CLIMAT – Des nouvelles du front nuageux

2017 ECOLOGIE Jésuites Still inToute une série de nouvelles autour des thématiques climatiques auraient mérité un article sur E&E ces derniers mois. En voici un condensé en quelques lignes.

Le 11 septembre. Dans son vol qui l’emmenait vers la Colombie, le pape François a notamment réagi aux tempêtes en cours dans les Caraïbes. Interrogé sur sa réaction face au climatoscepticisme du président américain, le pape François a souligné qu’il suffisait d’écouter la communauté scientifique pour comprendre et s’est inquiété du fait que nous ne changions pas nos habitudes en conséquences. « Si nous ne changeons pas, nous allons sombrer », soulignant la responsabilité morale qui est la nôtre et celle des responsables politiques. « L’Histoire jugera les décisions prises. » A noter que l’association caritative Christian Aid a critiqué le déni du président Trump, soulignant que Miami est en haut de la liste des villes les plus vulnérables au changement climatique.

« Alors que nous voyons les pays les plus riches essayer de gérer les destructions liées aux catastrophes climatiques, souligne Mohamed Adow de Christian Aid, n’oublions pas les 40 millions de personnes touchées par les inondations en cours en Asie du Sud, une zone qui n’a pas d’infrastructures ou de ressources équivalentes pour gérer une telle situation. »

Dans son rapport (Act Now or Pay Later: Protecting a billion people in climate-threatened coastal cities), l’association montre que les villes américaines seront touchées durement en 2070 par l’élévation du niveau de la mer, New York étant en troisième position après Guangzhou en Chine et Calcutta en Inde.

 

 

Le 4 septembre. L’équivalent du Secours catholique en Suisse (Caritas-Suisse) a rappelé que le pays n’en faisait pas assez pour contribuer à la protection du climat. Un rappel nécessaire puisque ce sont les populations les plus démunies qui sont les plus durement touchées par les changements en cours. L’ONG déplore notamment l’insuffisance du plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre suisses (d’un montant de 450-600 millions de FS, sur le milliard annuel demandé en théorie), qui envisage de supprimer  seulement trois cinquièmes des émissions de gaz à effet de serre par des mesures à l’intérieur de ses propres frontières. Les deux cinquièmes restants doivent être achetés sous la forme de “permis de polluer” en partie auprès des pays en développement. Caritas refuse un tel commerce de droits d’émissions. Caritas rejette aussi l’attitude du Conseil fédéral qui entend soustraire une grande partie des fonds de financement du climat au budget de la coopération au développement.

 “Depuis des années, il est ainsi question de taxer les billets d’avion en fonction de la pollution engendrée. Chaque année, plus de 40 millions de personnes voyagent à destination ou en partance d’un aéroport suisse. Une modeste taxe de 10 francs par billet permettrait de collecter plus de 400 millions de francs par année. C’est faisable.”, estime Hugo Fasel, le directeur de Caritas suisse.

Le 15 aout. Alors que le secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE) poursuivait sa visite en Océanie, il a rencontré des responsables politiques et religieux en Nouvelle Zélande. Ce sont les suites des accords de Paris qui ont été abordés notamment.Le révérand Dr Olav Fykse Tveit a ainsi pu entendre que dans ce pays la conscience d’avoir un rôle clé est importante pour les responsables religieux. Elle est liée au fait que la région est particulièrement exposée aux changements en cours et que le pays accueille une importante communauté Maori. Ils demandent notamment un changement de législation pour accueillir les réfugiés climatiques. Le secrétaire général a souligné de son côté que ces plaidoyers pour la justice et la paix est une grande chance pour le témoignage commun et le don de l’espérance.

« Nous devons être forts dans nos convictions pour que soit appliqué l’accord de Paris. Et nous devons agir pour que les responsables politiques se sentent redevable de leur engagement en ce domaine. »

Il avait rencontré la veille des habitants et des responsables religieux des îles Fidji à qui il s’était adressé en leur rappelant que s’il leur arrivait de se sentir aux marges de la planète, ils devaient réaliser qu’ils étaient désormais au centre. « Au centre de l’océan, de la vie et des menaces sur la vie. » Le 11 août Olav Tveit avait rencontré aussi le président fidjien, Jioji Konrote, qui présidera la 23e Conférence des parties (COP23) qui se déroulera dans quelques semaines à Bonn (Allemagne)

En juin. Les soeurs de Saint Paul de Chartres sont très actives au Vietnam. Sr Ephrem Nguyen Thi Luu, par exemple, et bien d’autres ont mis en place des programmes de soutien financier et alimentaire de nombreuses familles de paysans en grande difficulté ces derniers mois.

