MINES -L’or qui apauvrit le Ghana

2016 Mines

Elle est étonnante cette photo. L’évêque, à droite, est Mgr John Yaw Afoakwah. Il est venu à la rencontre des ouvriers qui creusent une mine d’or à ciel ouvert sur des terres diocésaines, sans autorisation.

L’évêque ghanéen s’avance sur ces routes défoncées et boueuses, pour rencontrer les ouvriers ghanéens et les ingénieurs chinois. Sans aucune autorisation, – si ce n’est un accord sans fondement avec des chefs locaux – le chantier s’est installé à l’emplacement où l’évêque a prévu de construire de longue date un centre pédiatrique. Comment faire désormais, avec les résidus déjà accumulés et la pollution au cyanure et au mercure déjà en cours ? Le prélat est d’autant plus en colère que la ville vient de subir une coupure de courant globale du fait de ce chantier, au moment même où était célébré non loin de là une grande messe pour la journée mondiale de la Santé.

L’histoire du pays rappelle que l’or a toujours fasciné ici : l’extraction commerciale remonte ici à 1897. Le pays reste ainsi le deuxième producteur mondial, après l’Afrique du Sud. Mais seuls, 16 % des revenus de l’Etat ghanéen proviennent des taxes imposées à cette industrie dominante. Durant ces dix dernières années, le prix de l’or a été multiplié par trois, augmentant encore la pression économique. Et l’usage de pratiques de plus en plus toxiques pour les populations et l’environnement. Depuis 2009, se sont ainsi multipliées dans le pays de petites structures extractives. De quoi rendre encore plus impuissant le travail des 8 représentants de l’Etat chargé de surveiller l’orpaillage illégal dans le pays. Ce que des investisseurs étrangers, Chinois notamment, ont bien compris.
Et tant pis pour la nurserie.
 La pauvreté sociale et la violence font le reste. La fermeture d’une grande multinationale minière récemment a mis des milliers d’ouvriers au chômage, destabilisant toute l’économie locale. Comme le dit Charles Owusu Antwi, un journaliste catholique freelance, ancien chargé de communication de AngloGold Ashanti, « ces gens n’ont pas de souci de leur santé ou des questions environnementales. Si vous essayez de sensibiliser les gens au risques de boire des eaux chargées en produits chimiques, vous le faites au péril de votre vie, car ils pensent que vous voulez les mettre au chômage. Cela crée beaucoup de violence. » Un défi donc aussi pour les autorités religieuses. Sr Mary Owusu Frimpong, directeur de la santé dans le diocèse d’Obuasi, connait pourtant les maladies de la peau, les blessures graves liées à l’usage dangereux des machines. Certains ouvriers sont même parfois enterrés vivants quand les creusements sont trop rapides. Les trous abandonnés deviennent des pièges pour les enfants et des bassins de malarias et autres maladies. Et on ne parle même pas là des effets à long terme liés à l’exposition au mercure et au cyanure, provoquant cancers et malformations congénitales. Pourtant, moins cher, l’extraction par le mercure continue d’être abondamment utilisée au Ghana. Enfin, il faut évoquer le désastre social que crée cet afflux d’argent dans ces quartiers. Les ouvriers ne font que passer, le temps de creuser une veine aurifère. Ils laissent derrière des paysages détruits et ne permettent aucun développement local. L’eau, souvent contaminée, doit ensuite être achetée, augmentant encore la pauvreté.

Les autorités religieuses peuvent donc jouer un rôle décisif pour compenser le déficit démocratique des institutions locales très faibles. La prise de conscience du respect de l’environnement doit passer par ces autorités pour faire comprendre aux populations pauvres l’intérêt à préserver un tel capital pour leur futur. Mgr Afoakwah rappelle d’ailleurs que dans les traditions religieuses anciennes, les forêts ancestrales étaient honorées et les rivières considérées comme sacrées. « Mais c’est comme si la peur de Dieu avait été dépassée par le matérialisme ambiant. »

DL
Source : Global sisters report. Art de Mélanie Lidman.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s