ANIMAL – Ces abeilles qui font le buzz…

Du côté de la réflexion sur notre lien au monde animal, pas grand chose à se mettre sous la dent du côté des Églises en cette fin d’année, alors que le sujet fait régulièrement la une des médias, par le biais de l’alimentation (viande), de la maltraitance animale (élevages, cirques), du monde agricole (loup, etc) ou de la perte de la biodiversité mondiale. Un article récent de catho.ch évoque quand même la figure du F. Adam, grand apiculteur devant l’éternel.

La quête de ce moine bénédictin était (en 1952) de  » reproduire une abeille qui nous donnera une récolte moyenne constante maximale avec un minimum d’efforts et de temps de notre part”. Pendant 60 ans, en bon bénédictin et à la manière d’un Gregor Mendel, il s’est attelé à cette tâche si représentative de l’état d’esprit d’un monde agricole en pleine transformation.

Entré à 11 ans au monastère de Buckfast, pour lui, l’histoire a commencé en 1919 lorsqu’il prend la direction du rucher d’une abbaye située dans le Devon, au sud-ouest de l’Angleterre. Confronté à l’acariose, une maladie apparue en 1905 sur l’Île de Wight, le moine voit ses abeilles noires anglaises décimées. 30 des 46 colonies sont mortes. A 21 ans, le jeune homme décide d’améliorer l’espèce des colonies de Buckfast. Partant de colonies résistantes, il rajoute des reines importées et fait évoluer les colonies à force de croisements. Il faut dire que jusque là, la production de miel primait, de manière à pouvoir produire suffisamment d’hydromel. Du coup, l’achat de reines italiennes s’étaient imposées et les croisements avaient fait émergé cette espèce résistante et productive à l’origine de la lignée Buckfast. Le F. Adam va poursuivre l’effort pour obtenir une « bonne  » abeille, ayant un tempérament paisible, facile d’entretien et produisant beaucoup de miel. Un bon comportement hivernal et la résistance aux maladies sont des qualités recherchées. Ce dernier critère sera l’une des préoccupations majeures du responsable du rucher de Buckfast tout au long de ses recherches.

En 1925, il crée une station de fécondation dans la lande de Dartmoor, proche du monastère, loin de tout perturbation par des fécondations non-contrôlées. Les reines métisses qu’il y fait naître (au bout de sept années de vérification à chaque fois) sont particulièrement résistantes. Dès cette année, le nombre de ruches du monastère est multiplié par trois, tout en évitant les traitements chimiques. La productivité augmente, jusqu’à 23 tonnes de miel en 1949, avec une moyenne de 30 kg par ruche. Le moine travaille sans cesse, collaborant avec les scientifiques américains du côté de l’insémination artificielle des reines. Il voyage beaucoup, sélectionnant d’autres reines pour de nouveaux croisements. Le succès suit et l’apiculture européenne et américaine va largement utiliser l’espèce Buckfast.

La réputation de l’homme devient internationale et les reconnaissances officielles ne vont pas manquer. Mais, à 94 ans, contraint à la démission par son père abbé, il se retire peu à peu dans la solitude avant de décéder quatre ans plus tard, en 1995.En 1992, le nouvel abbé de l’Abbaye le contraint à la démission: il lui refuse la nomination d’un assistant technique. A 94 ans, blessé par ce fait, il retourne dans sa ville natale avant de revenir à l’abbaye, où il est désormais le doyen. A la retraite, il se retire dans la solitude. Il décède en 1996, à l’âge de 98 ans. Il reste à ce jour une grande figure de l’histoire apicole moderne.

On le voit, on est assez loin des questions actuelles sur la dignité animale telles qu’elles ont pu être abordées, par exemple, au cours du colloque « Les études animales sont elles bonnes à penser », qui s’est déroulé à Strasbourg du 8 au 10 novembre dernier. On pourra noter dans la liste des intervenants universitaires une réflexion de Frédéric Rognon sur l’émergence d’une éthique animale dans le monde théologique protestant. Rien en vue, par contre du côté catholique.