« La plupart des paysans ici ont eu de très mauvaises récoltes de riz et manquent d’aliments de base depuis des mois. »

Cette dégradation des conditions de vie est liée au changement climatique en cours, accélérant encore l’exode rural vers les grandes villes. Pourtant, le 25 mai, des représentants de 14 religions du pays avaient rencontré les instances gouvernementales à Saïgon et chacun a rappelé l’engagement fort de ces communautés contre le changement climatique en cours. Mgr Joseph Do Manh Hung, du diocèse de Ho Chi Minh, a expliqué que l’Eglise éduque déjà les fidèles à la protection de l’environnement en poussant à la collecte et au tri des ordures, à la protection de la ressource en eau et en énergie et en participant à la reforestation. La porte parole de l’Assemblée nationale vietnamienne avait annoncé, le 11 mai, que le Vietnam est un des pays de cette région du monde qui est le plus touché par le changement climatique en cours. Près de 54 % du pays devrait être touché par l’élévation du niveau de la mer, perturbant la vie de près de 12 % de la population du pays. Au printemps, les inondations ont alterné avec des périodes de canicules très sévères et les tempêtes ont été particulièrement irrégulières. Des évènements qui ont tué plus de 260 personnes et endommagé près de 400 000 habtiations et 1 million d’hectares de terres cultivées.

Mai-juin. Le comité exécutif du Conseil oecuménique des Eglises réuni du 7 au 12 juin à Bossey (Suisse) a réagi à la décision du gouvernement des États-Unis de se retirer de l’accord de Paris sur les changements climatiques. Dans son texte, le COE souligne que

La décision du président américain de revenir sur sa promesse de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de financer le Fonds vert pour le climat a de graves conséquences pour les personnes pauvres et vulnérables, pour les enfants de nos enfants et pour la planète entière; elle met en péril l’accès des individus à l’eau claire, à la nourriture, à un abri et à des moyens d’existence sûrs et compromet les efforts en faveur de la pérennité écologique et de la paix. Au vu des preuves scientifiques accablantes qui confirment la réalité des changements climatiques, lesquels s’accélèrent et sont essentiellement provoqués par l’activité humaine, et sachant qu’ils constituent un obstacle majeur à la réalisation des droits de la personne non seulement pour les plus vulnérables, mais pour l’ensemble de l’humanité, il nous incombe à tous de faire de notre mieux pour mettre au plus vite un terme à nos émissions afin de ralentir ce processus déjà dangereux.Le COE a déjà souligné que les pays riches et industrialisés tels que les États-Unis avaient le devoir moral et éthique d’être les premiers à agir et d’agir sans délai. Les États-Unis auraient pu donner un bel exemple de ce que signifie être un membre responsable, redevable et épris de justice de la communauté internationale par sa réponse à ce problème planétaire. L’administration actuelle a préféré se couper d’un meilleur avenir, y compris pour ses propres citoyennes et citoyennes, d’un point de vue aussi bien écologique qu’économique. (…)

De son côté, le cardinal Reinhard Marx, président de la Commission des Conférences épiscopales de la communauté européenne (COMECE) a commenté ainsi :

« Alors que cette décision n’est pas une surprise, elle constitue un défi majeur pour la protection du climat sur un plan international. Elle sape la confiance globale qui avait émergé avec les accords de la conférence sur le climat de Paris. Jusqu’au bout, nous avions espéré que les discussions du G7 et la rencontre avec le pape François puisse influer plus positivemnet sur la décision américaine. L’encyclique Laudato si, que le pape a offert au président américain la semaine dernière, souligne que la faiblesse des politiques internationales réside dans le fait que de trop nombreux intérêts particuliers passent avant le service du bien commun. Il est regrettable que cette analyse se confirme encore une fois et que la responsabilité globale s’arrête aux frontières d’un pays. La communauté internationale ne devra pas se décourager. Les Européens, tout particulièrement, ont le devoir de rester uni et de jouer un rôle de meneur dans la sauvegarde de la Création. »

Notons aussi que le sujet fut l’occasion d’un premier échange direct entre le président français et le pape François, sur l’initiative du premier. En effet, le 2 juin en fin d’après midi, pendant une dizaine de minutes, les deux dirigeants se sont mis d’accord pour échanger sur les initiatives qui seront prises dans les semaines qui viennent en faveur du climat », a précisé une source élyséenne à l’AFP.

