THEOLOGIE – A l’école de saint Augustin

2 gouter (58)En croisant Roger l’autre jour, il m’évoque une conférence à laquelle nous avions assisté, donnée par Marcel Neusch, un assomptionniste décédé il y a quelques semaines. Théologien et philosophe, Marcel était aussi un très bon connaisseur de saint Augustin.

Je laisse la parole à Roger :

 Je voudrais simplement rendre hommage à ce grand spécialiste de Saint Augustin qui vient de nous quitter (Marcel NEUSCH 1925 – 2015). En juin 2011 j’avais eu le bonheur de suivre une session, (dans le cadre des Rendez-vous du Prieuré Saint-Benoît à Saint Lambert), qui avait pour thème « Où habite l’homme ? Enquêter avec Saint Augustin ». Nous avions bénéficié lors de cette session d’une lumineuse conférence du Père Marcel Neusch à laquelle il avait donné pour titre « La création, habitat de l’homme ». A la lumière récente de la COP21 et de la lettre encyclique de notre pape François « Laudato Si », je me dis que Marcel avait, avec l’aide de Saint Augustin, une sacré longueur d’avance sur ce que l’on nomme aujourd’hui – écologie intégrale – éco-spiritualité – … Sa réflexion « ratissait très large », la richesse de son propos s’enracinait dans la profondeur de son savoir, Marcel était naturellement passionnant. Doux et humble à l’image des béatitudes, le Père Marcel Neusch représentait le modèle du parfait pasteur.

Et voici l’introduction et la conclusion de son intervention :

La création comme habitat de l’homme. Saint Augustin dans la société de son temps

Le thème de cette rencontre devait être le « respect de la création : à l’écoute d’Augustin ». Je vais infléchir un peu mon approche du sujet en partant non pas de la création, entendue au sens de la nature, mais de la création en tant qu’habitat de l’homme et donc don confié à sa garde. Pourquoi ce changement dans l’approche du thème ? Tout simplement pour éviter de me perdre dans des considérations trop spéculatives. A plusieurs reprises, Augustin nous a livré sa réflexion sur la création en tant qu’elle renvoie au Créateur (dimension verticale), alors que je me propose de parler de la création dans sa référence à l’homme (dimension horizontale. La réflexion d’Augustin se ressent du contexte dans lequel il baignait, le manichéisme. Ce n’était pas le problème écologique de la sauvegarde de la création qui le préoccupait, ni celui de sa maitrise technique. Le cadre de sa réflexion lui était imposé par le manichéisme, une secte dont il a été membre durant neuf ans et qu’il n’a cessé de combattre, notamment sur sa conception de la création.

 Aussi, je vous propose d’évoquer d’abord le cadre de la réflexion d’Augustin, afin de justifier l’orientation de je vais donner à mon propos. En guise d’introduction, j’évoquerai la conception que se fait Augustin de la création à partir de l’Ecriture : Une création qualifiée de bonne, œuvre d’un Dieu bon (I). Ce sera mon premier point, de nature métaphysique. Puis j’évoquerai la situation sociale : c’est-à-dire la création comme habitat de l’homme, telle qu’elle s’est dégradée par la faute des hommes. Ce deuxième point évoquera le cadre de vie à l’époque d’Augustin (II). Le troisième point sera l’occasion d’analyser les structures injustes qui en résultent, ou si vous voulez, le désordre structurel de cette société, désordre qui se traduit notamment au plan social par la division entre riches et pauvres (III). Le quatrième point poursuivra cette analyse en évoquant l’esclavage institutionnel (IV), qui passe pour naturel ou du moins comme normal, mais j’évoquerai aussi – ce sera mon cinquième point – les révoltes contre cette situation injuste, contesté et combattu par les circoncellions (V). Je conclurai par quelques considérations sur le sens du travail.

(…)

Conclusion

Pour finir, essayons de récapituler. Nous sommes partis des considérations théologiques d’Augustin sur la création comme acte libre d’un Créateur bon, et donc d’une création bonne. A la différence des manichéens, Augustin n’a jamais décrié la création. Cependant, pour Augustin, la création n’est pas un paisible jardin d’agrément, mais un champ de bataille où s’affrontent des forces antagonistes. Tout n’y est pas abîmé. Même défigurée, elle garde un reflet de sa beauté initiale. A cet égard, elle est ambiguë, car elle peut devenir un lieu de tentation comme elle peut conduire à chanter le Créateur. S’il est porté à regarder la création sous l’angle esthétique, il ne reste pas insensible au fait qu’elle résiste à l’homme et qu’elle exige un dur travail pour en tirer sa subsistance. Je ne sais pas si l’expression : « respect de la création » parlerait à Augustin. Il serait plus sensible à l’exigence éthique du travail et du partage les fruits de la terre. Dieu a chargé l’homme de « cultiver la terre », ce qui implique l’idée d’en prendre soin et donc implicitement un certain respect. C’est le développement des moyens techniques qui a ouvert le champ à l’exploitation de la terre, et donc à sa destruction. C’est dans ce contexte moderne que le « respect de la création » devient un impératif, afin qu’elle soit encore habitable par les générations futures. Au temps d’Augustin, qui vivait dans une économie de subsistance, le risque n’était pas la surexploitation, mais le dur labeur pour gagner le pain quotidien.

Je voudrais terminer par quelques réflexions justement sur le sens du travail chez Augustin. Il vivait dans une société où le travail n’était pas la valeur première. Lié à la condition servile, le travail était même méprisé. Le riche le délaissait volontiers pour une vie de loisir, nous l’avons vu. La société de loisir n’est pas une invention moderne. Augustin écrira un opuscule sur le travail des moines, à l’intention de ceux qui prétendaient se soustraire à cette exigence. Dans les monastères d’Augustin, on travaillait de ses mains, comme cela se faisait aussi dans les monastères qu’il avait visités à Rome. Introduire le travail comme exigence de la vie monastique exigeait une révolution mentale par rapport à l’époque. Mais regardons l’idée qu’il s’en faisait. Sa conception du travail était essentiellement ascétique : le travail, comme m’esclavage, était la juste sanction du péché. Le trait fondamental que retient Augustin, c’est sa pénibilité. Or, nous avons une vue plus positive du travail. Nous mettons en valeur, du point de vue anthropologique, le travail comme réalisation de soi, et du point de vue théologique, le travail comme co-créativité, Dieu ayant confié à l’homme le soin d’entretenir sa création et de la cultiver. Le respect de la création n’est donc nullement la passivité, mais un engagement actif et responsable.

Marcel NEUSCH, Saint Lambert des Bois

18 JUIN 2011

[1] Voir aussi BA 28, p. 32 note 2.

 

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