LIVRE – Climat délétère

2016 LarminatSi la communauté internationale et le monde scientifique posent aujourd’hui un constat assez unanime sur les défis climatiques qui nous attendent, certains préfèrent rester dans une posture critique et d’opposition systématique aux conclusions du GIEC, et bien au-delà, des grandes revendications écologiques contemporaines. Le dernier livre de Stanislas de Larminat en est un bon exemple. Si chacun est libre d’avoir ses convictions et de les publier, il est bien plus douteux de le faire dans ces conditions.

Si l’affaire vous intéresse, vous en trouverez ci-dessous le compte-rendu détaillé.

En résumé. L’affaire commence par deux journées de travail organisées il y a quelques mois pour permettre à Mr de Larminat d’exposer ses thèses personnelles et de les confronter directement, notamment, à deux climatologues français réputés. Mr de Larminat a déjà publié dans deux ouvrages précédents ses thèses contestant l’essentiel des conclusions du GIEC, et notamment la responsabilité humaine du réchauffement climatique en cours. Il reprend à son compte une très grande partie des discours habituels des milieux conservateurs opposé aux politiques de lutte contre le dérèglement climatique.

Chaque étape du processus, mis en place pour permettre de confronter les « affirmations scientifiques » de Mr de Larminat aux travaux officiels de la communauté scientifique internationale, a été validée par chaque partie, sous la modération de Mgr Stenger, évêque de Troyes. L’ensemble des débats, après accord explicite de tous les intervenants, devait être publié dans les mois qui viennent. Après un premier refus de Mr de Larminat, des réflexions supplémentaires ont été rajoutées à l’ensemble pour éclairer encore les positions de chacun et permettre d’aller au bout de la démarche.

Entre temps , Mr de Larminat, impatient, a cru bon devoir publier les textes en sa disposition, dans une version non-finalisée, outre-passant la politesse la plus élémentaire à l’égard de ceux qui avaient pris le temps d’organiser tout cela pour lui. Il outre-passe aussi le droit éditorial le plus élémentaire.

Le livre a beau être dédié à l’évêque qui a accompagné toute la démarche, l’auteur manque de la plus élémentaire courtoisie à son égard par ce passage en force. Mr de Larminat se permet aussi de juger l’action et les intentions des uns et des autres, notamment de Pax Christi France, qu’il soupçonne d’avoir fait obstruction à la démarche d’ensemble (p. 13), alors que ce mouvement qui oeuvre pour la paix depuis 70 ans, n’a pas participé à l’organisation de ce débat et n’y est intervenu d’aucune manière.

Je laisse la parole à  François Barthélemy, Jean-Pierre Chaussade, Jean Duchesne qui ont participé à l’ensemble de la démarche et qui ont donc rédigé cette note informative pour que les faits soient connus du plus grand nombre.

Mise au point de la commission d’animation du débat sur les causes du changement climatique, à propos du livre de Stanislas de Larminat, Climat. Et si la vérité (nous) rendait libre ? paru aux éditions Terra Mare.

Le compte-rendu du débat publié dans ce livre n’a reçu l’accord ni des deux scientifiques, spécialistes du climat, qui y ont participé, ni de Mgr Stenger qui a présidé les échanges, ni de la commission d’animation. Aucune demande ni même information préalable à cette publication n’a été reçue. Il est à rappeler que la publication du compte-rendu rédigé par la commission d’animation en juillet 2015 a été retardée par le refus de Stanislas de Larminat.

Il était prévu que Mgr Marc Stenger organise une réunion entre Stanislas de Larminat et la commission d’animation pour examiner les points de désaccords et tenter de trouver des solutions. L’indisponibilité de Mgr Stenger depuis janvier 2016, notamment pour raison de santé, n’a pas permis cette rencontre dans les meilleurs délais. Stanislas de Larminat a unilatéralement décidé de publier sa propre version. La commission d’animation doit déclarer que celle-ci n’est pas conforme à la réalité du débat et n’en est pas un reflet fidèle ni objectif.

