CREATION – Un même héritage naturel et culturel à préserver

2016 NBarhtoloméeLe patriarche oecuménique Bartholomée, du patriarcat de Constantinople, a aussi publié son texte annuel pour la Journée de prière pour la protection de la Création.

Il y souligne le lien essentiel entre respect des biens naturels et culturels, qui sont tous deux des héritages précieux pour les générations futures. Il évoque l’impact terrible des conflits en Syrie et ailleurs sur les populations qui perdent l’un et l’autre dans ces violences.

Bien-aimés fils et frères dans le Christ

Etant attentif depuis de nombreuses années aux développements mondiaux catastrophiques concernant les sujets environnementaux, la Sainte et grande Eglise mère du Christ a pris l’initiative de dédier l’ouverture de l’année ecclésiastique à la Création et l’environnement. C’est donc une journée qui invite le monde orthodoxe et chrétien à faire monter une vibrante prière et une supplication au Créateur de tout, en rendant grâce pour le grand don de la Création et en le suppliant pour qu’il nous protège et nous sauve contre toute attaque visible et invisible due à l’humain. Aussi, à partir de ce jour et pour l’année à venir, nous rappelons dans le cadre du patriarcat oecuménique, le besoin de rendre CHACUN attentif aux problèmes écologiques qui touchent notre planète.

Le progrès rapide et constant de la technologie et la possibilité et les capacités qu’elles offrent à nos contemporains ne doivent pas nous égarer. Avant de commencer tout nouveau projet technologique, nous devons prendre sérieusement en compte les effets négatifs qu’il peut générer sur l’environnement naturel et la société et aussi les conséquences défavorables qui en découlent – de mieux en mieux connues -, conséquences dangereuses et catastrophiques pour la Création et toutes les formes de vie de la planète.

Cette attention a été souligné par d’autres frères primats et évêques d’Eglises locales orthodoxes en juin dernier durant l’ouverture bénie, sur la grande île de Crète, du très saint et très grand Synode présidé par le patriarche œcuménique. Ce dernier a souligné dans son encyclique que  » les développements actuels de la science et de la technologie changent profondément notre vie. Et ce qui crée un changement dans la vie de l’humain nécessite, en retour,un discernement du fait qu’à côté d’avantages évidents, nous sommes aussi confrontés à des conséquences négatives liées à ces progrès scientifiques », parmi lesquels il faut nommer les menaces envers l’environnement naturel, voire sa destruction.

Une vigilance constance, des formations et des enseignements sont donc requis pour que les relations entre la crise écologique actuelle et les passions humaines de la cupidité, de l’avidité, de l’égoïsme, de la possession prédatrice soient clarifiées. Car c’est bien ces passions et de leurs conséquences sur la crise environnementale que nous subissons. Ainsi, il n’y a qu’un chemin possible : le retour à l’ancienne beauté ou ordre et l’économie de modération qui peut mener à une gestion sage de l’environnement naturel. Tout particulièrement, l’avidité liée à la satisfaction des besoins naturels entraine avec elle la pauvreté spirituelle humaine, qui implique la destruction de l’environnement naturel. « Les racines de la crise écologique sont spirituelles et éthiques, présentes dans le cœur de chaque personne », souligne le Synode, interpellant le monde d’aujourd’hui dans son  » désir d’une croissance continue de bien être et le consumérisme débridé qui mènent inévitablement à l’usage disproportionné et l’épuisement des ressources naturelles (cf. Décision sur la « mission de l’Eglise »).

En ce même jour, nous célébrons, chers frères et enfants du Seigneur, la mémoire du bienheureux Simon le Stylite, la grande colonne de notre Eglise. Son monument parmi d’autres sites archéologiques merveilleux en Syrie et dans le monde (tel que l’ancienne Palmyre connue sur le plan mondial comme faisant partie des monuments majeurs de l’héritage culturel), ont souffert des barbaries et des horreurs de la guerre. Ils témoignent d’un problème significatif similaire : la crise culturelle récente est devenue mondiale. Plus encore, l’environnement et la culture sont unies et ont une valeur égales et interchangeable. Le monde qui contient l’humanité a été créé d’une simple ordre : « Deviens » (Gn 1,3.6.14). La culture a été créée par l’humain doué d’un esprit rationnel, et ainsi son respect est évident et nécessaire aussi longtemps que l’humain existe et est honoré comme la couronne de la Divine Création.

Comme attendu de ce centre sacré de l’Orthodoxie, enrichi par une tradition extraordinaire dans laquelle se sont conservées les valeurs les plus larges d’un héritage culturel, nous rappelons l’attention des responsables et de tout homme sur la nécessité de lier cette crise à la protection parallèle de l’environnement naturel qui est en danger à cause du changement climatique et aux conflits et autres évènements à travers le monde.

Les trésors culturels, tels que les monuments religieux et spirituels qui depuis 2000 ans témoignent du génie humain, appartiennent à toute l’humanité et pas seulement aux nations où ils se situent et subissent eux aussi les périls environnementaux. Il faut donc souligner le souci nécessaire de la protection de l’environnement et la valeur incalculable de la culture. Un souci obligatoire pour que toute l’humanité puisse bien vivre.

La ruine et la destruction de monuments culturels dans un pays blesse l’héritage universel de l’humanité : plus encore, c’est le devoir et l’obligation de chaque être humain de tout pays de renforcer les mesures pour protéger et conserver continuellement leurs monuments anciens. Il nous parait donc indispensable que chaque Etat légalement constitué évite toute action qui réduise l’intégrité de ses « monuments universels » et qui altèrent les valeurs intangibles qu’ils représentent. Conscients de notre « responsabilité supérieure », nous appelons d’une manière panorthodoxe à transmettre aux futures générations un environnement naturel viable et dont l’usage doit se faire selon la volonté divine et sa bénédiction (Encyclique du Saint et grand Synode) , car « non seulement les générations actuelles mais aussi futures ont le droit de jouir des biens naturels qui nous sont offert par le Créateur. »

Nous appelons chacun à mobiliser ses forces et à prier pour soutenir cette lutte pour la protection de l’environnement dans le sens le plus large du terme, conjuguant  harmonieusement l’environnement naturel et culturel de l’humanité. Nous supplions notre Seigneur Jésus Christ, par l’intercession des prières de Notre très sainte Mère de Dieu de Pammacaristos, de Jean Baptiste, la voix du précurseur qui crie dans le désert, de Simon le Stylite et de tous les saints, de protéger notre nature commune et notre maison culturelle de tout danger et destruction potentiels et d’accorder toujours et généreusement Sa bénédiction sur vous.

Avec une grande révérence d’âme et une prière qui vient du coeur, avec tous les croyants invoquant l’Artisan de la Création, des choses visibles et invisibles, nous le prions pour qu’il nous offre  » un climat tempéré et avantageux, des pluies mesurées et tranquilles pour que la terre puisse fructifier en abondance »et pour accorder au monde entier « une paix profonde, une paix qui est au-delà de tout », nous invoquons sur toute l’humanité et sur la terre notre maison, la grâce et la miséricorde infinie de Dieu.

Trad. non officielle (DL du blog E&E)

Credit photo : AFP

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