De nombreuses organisations ont aussi exprimé leur désaccord avec la décision du président Trump. Les religieuses américaines, par exemple. Sr Joan Brown, déléguée franciscaine à la COP 21, parle d’un « péché mortel » et les Soeurs de la miséricorde, qui représente la congrégation la plus grande des Etats-Unis, souligne que c’est là « une des décisions de loin les plus dérangeantes parmi bien d’autres prises par l’administration Trump pour affaiblir l’engagement du pays à lutter contre le changement climatique et protéger ceux qui y sont le plus exposés. Rappelons que ces mêmes religieuses avaient commencé leur propre engagement sur ces questions en 1995, après avoir entendu le témoignage de leurs consoeurs venues de Philippines et d’autres pays qui sont en première ligne des changements en cours.

 

 

 

 

En mai dernier. Les présidents des Universités jésuites américaines ont répondu aux atermoiements du président américain, en signant une lettre ouverte intitulée « Nous sommes toujours dans l’accord » (We are still in). Celle-ci est déjà signée par plus de 1200 maires, gouverneurs, directeurs d’instituts, chefs d’entreprise et investisseurs du pays, représentant près de 120 millions de citoyens. Parmi les universités signataires ont peut donc nommer : le College of the Holy Cross, la Fordham University, Le Moyne College, la Loyola University Chicago, la Loyola University New Orleans, la Saint Peter’s University, la Seattle University, et l’université de San Francisco.

La lettre rappelle qu’aux « Etats-unis, se sont les instances  locales et fédérales, avec les entreprises qui sont responsables en premier de l’importante diminution de gaz à effets de serre ces dernières années. Les actions menées par chaque groupe se multiplieront et s’accèlereront dans les années à venir, indépendamment des décisions de Washington. »

L’université jésuite de Georgetown a aussi rejoint 11 autres institutions de recherches dans une déclaration similaire. « En tant qu’université catholique et jésuite, nous croyons que protéger notre environnement est une des urgences pratiques et morales les plus importantes de notre temps. », explique le président de Georgetown University, en expliquement que l’institution s’engageait dans une politique d’investissements financiers responsables.

Le 12 mars. Une coalition d’investisseurs institutionnels (dont plusieurs ordres religieux catholiques) représentant près de 4 000 milliards de dollars de fonds, ont interpellé les dirigeants d’ExxonMobil pour qu’ils expliquent comment ils vont concilier leurs affaires et les efforts nécessaires pour limiter le changement climatique en cours. C’est Thomas Dinapoli, un administrateur fiduciaire new yorkais du Common Retirement Fund (CRF) et des délégués de l’Eglise d’Angleterre qui mènent l’opération. Ils avaient déjà réussi, en 2016, a faire voter près de 40 % des actionnaires en faveur d’une proposition de ce genre durant la conférence annuelle de l’entreprise. Un appel d’autant plus pressant que plusieurs des grands concurrents ont déjà mis en place des stratégies pour s’adapter aux effets des scénarios visant à limiter le réchauffement climatique à 2°C. De nombreux investisseurs européens majeurs se sont joints à la proposition cette année.
Du côté catholique ont peut lister les congrégations suivantes : Adrian Dominican Sisters, Benedictine Sisters of Baltimore – Emmanuel Monastery, Benedictine Sisters, Sacred Heart Monastery, Christian Brothers Investment Services, Church Commissioners for England, Congregation des Soeurs des Saints Noms de Jesus et de Marie, Congregation of Benedictine Sisters, Boerne, TX, Congregation of Divine Providence – San Antonio, TX, Congregation of St Joseph, Congregation of the Sisters of Saint Joseph of Chestnut Hill, Philadelphia, Daughters of Charity, Province of St Louise, Dominican Sisters of Hope, Dominican Sisters of San Rafael, CA (Congregation of the Most Holy Name), Maryknoll Sisters, Northwest Women Religious Investment Trust, School Sisters of Notre Dame Cooperative Investment Fund, Sisters of St. Dominic of Caldwell, NJ, Sisters of St Francis of Philadelphia, Sisters of St Joseph of Orange, Ursuline Sisters of Tildonk, US Province.