Rappel de la chronologie des faits

À la suite d’une interpellation de Stanislas de Larminat, reprochant à l’Église sa manière de se situer dans les débats sur les changements climatiques, Mgr Stenger, en sa qualité de responsable du groupe de travail de l’épiscopat sur « Écologie et environnement », lui a proposé  d’exposer ses thèses en invitant son frère Philippe de Larminat, leur véritable auteur, spécialiste non du climat, mais de cybernétique et de modélisation, devant deux scientifiques du climat, Valérie Masson-Delmotte et François-Marie Bréon, sous forme de débat placé sous la présidence de Mgr Stenger, et animé par François Barthélemy, Jean-Pierre Chaussade et Jean Duchesne. Deux rencontres d’une demi-journée chacune ont eu lieu les 7 janvier et 4 mars 2015.

Le débat n’a pas porté sur la réalité du réchauffement climatique, admis par tous les participants, mais sur les causes qui pouvaient en être discernées, notamment l’influence des émissions de CO2 et donc de l’activité humaine.

La rédaction du compte-rendu qui figure dans le livre publié par Stanislas de Larminat diffère de celle préparée par la commission d’animation. Cette version vise clairement à faire prévaloir le doute sur les causes humaines du réchauffement climatique, ou au minimum d’imposer que, puisqu’il n’y a pas unanimité et au contraire débat, la question doit rester ouverte et ne peut être tranchée.

En fait, Valérie Masson-Delmotte et François-Marie Bréon ont expliqué et justifié, en réponse aux critiques de Philippe de Larminat, la méthodologie et le degré de certitude des conclusions de leurs propres travaux et de ceux de la quasi-totalité des scientifiques, et présenté en retour cinq critiques majeures des méthodes d’investigation et de raisonnement utilisées par Philippe de Larminat pour rendre compte du réchauffement climatique en « faisant l’économie » des émissions de CO2, et Philippe de Larminat n’a pas apporté de réponse à ces critiques :

  1. Le modèle qui nécessite 1000 ans de données mélange des mesures de température très incertaines des années 1000 à 1800 avec des mesures beaucoup plus précises depuis 150 ans et encore plus depuis 50 ans.
  2. Utiliser les températures de l’Europe et de l’hémisphère Nord entre les années 1000 et 1800 et la température moyenne globale de la Terre depuis 1800 revient à sous-estimer la croissance des températures particulièrement depuis 50 ans dans l’hémisphère Nord.
  3. La croissance des concentrations de CO2 après le début de l’ère industrielle par combustion de charbon, de pétrole et de gaz qui étaient stockés dans le sous-sol depuis des millions d’années est sous-évaluée dans le raisonnement.
  4. Le niveau des océans stable depuis des milliers d’années et qui augmente depuis le début de l’ère industrielle en s’accélérant depuis 50 ans est un indicateur du réchauffement climatique bien plus pertinent que la température moyenne globale de la Terre soumise à la variabilité naturelle des climats. Le niveau des océans est totalement absent du raisonnement de Philippe de Larminat.
  5. Augmentation du rayonnement solaire ? Ce serait la seule explication selon Philippe de Larminat car il élimine l’hypothèse de la croissance de l’effet de serre… même si les scientifiques mesurent une légère décroissance du rayonnement solaire depuis 20 ans.

Synthèse de ces échanges, établie par la commission d’animation.

Jean-Pierre Chaussade et Jean Duchesne,  le 20 juin 2016.

Débat sur les changements climatiques

Origine

À la suite d’une interpellation de M. Stanislas de Larminat, reprochant à l’Église sa manière de se situer dans les débats sur les changements climatiques, Mgr Stenger, en sa qualité de responsable du groupe de travail de l’épiscopat sur « Écologie et environnement », l’a invité à un dialogue pour lui permettre d’exprimer ses griefs à l’égard de l’Église.