Ah si, en début d’année 2017, suite à la proposition de loi relative au respect de l’animal en abattoir examinée le 12 janvier à l’Assemblée nationale, Jean-Frédéric Poisson (le bien nommé) et qui est aussi député des Yvelines pour le Parti Chrétien-Démocrate a déployé une réflexion très classique : à la fois  « choqué et même scandalisé par les images de violences exercées de façon totalement gratuite et ignoble » sur des animaux en abattoir, jugeant « inacceptable » la souffrance inutile des êtres vivants doués de sensibilité, et en même temps incapable de soutenir la proposition de loi refusant « un Etat qui surveille les moindres faits et gestes de la population et qui s’immisce de plus en plus dans le domaine du privé, nous faisant dériver vers le totalitarisme ». Et de conclure :

 « Ce que je remets en question, et fortement, c’est le deux poids deux mesures entre le respect de l’animal et celui de l’être humain en début de vie ! ». (…) « Ainsi, il ne faudrait plus essayer de sauver autant que possible les bébés humains dans le ventre de leur mère, mais la protection des fœtus d’animaux serait, elle, une priorité ! » (…) « Il est temps que notre société revienne à la raison. La cause animale ne peut avoir de fondements réels sans respect de la dignité humaine. Oui les animaux doivent être l’objet d’une attention respectueuse. Mais l’homme aussi, et avant tout ! »

NB de E&E : on peut comprendre cette émotion légitime si courante dans les milieux chrétiens. Mais en quoi le fait de répéter toujours la même chose fait avancer une réflexion ? Pourquoi ne pas accompagner plutôt ces réflexions naissantes autour de la dignité de tout être vivant ? Car, de fait, elles poseront nécessairement à un moment donné la question de la cohérence entre les différentes éthiques de notre monde. Pour ne prendre qu’un autre exemple, un article du Point récent sur le 50e anniversaire de la loi Neuwirth donnant la parole à une sociologue et une gynécologue montrait les évolutions profondes qui sont en train d’opérer dans les consciences, notamment du fait de le prise en compte de la dimension écologique de l’existence humaine.

Extrait :

C’est vrai que ce questionnement concernant le médical émerge : lors d’un colloque auquel je participais, des féministes canadiennes se plaignaient justement d’être enchaînées au médical concernant la contraception. Elles associaient également ce phénomène à la domination masculine. Cela fait partie intégrante d’une tendance plus générale, on le voit avec le rejet des vaccins, par exemple. La résistance la plus forte vient de la progression des règles écologistes. Cela devra faire l’objet d’une tout autre enquête, mais nous pourrions comparer le rejet de la pilule avec la progression des femmes végétariennes, végans, etc.

Une éthique du « tout est lié » est encore à inventer et la crispation conservatrice n’est sans doute pas la bonne porte d’entrée.

DL

Sources : cath.ch/bh – L’abeille Buckfast en question(s), de R. Zimmer, Buckfast Avler Gruppen, A. K. Stigen, American Bee Journal, E. Österlund et Guy Rouiller.

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Une réflexion au sujet de « ANIMAL – Ces abeilles qui font le buzz… »

  1. En effet pourquoi vouloir toujours opposer les combats quand ils sont liés. Mais conservateur ne rime pas toujours avec monomaniaque, bas-de-plafond. Il me semble que l’ère Larminat est derrière nous. La preuve dans cette confession de Philippe de Villiers, dont certains écrits font irrésistiblement penser à du Nicolino.
    Comme quoi l’écologie établit des ponts (sans doute les seuls possibles aujourd’hui ) entre les hommes de tous bords conscients de notre communauté de destin et soucieux de leur maison commune, avant tout.

    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/12/12/31003-20171212ARTFIG00119-philippe-de-villiers-je-ne-comprends-pas-pourquoi-la-droite-ne-s-empare-pas-de-l-ecologie.php

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