VIE MONASTIQUE – Au Bec-Hellouin, la terre est proche

2017-maylis-1Le semaine dernière, au monastère bénédictin normand du Bec-Hellouin, une cinquantaine de moines, moniales et amis laïcs ont passé 4 jours ensemble pour se soutenir dans l’engagement de leur communauté dans les appels de l’encyclique Laudato si. Une première pleine de promesses.

Tout est parti d’une rencontre au monastère de Maylis, dans les Landes. Un monastère qui essaye d’adapter ses pratiques agricoles à des approches plus respectueuses. A partir d’une intervention d’Elena Lasida et de l’amitié avec le F. franciscain Hervé, lui-même agronome, l’envie de réfléchir avec d’autres est née. Le bouche à oreille a fait le reste : en moins d’un mois, cette session a été organisée. Et le groupe qui devait être constitué de quelques personnes s’est retrouvé constitué de 50 participants !

La rencontre avec Charles et Perrine, de la ferme du Bec Hellouin donna d’entrée de jeu un ton très fraternel au groupe constitué de religieux, religieuses et laïcs venus d’un peu partout en France, et même de Suisse. Il y avait là des représentants d’En Calcat, de Boulors, de Solan, de Lérins, de Maylis, de Hauterive, et aussi des communautés de l’Emmanuel et du Chemin Neuf (sans oublier les Assomptionnistes…). Et des amis de ces communautés au parcours toujours émouvants.

On a beaucoup parlé de permacultures, de vie communautaire, de projets nouveaux. Tout en prenant le temps de la rencontre et de la maturation.

Une rencontre qui en appellera probablement bien d’autres.

DL

Voici quelques extraits des articles parus dans La Croix à l’occasion de cette rencontre.

A MAYLIS (art. de Gaulthier Vaillant)

À Maylis, à l’origine de ce changement de cap, il y a… un insecte et une encyclique. En 2013, Lepidum latifolium, la plante médicinale à partir de laquelle les moines produisent une tisane « détox » est attaquée par une espèce de charançon résistante aux traitements chimiques. « Une infestation d’insectes, c’est le signe d’un déséquilibre majeur de la terre », explique Frère Joseph, le jardinier de la communauté. Peu après paraît l’encyclique du pape François sur l’écologie, Laudato Si’. La conjonction des deux a provoqué un déclic au monastère, qui traitait ses plantes à l’aide de pesticides et autres produits chimiques depuis 2000, notamment pour lutter contre le mildiou.

Depuis, les moines de Maylis sont entrés de plain-pied dans l’écologie intégrale. Outre les buttes de permaculture, un arrosage au goutte-à-goutte a été installé, et la communauté a récemment fait l’acquisition d’un broyeur pour fabriquer son propre compost. Les moines apprennent également la culture des « plantes compagnes », c’est-à-dire dont la présence permet de rendre la terre plus fertile, et favorise, sans ajout d’engrais, la croissance de la plante principale. « Nous avons changé de perspective, explique Frère Joseph. Avant, nous cherchions à protéger la plante, maintenant, nous nous demandons comment nourrir le sol. » Pour certains frères, cette conversion écologique était attendue de longue date. « Quand j’étais postulant, déjà, j’allais mettre des bocaux sur les plantes avant que le jardinier vienne passer du désherbant », se souvient Frère Emmanuel-Marie, entré à Maylis en 1987. Quant à Frère Raphaël, ancien jardinier du monastère et aujourd’hui prieur, il s’était intéressé à l’agriculture biologique dès le début des années 1990. « Mais c’était au point mort », reconnaît-il. Le changement est aussi spirituel. Comme un retour à la tradition. « Tout est déjà dans la Règle de saint Benoît, affirme le P. François You, abbé de Maylis depuis 19 ans. Mais même les moines se sont laissé contaminer par la volonté de possession de la nature, de domination technique. Quand saint Benoît demande que les frères s’obéissent mutuellement, c’est la définition même de l’interdépendance, pour les plantes comme pour la vie de la communauté. Récemment, nous avons découvert que le romarin aidait à protéger notre plante et lui permettait de mieux pousser. Et bien entre nous, ça doit être pareil. »

« C’est un nouveau regard sur le frère et sur Dieu », résume Frère Joseph. Ce jour-là, au déjeuner, les moines ont entendu la lecture psalmodiée d’un extrait du Pèlerinage aux sources du philosophe italien Lanza del Vasto, pionnier de l’écologie chrétienne. Pendant la récréation, assis en cercle dans une petite salle voisine du réfectoire, les frères en parlent avec entrain. « Au début, quand Frère Raphaël m’a parlé d’agriculture biologique, je le prenais pour un doux rêveur, confesse le P. François You. Je suis de la génération qui s’émerveillait en voyant dix tracteurs de front sur un champ… »

Réflexions d’Elena Lasida (art. Mélinée Le Priol)

La clôture du monastère présente-t-elle des avantages pour mettre en œuvre ces changements ?

E.L. : L’idée centrale de Laudato Si’, c’est que « tout est lié » : le travail et le loisir, le matériel et le spirituel, l’individuel et le collectif. Or le monastère concentre sur un même espace et autour d’une seule communauté toutes les dimensions de la vie, contrairement à la plupart d’entre nous qui séparons le lieu de travail et le lieu des vacances, la vie de famille et la vie professionnelle… Chaque monastère pourrait ainsi devenir une « petite maison commune », signe prophétique de la « grande maison commune » que nous sommes tous appelés à construire.

Cet engagement pourra-t-il gagner la société, dont ces religieux restent tout de même coupés ?

E.L. :Une moniale m’a dit, un jour, qu’elle était entrée au monastère pour changer le monde, certainement pas pour s’en isoler ! Même s’il est clair que le lien au monde se fait d’une autre manière, il est très fort. La conversion écologique des monastères peut avoir un effet d’entraînement auprès des personnes qui les côtoient et des communautés locales où ils sont implantés.

DL

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Une réflexion au sujet de « VIE MONASTIQUE – Au Bec-Hellouin, la terre est proche »

  1. coucou hé ho hé ho….
    ce petit monde va – -il au salon international de l’agriculture pour aller causer avec les agriculteurs qui ont leur mot à dire…. c’est plus concret Non ? …..
    si c’est ok là je croirai que vous vous intéresser aux paysans et non pas au jardinier de monastère qui ont la vie plus belle qu’eux…. et qui sont bien soutenus pour s’en sortir (question charges financières, etc….)…. comparons ce qui est comparable ! bonne chance et merci d’avance.

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