Stanislas de Larminat est l’auteur du livre L’Écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez, paru en avril 2014 aux éditions Salvator. Concernant les changements climatiques, il y affirme, courbes à l’appui, que « l’irradiance solaire contribue à expliquer à la fois le climat passé et le réchauffement récent ». Il s’oppose par là aux travaux de centaines de laboratoires des sciences du climat synthétisés dans les rapports successifs publiés par le GIEC, en montrant sans aucune réserve combien il est évident qu’ils se trompent et que l’origine humaine du réchauffement est à écarter complètement.

Stanislas de Larminat [ci-après SdL] fait un double reproche à l’Église :

– N’écouter qu’un point de vue dans l’expertise scientifique, celle du GIEC, à laquelle elle fait appel sur la question du réchauffement climatique, de ses causes et de ses conséquences ;

– Fonder son discours éthique en la matière sur des prévisions unilatérales.

Mise en œuvre

Il a été proposé à SdL d’exposer ses thèses devant des scientifiques du climat, sous forme de débat placé sous la présidence de Mgr Stenger, et animé par François Barthélemy, Jean-Pierre Chaussade et Jean Duchesne.

Valérie Masson-Delmotte [ci-après VMD], une scientifique, spécialiste de l’histoire des climats, récemment élue par ses pairs membre du bureau du GIEC, a accepté de venir. Elle s’est adjoint François-Marie Bréon [ci-après FMB], un normalien, physicien spécialiste des modèles de climat.

Quand SdL a découvert le nom des scientifiques, il a avoué qu’il est seulement ingénieur agronome à la retraite et titulaire d’un 3ème cycle de bioéthique, et que c’était son frère aîné Philippe de Larminat [ci-après PhdL], ancien professeur de cybernétique des systèmes industriels à l’École centrale de Nantes, qui participerait avec lui au débat. C’est ce dernier qui avait écrit le chapitre correspondant de son livre, et il est lui-même par ailleurs l’auteur d’un livre sur le climat (Changement climatique. Identification et projections, ISTE Éditions, 2014), où il applique les méthodes d’étude de systèmes industriels à celle du climat.

Le débat s’est tenu sur deux jours : le 7 janvier 2015 consacré à des exposés initiaux de chacun, et le 4 mars 2015 pour la partie débat proprement dit.

Focalisation du débat

Les échanges ont été essentiellement le fait de PhdL d’un côté, VMD et FMB de l’autre, SdL n’intervenant que rarement. Au-delà de la critique par PhdL et de la justification par VMD et FMB de la méthodologie et des conclusions des rapports successifs du GIEC, le débat n’a pas porté sur la réalité du réchauffement climatique, admis par tous les participants, mais sur les causes qui pouvaient en être discernées, et notamment sur l’influence des émissions de CO2 et donc de l’activité humaine.

C’est pourquoi, dans le rapport qu’elle a préparé et qui a été prêt début juillet 2015, la commission d’animation a choisi de concentrer l’attention sur les objets de débat, à savoir les causes du réchauffement climatique, et de reporter en annexe les exposés initiaux du 7 janvier 2015, qui reprennent des positions déjà publiées de part et d’autre.

Préparation inachevée d’une publication

Cette option, acceptée par VMD et FMB, a été refusée par SdL et PhdL. Ces derniers insistent pour que :

– Le rapport publié donne d’abord les exposés initiaux, documents de 33 pages, et reporte à la fin les objets du débat, document de 20 pages ;

– Soit retenue leur version du compte-rendu des échanges du 7 mars, et non celle préparée par la commission d’animation, approuvée par VMD et FMB et intégrant des précisions apportées ultérieurement dans des échanges de mails entre eux et PhdL ;

– Ne soit pas retenue l’évaluation du débat demandée par la commission d’animation à un scientifique indépendant (non membre du GIEC) et indépendant ;

– Ne soit pas retenue non plus en annexe le rappel prévu par la commission d’animation de passages pertinents de l’encyclique Laudato si.