En mars. L’ordre de révision donné par le président Trump du Clean Power Plan est une très mauvaise nouvelle pour le pays, selon le responsable de la commission Justice et développement humain de la conférence des évêques américains. Pour la protection de l’environnement d’une part, mais aussi pour l’engagement à atteindre les standards nationaux sur les émissions de gaz à effet de serre. Mgr Frank Dewane, de Floride,  a rappelé que cette opposition des évêques est soutenue par le cardinal Peter Turkson, préfet du nouveau dicastère « Développement humain intégral », les invitant à résister aussi bien sur les questions climatiques que migratoires. Le plan « Energie propre » (CPP) avait été signé en aout 2015 et très bien accueilli par les évêques alors.

A noter que la conférence des jésuites d’Amérique du Nord a appelé les fidèles à interpeller leurs responsables élus au Congrès pour s’opposer à ce décret. Les responsables du Catholic Relief Services, principale organisation humanitaire de l’Eglise catholique américaine, a aussi souligné que la décision de Trump aurait un impact sur la vie des petits paysans qui doivent lutter contre les sécheresses ou les tempêtes.  » Ne pas aider maintenant ne mènera au final qu’a davantage de conflits, de migrations et d’instabilité. Et cela non plus n’est pas dans l’intérêt des USA. »

En février. Plus d’une centaine de responsables catholiques, dont des évêques et des présidents d’université, ont élevé leur voix au moment où l’administration Trump menace plusieurs décisions anciennes du président Obama, notamment concernant la gestion de l’agence pour l’environnement (EPA) et les émissions de CO2 dues aux usines à charbon. Une lettre des évêques catholiques du 17 février, rédigée par Mgr Oscar Cantu de Las Cruces (Nouveau Mexique) et Mgr Frank Dewane (Floride) ainsi que Sean Callahan, président du CRS, s’adressait directement à Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat pour l’inviter à défendre l’accord de Paris et soutenir le financement du Green Climate Fund qui doit permettre aux pays en développement de pouvoir s’adapter aux changements climatiques à venir. Une autre lettre du 16 février, a rappelé le soutien des catholiques au plan pour une énergie propre. Signé par les présidents de 24 lycées et universités, par 70 responsables de plus de 50 congrégations religieuse, le document appelle à soutenir la transition énergétique du pays, en soulignant aussi les dimensions sanitaires et sécuritaires d’un tel plan. Avant la confirmation de Scott Pruit à la tête de l’EPA, plus de 800 employés de l’agence avaient appelé les sénateurs a refusé la nomination d’un climatosceptique notoire à ce poste.

 

En février. Au cours de son audience générale du 1er février, le pape François a salué la délégation du Mouvement catholique pour le climat.

En janvier. Selon un travail de recherche dirigé par le professeur de psychologie Adam Pearson du Pomona College, intitulé   “Brief exposure to Pope Francis heightens moral beliefs about climate,” publié dans la revue Climatic Change,il y aurait un effet « pape François » sur la manière dont l’opinion publique parle du changement climatique en cours. Notamment pour faire le lien entre cette question et sa dimension morale. De cette manière, l’approche du pape François aurait permis une réflexion des Américains sur la question de manière moins politisée. Ce sont 1212 adultes qui ont été interrogés pour l’occasion par téléphone 11 mois après la publication de Laudato si et 7 mois après la visite du pape aux USA

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2 réflexions au sujet de « CLIMAT – Des nouvelles du front nuageux »

  1. Il est clair que chacun a sa propre responsabilité sur le changement climatique. N’attendons pas trop des autres. Il est souligné qu’aux US, ce sont les instances locales qui arrivent à faire baisser les émissions de CO2. S’il y avait une forte volonté de la population en faveur de cette réduction, il me semble que nos dirigeants changeraient de discours. Nous avons beaucoup de bonnes raisons de changer notre mode de vie, réduire la pollution, notre stress du toujours plus, le bonheur du partage, la préservation des générations à venir, le retour à plus de simplicité avec une nature préservée. Un beau challenge pour chacun.
    Tiens à propos de la France, les actes suivent-ils réellement les discours ?
    Michel

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