ECOLOGIE – Petits fours, « Gaïa », et « autarcie » à Dijon

2016 Minnerath Dijon EcologieLe 7 janvier dernier, c’était encore l’heure des voeux. Par exemple, au Centre universitaire catholique de Bourgogne, Mgr Minnerath s’adressait aux autorités civiles, militaires et religieuses de Côte-d’Or. Son discours de circonstance parlait … d’écologie, rappelant que « l’Eglise ne sort pas de sa compétence lorsqu’elle se prononce sur des sujets humains fondamentaux, car ce sont des sujets éthiques ».

Où il est question d’interdépendance des êtres vivants, d’écologie sociale et humaine, de création, de Gaïa, d’énergie, de déchest nucléaires, de sobriété. L’histoire ne dit pas si l’apéritif qui suivait utilisait des gobelets recyclables, avec des produits locaux équitables et biologiques.

Voici l’ensemble de son intervention :

Madame la préfète,Mesdames et Messieurs les élus,Mesdames et Messieurs les hautes autorités judiciaires, militaires, académiques et religieuses,Messieurs les membres du corps consulaire,Madame et Messieurs les ministres des autres cultes, chers confrères et collaborateurs du diocèse, chers amis,

L’année 2015 a été suffisamment chargée en événements dramatiques pour que nous concentrions notre attention sur l’année qui commence et que nous nous souhaitons plus sereine. De 2015 on retiendra aussi une réussite prometteuse, la conférence internationale sur le climat qui, grâce à la diplomatie française, a fait mieux prendre conscience au monde, dans son extraordinaire diversité, qu’il y a des sujets qu’on ne peut traiter qu’en commun.

Comme vous le savez, l’Église a donné sa contribution à la réflexion sur la dégradation de l’environnement, d’abord par l’encyclique du pape François « sur la maison commune » et le discours du pape à l’Onu . L’Église ne sort pas de sa compétence lorsqu’elle se prononce sur des enjeux humains fondamentaux, car ce sont des enjeux éthiques. De plus elle est fondée à parler de sa vision de la création et du sens de l’univers créé. Parler de création ne coïncide pas exactement avec les discours sur l’environnement ou la nature. Cependant, le thème est suffisamment consensuel et l’enjeu suffisamment déterminant pour que notre discours soit audible.

Comme le représentant chinois lors de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1946, on pourrait nous dire : d’accord pour votre analyse de la situation et pour les remèdes envisagés, mais ne me demandez pas de partager vos motivations profondes. Comme vous le savez, l’Église a donné sa contribution à la réflexion sur la dégradation de l’environnement, d’abord par l’encyclique du pape François « sur la maison commune » (1) et le discours du pape à l’Onu (2).

Nous ne sommes pas les créateurs de la nature

Les motivations profondes du discours de l’Église sur l’écologie, se manifestent à trois niveaux. Les voici :

1. Le premier niveau est celui de l’univers créé dont nous sommes un élément. C’est proprement celui de l’oiko-logia, qui signifie science de la maison. Dès qu’on parle de la nature ou de la création, on y associe le logos, la raison humaine, car nous sommes les seuls dans l’univers à disposer de cet outil qui inclut l’observation, la conscience et la volonté d’agir qui fait que l’homme est le passage obligatoire de tout ce qui peut être entrepris collectivement pour préserver et réparer la création abîmée. L’écologie est née comme science de l’interdépendance des êtres vivants qui habitent la même maison, c’est-à-dire la terre.

La description des dégâts causés par l’homme à l’ère industrielle est connue. Nous avons ravagé la terre en extrayant les combustibles fossiles qui dégagent des gaz à effets de serre et contribuent au réchauffement climatique. Nous y avons enfoui nos déchets, y compris nucléaires ; nous avons dépeuplé nos océans, exterminé des espèces vivantes, déforesté pour gagner des superficies de cultures intensives, etc.
Devant l’étendue du désastre, il n’est pas étonnant que des réactions, même extrêmes, se soient manifestées.

Des idéologies de plus en plus radicales gagnent du terrain. Elles considèrent que les humains sont les pires prédateurs et les pires menaces pour les animaux, plantes, ressources naturelles et surtout qu’ils n’ont pas plus de valeur que les autres êtres vivants. Selon cette pensée, il faudrait réduire le nombre des humains de manière à préserver l’équilibre de l’écosystème. La Terre devient un sujet de l’histoire cosmique dont l’homme est évincé. La Terre ou Gaïa redevient une sorte de divinité cosmique comme on a pu en connaître dans l’Antiquité. L’incohérence de cette philosophie est qu’elle est bien produite par des humains, qui voudraient préserver la nature. La raison nous dit que seuls les hommes peuvent réparer les dégâts causés par les hommes. Gaïa est livrée entre nos mains.