SdL et PhdL veulent surtout que la commission d’animation donne une conclusion orientée selon leur vœu, à savoir qu’il est impossible de décider si les émissions de CO2 ont joué un rôle dans le réchauffement climatique, et que soit publié ultérieurement un document de synthèse confirmant cette impossibilité de conclure.Il était prévu que Mgr Marc Stenger organise une réunion entre SdL et la commission d’animation pour examiner les points de désaccords et tenter de trouver des solutions. L’indisponibilité de Mgr Stenger, notamment pour raison de santé, n’a pas permis cette rencontre dans les meilleurs délais. Sans avoir l’accord ni de VMD et de FMB, ni de Mgr Stenger et de la commission d’animation du débat, SdL a unilatéralement décidé de publier sa propre version du compte-rendu. Celle-ci n’est pas conforme à la réalité du débat et ne peut en être considéré comme un compte-rendu fidèle et objectif.

L’argumentation de Philippe de Larminat

PhdL n’essaye pas de prouver que l’activité humaine n’est pour rien dans le réchauffement climatique, parce qu’il exclut cette hypothèse. Il est en effet exclu de chercher des preuves sous forme de traces scientifiquement mesurables d’un phénomène ou d’un événement dont on veut prouver qu’il n’existe pas ou n’a pas eu lieu. L’argumentation de PhdL a donc deux volets :

  • Trouver au réchauffement climatique des explications suffisantes, sans qu’il soit besoin de faire appel aux émissions de CO2 et à l’effet de serre – ce sera « l’activité solaire et la variabilité naturelle du climat ».
  • Critiquer les méthodes d’investigation et de raisonnement du GIEC, de manière à prouver qu’elles n’apportent pas de preuves irréfutables de « l’action anthropique » et qu’elles sont même peu sérieuses.

Le but, exprimé en maintes occasions par SdL, est de faire prévaloir le doute sur les causes humaines du réchauffement climatique, ou au minimum d’imposer que, puisqu’il n’y a pas unanimité et au contraire débat, la question doit rester ouverte et ne peut être tranchée. En conséquence, lorsque l’Église appelle à des efforts en vue d’une réduction sensible des émissions de CO2, elle se fonderait hâtivement sur une « science » contestable et contestée et se laisserait influencer par des lobbies écologistes dont la vision de l’homme et de sa vocation ne coïncident que marginalement avec la Révélation chrétienne.

Les cinq points majeurs du débat

En réponse aux critiques de PhdL, VMD et FMB critiquent à leur tour les méthodes d’investigation et de raisonnement qui lui permettent de rendre compte du réchauffement climatique en « faisant l’économie » des émissions de CO2.

  1. La fiabilité des mesures

– Pour valider des résultats l’amenant à conclure que « l’activité solaire et la variabilité naturelle » suffisent à expliquer la situation actuelle, PhdL recourt à une série de mesures de températures moyennes sur plus de mille ans.

– Or il n’y a aucune commune mesure entre la précision des mesures effectuées depuis 50 ans et celle des années de 1000 à 1800. Les données ne sont pas de qualité comparable ; l’incertitude sur celles des premiers siècles est très importante.

– PhdL répond qu’on ne peut se contenter d’étudier seulement les 150 dernières années, ni donc ignorer les données disponibles pour les périodes antérieures.

– VMD et FMB répliquent que ces données antérieures sont bien prises en compte dans les rapports du GIEC, avec les précautions requises par leur degré de fiabilité.

  1. Différence entre hémisphères Nord et Sud

– PhdL exploite les mesures évaluées depuis les années 1000. Celles-ci reflètent essentiellement les températures d’abord des pays d’Europe, puis de l’hémisphère Nord, puis (seulement à partir du XXe siècle et plus précisément depuis 50 ans), les températures moyennes globales de la Terre.

– Or, font observer VMD et FMB, il est constaté que l’accroissement des températures est plus élevé dans l’hémisphère Nord que dans l’hémisphère Sud (où les surfaces d’océans dominent sur celles des continents). En prenant à partir du XXe siècle la température moyenne globale, il est permis d’estimer que PhdL minimise le réchauffement en cours par rapport à la période antérieure.

