BOLIVIE – Des territoires indigènes menacés

Le président Evo Morales vient en effet de signer, à la mi aout, une loi autorisant la construction d’une autoroute et d’autres projets de développement au sein de territoires indigènes (TIPNIS) et du Parc national d’Isiboro. Mgr Eugenio Coter, évêque de Pando, dans la région amazonienne du pays, a commenté en soulignant que le « gouvernement n’écoute pas les gens, et particulièrement pas les populations indigènes. » Il faut dire que ces populations s’opposent à ces projets, mais le président « impose sa volonté aux gens de ce territoire », souligne celui qui est aussi coordinateur bolivien du réseau ecclésial pan-amazonien.
L’affaire est ancienne. En 2011 déjà, une marche de deux mois réalisée par les populations indigènes avait réussi à arrêter un premier projet d’autoroute entre Villa Tunari et San Ignacio de Moxos. Une mobilisation qui avait permis aux TIPNIS d’être placée par le président sous le niveau de protection le plus élevé du pays. Une décision annulée par la nouvelle loi.

Il est fort à parier que l’ouverture de ce genre de route, changera le paysage économique, notamment le développement de l’agriculture de la coca. Or, faut il rappeler que Mr Morales est un ancien responsable de l’Union des producteurs de coca ? Une opération similaire en 2009 montre à quel point l’agriculture de la coca se développe vite dans ses régions conquises sur la forêt.
La prise de position de l’Eglise a suscité une critique vive de la part du vice ministre aux transports, Galo Bonifaz qui accuse l’Eglise de posséder plus de 800 000 ha de terres dans le parc, de pratiquer l’élevage de bovins et de fricoter avec les trafficants de drogue. A quoi Mgr Oscar Aparicio Cespedes, de Cochabamba a simplement rappelé que l’Eglise y possède bien des terres mais à hauteur de 843 ha, rattachés à une école technique de jeunes garçons issus des communautés indigènes. « Le respect pour l’environnement et nos parcs est fondamental », a martelé le prélat.
Le projet actuel d’autoroute passerait au coeur du territoire des Chiman, une population très retirée et traditionnelle. « C’est l’endroit où les poissons sont nés, où nos graines sont nées, où nos vies sont nées, expliquent les Indiens selon le Fr. Fabio Garbari qui dessert la ville missionnaire de San Ignacio de Moxos et qui les connait bien. Si vous nous privez de cela, nous perdrons tout. » Le réseau ecclésial pan-amazonien a donc pris position, pour éviter un « ethnocide » du peuple Chiman. Il rappelle aussi que la consultation organisée en 2012 par le gouvernement était injuste et largement incomplet pour vraiment informer les populations, ne respectant pas les pratiques traditionnelles de prise de décision. Pour le Fr. Garbari, « c’est un moment triste et déroutant pour notre pays », alors que de nombreuses autres zones exploitées pour le bois qui devaient revenir à la fin de la période d’exploitation aux zones indigènes, se sont retrouvées colonisées de fait par des arrivants et des agriculteurs, qui amplifient encore la déforestation en cours.

DL

Source : CNS, Art. B.J. Fraser, 21 aout 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s