l’environnement et de protestation contre les atteintes récentes à l’équilibre écologique. Des catholiques de l’ancienne paroisse de Dong Yen sont même parvenus jusqu’aux portes de l’usine Formosa, demandant le départ de l’installation industrielle financée par Taïwan.

 « Notre environnement vital est gravement menacé. Le complexe sidérurgique Formosa du Ha Tinh a rejeté des déchets toxiques dans les eaux de la mer, provoquant de graves dommages pour la vie de la population, des dommages qui se prolongeront durant de nombreuses années encore. Ces derniers jours, la presse a informé ses lecteurs que Formosa non seulement rejetait ces déchets en mer, mais enfouissait en terre des substances toxiques en de nombreux endroits. »

Lire aussi ici.

Récemment, le 22 août, un communiqué du ministère vietnamien des Ressources naturelles et de l’Environnement s’est efforcé de ramener de l’optimisme au sein de l’opinion publique. Selon lui, une enquête portant sur les quatre mois de pollution dans les quatre provinces touchées montrerait que le taux de substances toxiques aurait considérablement diminué et que de jeunes poissons commenceraient à voir le jour.

EXTRAITS de l’ENTRETIEN de Mgr NGUYEN THAI HOP

Mgr Nguyên Thai Hop: (…) Je ne suis pas un scientifique, pas plus qu’un spécialiste en économie ou un océanographe. Cependant, en tant qu’enfant du Centre-Vietnam, ayant vu le jour sur cette terre ingrate, et, surtout, et au titre d’évêque de Vinh depuis six ans, j’ai l’honneur de fouler en tous sens les entrailles de ce pays du centre, de cette terre inféconde. Aujourd’hui, j’ai l’occasion de parcourir encore davantage les chemins de cette pauvre terre et j’ai un sentiment de tristesse lorsque je regarde les mères du Centre-Vietnam : aujourd’hui, elles sont déjà pauvres et mènent une vie difficile, mais elles vont le devenir encore davantage et vivront encore plus difficilement…, à cause de la catastrophe de la pollution de l’environnement maritime.

La mer est la source de la vie ; telle était la tradition laissée par nos ancêtres. De la mer viennent les ressources qui permettent aux riverains de nourrir et d’élever leurs enfants, les ressources grâce auxquelles ils peuvent construire leur maison, subvenir aux dépenses nécessaires pour survivre. Certains peuvent même s’acheter des voitures, construire des bateaux, grâce aux ressources de la mer. Aujourd’hui, avec ce désastre environnemental, la population est dans le désarroi et le désespoir. Beaucoup ont déjà quitté leurs villages et sont partis. Les enfants ne vont plus à l’école et de nombreuses personnes ont perdu leur emploi. Non seulement les pêcheurs et les propriétaires de marais salants, mais aussi beaucoup d’autres services ainsi que la population qui vit tout autour sont affectés. Tous sont marqués par cette tragédie. Il n’y a désormais plus de poissons et cela fait déjà plus de quatre mois que nous n’avons pas consommé ce plat traditionnel de la population côtière.

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NATURE -L’autre patrimoine à honorer

2016-pantin-1La nature, un patrimoine ? Une bonne question à laquelle on pourra réfléchir du 16 au 18 septembre, à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine 2016. Et tout particulièrement à l’église Saint Germain l’Auxerrois de Pantin (93)

En effet, la paroisse organise sa troisième biennale d’art sacré contemporain sur le thème « Laudato si’, Dieu, les hommes et la Création. » Une belle occasion pour en prendre plein les yeux et le coeur.

AU PROGRAMME

  •  Vendredi 16 Septembre – 20h.  devant l’église : Ouverture  de la biennale. . Installation. INTERVALLE de David COIGNARD – Projections nocturnes.             Performance de Danse : Avec un ardent désir. Création danse liturgique contemporaine et Hip hop / Mise en scène : Welsia FORSTIN / Interprètes : Aminata CRAZY STYLE, Stéphanie LAVENTURE, Berto MALOUONA N’ZOUZI, Sara ALAMI, Jasmine MATHIESON, Camille PICARD, Oumie KONAN, Joël-Elisée KONAN, Welsia FORSTIN

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EAU – Le respect qui coule de source

2016 Turkson eauQuelques jours avant d’être nommé responsable du nouveau dicastère oeuvrant à la charité à Rome, le cardinal Turkson est intervenu au cours de la semaine mondiale de l’eau, à Stockholm (Suède) qui avait pour thème « L’eau pour une croissance durable ».

Dans son intervention du 29 août, titrée « Foi et développement » (lire ci dessous le texte en intégralité… et en anglais), le prélat souligne que si les sciences techniques et sociales peuvent aider à comprendre le monde, elles ne peuvent pas répondre au défi intérieur : « Pourquoi devrai-je prendre soin ? » Voilà où les traditions spirituelles peuvent spécialement contribuer à la mobilisation, elles qui sont mises au défi d’être cohérentes entre les valeurs qu’elles portent et leurs propres pratiques. Et de proposer quatre pistes de travail pour tous : une éducation ouverte à l’altruisme et à la solidarité responsable ; le respect de l’eau comme don divin ; l’organisation de campagnes de nettoyage des rivières et des lacs comme actes de paix ; la réaffirmation de la dignité humaine et des biens communs pour la famille humaine pour hiérarchiser nos usages de l’eau.

DL

Faith and Development”

Distinguished representatives of various Religions, Organizers, dear Colleagues, ladies and gentlemen, it is a pleasure to greet you in the name of the Pontifical Council for Justice and Peace.

Having been asked to speak on “Faith and Development”, I notice that many religions are represented here. This suggests that indeed there are many links between faith and development. Fruitful inter-religious collaborations and synergies have already started in several sectors, such as healthcare, food security, investment, education, stewardship of natural resources, and assistance to migrants.

From a Catholic perspective, our planet, its resources and ecosystems are a marvellous gift. So too, human life is a gift – we are not self-created, we receive our bodies and our first relationships through the same grand course of divinely-given nature.

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ROME – Solidarités intégrales

215711_10151095605343490_2073090013_nLa réforme de la Curie romaine se poursuit, sous l’impulsion du pape François. Etape importante annoncée ces jours-ci : la création d’un dicastère (ministère) pour le « développement humain intégral » (DHI) à partir 1er janvier 2017.

Il s’agit en fait de rassembler et mieux articuler les énergies de quatre structures actuelles : les conseils pontificaux Justice et Paix, Cor Unum, celui pour les migrants et celui pour la santé. C’est le cardinal ghanéen Peter Turkson, qui prend la tête de l’ensemble. Un homme qui particulièrement présent aussi lors de la mobilisation de la COP21 à Paris.

S’il y a indéniablement la volonté d’améliorer les fonctionnements de ces services en les rassemblant, il y a aussi un propos théologique et éthique dans tout cela, très cohérent dans l’articulation entre le processus de l’encyclique Laudato si et les démarches de l’année de la miséricorde. Lire la suite