– Deuxième défaut : en mélangeant l’Europe, l’hémisphère Nord, et l’ensemble de la Terre, PhdL utilise des données qui ne sont pas homogènes, donc non comparables. Il faudrait qu’il reprenne ses calculs avec uniquement les données de l’hémisphère Nord.

– PhdL répond qu’il n’a pas le temps ni les moyens, étant donné son âge. VMD est prête à faire ce calcul s’il le lui demande.

  1. Concentration de CO2 avant et après 1800

– Le raisonnement « par identification » de PhdL suppose que l’on identifie les paramètres extérieurs, entrées et sorties, du système énergétique – la « boîte noire » que l’on veut étudier. En faisant varier ces divers paramètres, on détermine les fonctions de transfert du système, ce qui permet de prévoir ses réactions lorsque l’un de ces paramètres varie.

– La concentration de CO2 dans l’atmosphère peut être considérée comme constante pendant 800 ans à partir de l’an mil, et elle augmente seulement à partir de 1800 – sauf qu’il ne s’agit pas du même CO2. Dans la première période, il y a un état d’équilibre entre la végétation, les océans et l’atmosphère. Dans la deuxième période, l’augmentation du CO2 vient principalement de la combustion de charbon, de fioul et de gaz enfouis depuis des millions d’années dans le sous-sol. Autrement dit, entre 1000 et 1800, le CO2 est une variable interne à la « boîte noire », sans effet sur les variations du climat ; au contraire, à partir de 1800, il agit comme une variable externe à la « boîte noire » et, selon les scientifiques du GIEC, active sur le climat.

  • Aussi VMD et FMB demandent-ils à PhdL de vérifier si son modèle, construit sur les données de la période 1000 à 1800, est capable de prévoir l’accroissement de la température de l’hémisphère Nord après 1800 sans prendre en compte la croissance de la concentration en CO2. Là encore, VMD est prête à faire cette vérification si PhdL le lui demande. Aucune réponse de PhdL sur ce point.
  1. Température moyenne globale ou niveau des océans ?

– Les scientifiques du GIEC expliquent que le réchauffement climatique provient d’un accroissement de l’effet de serre. Sans effet de serre, nous aurions -18°C sur la Terre, au lieu de 15°C. L’accroissement de l’effet de serre du fait des émissions de CO2 entraîne une augmentation de l’énergie thermique conservée sur la Terre pour la même énergie du rayonnement du soleil, et à l’inverse se traduit par une baisse de la température, observée depuis plusieurs dizaines d’années, dans la haute atmosphère au-delà de la couche de gaz à effet de serre. 93 % de cette augmentation d’énergie sont absorbés par les océans ; 3% sont captés par la fonte des glaciers continentaux et des calottes polaires; 3% sont stockés par le sol des continents ; et 1% seulement se traduit par une augmentation de la température de l’atmosphère.

– Lorsque PhdL réduit le réchauffement climatique à l’augmentation de la température moyenne globale, il ne prend en compte dans son modèle que 1% de la réalité de ce phénomène. Certes, la température varie dans le même sens que les émissions de gaz à effet de serre, mais elle est également sensible à la variabilité naturelle du climat sur plusieurs années (phénomène El Nino, ou l’inverse La Nina, circulation thermohaline…).

Le paramètre le plus représentatif de l’évolution du climat est le niveau des océans, car c’est là que sont emmagasinés 96% de l’augmentation d’énergie thermique due à l’accroissement de l’effet de serre. Or il a été montré que le niveau des océans était constant depuis plusieurs milliers d’années et qu’il augmente régulièrement depuis l’ère industrielle, avec une pente qui s’accentue depuis 50 ans (1/3 par la fonte des glaciers continentaux, 1/3 par la fonte des glaciers des pôles, 1/3 par la dilation des océans du fait du réchauffement des eaux).