C’est bien l’approche que développe l’Église. L’écologie ne peut qu’être une œuvre humaine promue par les hommes. La différence entre ceux qui parlent de nature et ceux qui invoquent la création est qu’il y a un troisième terme dans la relation. Pas seulement l’homme face à la nature, mais nature – homme et Dieu. Nous voici au cœur de la vision biblique de l’être humain dans l’univers créé. Nous ne disons pas comme Descartes que l’homme est maître et possesseur de la nature. Nous ne sommes pas les créateurs de la nature. Nous sommes nous-mêmes des créatures placées dans la nature qui nous fait vivre. La relation de l’homme à son environnement est fondamentalement différente selon qu’il s’en considère l’auteur et le propriétaire ou qu’il est l’intendant et le gérant. Tel est l’enseignement lumineux de la Bible. Lorsque la Genèse dit : « remplissez la terre et dominez-la », Dieu ne dit pas dévastez là. Il dit que les êtres créés sont confiés aux soins de l’homme pour que par son habileté, il coopère à l’achèvement et à la mise en ordre de la création. Dieu nous a dotés d’un esprit qui participe à l’intelligence qui a tout créé et qui nous appelle à participer à l’achèvement de la création, non à sa destruction.

L’écologie relève de la responsabilité de l’homme

2. Parce que l’écologie relève de la responsabilité de l’homme, elle est une entreprise éthique. Nous avons un devoir de sauvegarder, d’améliorer, de transmettre intact le capital naturel que nous avons hérité, car il n’est pas illimité. Puisque les hommes sont solidairement responsables de la nature, une stratégie commune de défense de la nature suppose une écologie sociale. Les dévastations que subit la nature ne sont possibles que parce que nos sociétés sont mal organisées et laissent les intérêts égoïstes de quelques groupes accaparer les ressources que la nature tient à la disposition de tous.
Oiko-logia appelle une oiko-nomia, une organisation de l’activité économique qui ménage l’avenir, n’épuise pas les ressources, cesse de produire du CO2. L’Église a développé le principe de subsidiarité non seulement pour l’organisation des pouvoirs publics, mais aussi de l’activité économique.

L’activité économique doit s’organiser comme par cercles concentriques : produire et consommer localement, puis au-delà. Elle était associée à l’idée d’autarcie : autos archein, se suffire à soi-même. Ce n’est plus une utopie. Les nouvelles formes d’énergie renouvelable doivent permettre à des familles, des agglomérations entières de produire leur propre énergie. Là où il y a des communautés humaines, il y a des besoins à satisfaire : produire sur place ce qui est nécessaire pour vivre – la nourriture, le logement, les transports, l’éducation.

L’économie subsidiaire a en vue le plein-emploi, parce qu’elle raisonne en termes de priorité du travail sur le capital et de l’homme sur le système. La robotisation galopante, la numérisation, ne doivent pas aggraver le chômage mais être tournées vers les techniques de développement local. Le choix est entre l’économie subsidiaire et une économie mondialisée où l’homme n’inscrit plus son activité dans le cadre de la nature, mais crée à sa place un environnement artificiel, que certains appellent déjà l’anthropocène.

L’écologie sociale appelle une écologie humaine

3. « Tout est lié » répète l’encyclique Laudato si’. L’écologie sociale appelle une écologie humaine. On l’aura deviné. Je veux en venir à la pointe de la doctrine sociale de l’Église, à partir de laquelle, par cercles concentriques, se construisent les communautés humaines dans leur rapport à leur environnement.
Le principe de subsidiarité met la personne au centre du processus économique. C’est en fonction du bien des hommes qu’il faut organiser l’économie et la sauvegarde de la création. Aujourd’hui des régions riches en population se vident pour aller accroître encore plus les mégalopoles côtières. On fuit les pays du Sud pour raisons de pénurie ou de guerre. Il faut pouvoir travailler là où l’on vit. Il faut pouvoir produire et consommer là où l’on habite. Il faut développer les pays ravagés par l’exploitation minière ou agricole et où les populations sont de trop. L’économie subsidiaire n’est en aucun cas une économie fermée par des frontières. Elle s’élargit à l’univers à mesure que les besoins des cercles inférieurs sont comblés. Moins de gaspillage, plus de sobriété, une communion avec la nature, un travail pour tous, l’homme et sa dignité au centre de l’activité économique, pourquoi ne pourrions-nous pas faire un pas ou deux dans cette direction en 2016 ?
Je vous remercie.
(*) Titre, intertitres et notes de La DC.
(1) DC 2015, n. 2519, p. 5.
(2) DC 2016, n. 2521, p. 104.

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