– Si PhdL prenait pour ses calculs non pas la température mais le niveau des océans, il arriverait très probablement à cette conclusion que le réchauffement provient bien de l’accroissement des concentrations en CO2 et autres gaz à effet de serre. PhdL n’apporte aucune réponse à cette observation.

  1. Augmentation du rayonnement solaire ?

– Les scientifiques du GIEC affirment que, sur la base des mesures directes par satellite du rayonnement solaire total et de la compréhension de la physique du climat, les changements de ce rayonnement solaire n’ont pas contribué au réchauffement de la planète au cours de la période allant de 1986 à 2008, contrairement à ce qu’écrivent PhdL et SdL. C’est d’autant plus vrai que l’irradiance a plutôt légèrement décru au cours de ces 20 dernières années. À cela, PhdL répond que ce n’est pas parce que les mesures ne montrent pas d’augmentation notable du rayonnement solaire que le soleil n’a pas son importance dans le réchauffement. Ce rayonnement solaire peut bénéficier d’un phénomène amplificateur. PhdL conclut : « Ce n’est pas parce que l’on ne trouve pas d’explication à ce phénomène qu’il n’existe pas ».

Motivation d’un « climatoscepticisme catholique » ?

Reste à tenter de comprendre ce qui peut motiver l’acharnement à démontrer qu’il ne peut être prouvé que l’activité humaine a une part dans le réchauffement climatique. L’hypothèse suivante  peut être avancée.

Dans des milieux que l’on peut sans doute trop commodément étiqueter  « conservateurs », y compris chrétiens et principalement dans la mouvance du protestantisme évangélique aux États-Unis, mais aussi dans un certain traditionalisme catholique, il existe une méfiance instinctive vis-à-vis de la « modernité » écologiste. Celle-ci suscite la sympathie dans la mesure où elle condamne l’immoralité du libéralisme « sauvage » et prêche le respect de la nature (ou de la création). Mais toute connivence est rendue impossible par les campagnes en faveur du contrôle des naissances, de l’avortement et de stérilisations forcées, lancées et financées par des organismes internationaux soi-disant philanthropiques. La lutte contre le réchauffement climatique semble être du même ordre, avec des fondements d’ordre prétendument scientifique et des projections inquiétantes, destinées à inspirer la docilité.

Ces menées font craindre une « gouvernance mondiale » sans visage, qui viserait à imposer partout les pratiques liberticides et déshumanisantes de l’Occident décadent, au nom des savoirs incontrôlables d’experts autoproclamés. L’Église elle-même (à commencer par les papes) est soupçonnée de faiblesse et de complaisance face à ces institutions internationales qui prépareraient en fait un « meilleur des mondes » digne de celui du Grand Inquisiteur de Dostoïevski. La mobilisation officielle pour lutter contre le réchauffement climatique attribué à l’activité humaine se range aisément dans la catégorie des machinations ourdies pour assujettir l’humanité à des maîtres uniquement soucieux de préserver et consolider leur pouvoir, sans coûteuse violence et simplement en enfonçant les peuples dans la crainte qui provoque la soumission, avec la complicité de médiocres savants rendus misanthropes par l’incompréhension des masses et leur marginalisation sociale.

La rébellion face à cet « ordre » oppressif mais insaisissable bénéficie (sans le reconnaître ouvertement) du soutien des industries dont le fonds de commerce est menacé par ces mises en garde qui s’affichent vertueuses. Mais elle peut aussi et surtout se parer des mérites (et par avance de la gloire dans la postérité) de la dissidence et de la liberté d’esprit, voire du martyre.

C’est, se permettra-t-on de conjecturer, ce qui peut expliquer l’engagement de croyants indubitablement sincères tels que SdL, tellement obnubilés par cette théorie d’un complot qui n’est plus « judéo-maçonnique », mais « scientifico-onusien » qu’ils ne sont pas gênés de mettre leurs frères chrétiens en garde contre les incitations du pape et des évêques à mener une vie plus saine et plus simple, plus respectueuse de la création et du bien-être des générations à venir.

François Barthélemy, Jean-Pierre Chaussade, Jean Duchesne

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