HOMMAGE – Requiem pour un jardinier

2016 Pelt 2.jpgIl y a quelques jours étaient célébrées les funérailles de Jean-Marie Pelt. C’est Mgr Stenger, évêque de Troyes (Aube) et président de Pax Christi France, qui a présidé la célébration. Voici le texte de son homélie.

 

Jean-Marie Pelt s’en est allé dans la nuit du 22 au 23 décembre, à la veille de Noël, cette fête qu’il aimait, comme l’aiment les Lorrains du pays de Thionville, pour sa richesse de tradition et de foi.

A l’annonce de son départ beaucoup se sont exprimés, car il a profondément marqué un grand nombre de ses contemporains, non seulement par sa manière de leur parler de la terre sur laquelle ils habitent et du vivant qui les environne, mais aussi par sa belle figure d’humanité, forgée au contact en particulier de l’homme extraordinaire qu’était Robert Schumann, auquel j’ajouterai volontiers quelqu’un de bien moins connu, le professeur Robert Franquet, son Doyen à la Faculté de Pharmacie de Nancy qui m’a parlé à bien des reprises de lui en termes particulièrement chaleureux.

Fondamentalement Jean-Marie Pelt était un « bienveillant », avec ce regard doux et malicieux qu’il portait sur les hommes et sur les choses, au nom de toutes les promesses qu’en visionnaire il y décelait. Il n’en était pas moins d’un profond réalisme, dénonçant les dérives des technologies modernes dont était victime l’environnement naturel et humain. Mais ce n’était pas un dogmatique. Il cherchait plutôt à convaincre avec une grande humilité. On peut dire, je crois, qu’il était de la même veine que le pape François pour lequel il avait du reste une grande admiration. La dernière fois que je l’ai entendu sur Radio Jéricho, c’est du pape François et de son encyclique qu’il parlait avec une chaleur qui traduisait sa profonde connivence avec lui.

Une autre raison d’admirer et d’aimer Jean-Marie Pelt, c’est qu’il ne se contentait pas de faire de l’ »écologie en chambre ». Il n’a pas craint de mettre ses idéaux à l’épreuve de l’action, ce qui est la signature des vrais hommes de conviction. Metz a été le laboratoire de ses intuitions en faveur d’une ville plus harmonieuse, plus vivable et plus humaine. Ses intuitions n’étaient pas celles d’un savant Cosinus, mais étaient nées sur le terrain humain de la cité et étaient empreintes de cette bienveillance dont nous parlions toute à l’heure, attentive aux risques, mais surtout porteuse d’espérance.

J’ose dire que tout ce qu’il était, était lié par sa foi, une foi enracinée dans la tradition de sa terre d’origine. C’était cette foi qui le portait à l’espérance et inspirait sa charité. Si parfois l’institution Eglise le laissait interrogatif sur sa capacité de percevoir les enjeux écologiques de notre époque et sur sa volonté d’engagement, il avait confiance en Dieu. Il se réjouissait de voir la prise de conscience par les chrétiens de la nécessité d’une conversion écologique progresser. Je cite souvent une de ses réflexions à la fois amusée et pleine de bonheur : « Si je voulais répondre à toutes les sollicitations qui me sont adressées par des communautés chrétiennes, des paroisses, des communautés religieuses pour parler de l’avenir de la planète et de notre responsabilité, mon agenda serait complètement rempli. »

Au terme de ces quelques mots, je voudrais exprimer ma profonde reconnaissance personnelle à l’égard de Jean-Marie Pelt. Lorsque j’ai investi dans la réflexion sur l’environnement au titre de Pax Christi que je préside, il m’a beaucoup encouragé et stimulé, sans doute parce que nous nous connaissions, mais peut-être aussi parce qu’il voyait en moi un homme d’Eglise se préoccupant d’écologie et rejoignant ainsi ce qui pour lui devait être une préoccupation importante de l’Eglise et des chrétiens.

Le jardinier de Dieu se présente aujourd’hui devant son Seigneur pour lui rendre ses comptes. Accompagnons le de notre affection, de notre amitié, de notre prière.

Dans le Républicain Lorrain, un article rendait compte aussi de la célébration

 

Jean-Marie Pelt s’en est allé, la veille de Noël, « une fête qu’il aimait, riche de traditions et de foi ». Comme il l’avait souhaité, c’est à l’église Saint-Nicolas de Rodemack que ses obsèques ont été célébrées en présence de sa famille, de ses amis dont Carlo Molinari, ancien président du Football Club de Metz et son bras droit Franck Steffan et de nombreux hommes politiques. Dominique Gros, maire de Metz, le sénateur François Grosdidier, Nathalie Griesbeck députée européenne, Jean-Luc Bohl président de la communauté d’agglomération de Metz Métropole, Patrick Weiten président du conseil départemental étaient présents ainsi que François Bayrou, président du MoDem, qui appréciait particulièrement Jean-Marie Pelt.

Soixante ouvrages en héritage

La messe a été célébrée par Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, et le Chanoine Robert Féry. Durant plus d’une heure, ils ont rendu hommage à un homme plein d’humanité, qui portait « un regard doux et malicieux sur les hommes. Il ne se contentait pas de faire de l’écologie, il était aussi un homme de convictions. » Ses écrits, « il a laissé soixante livres en héritage », ont été évoqués et cités car « il était un merveilleux conteur. Sa mission pour l’écologie lui a pris tout son temps. Il a été toute sa vie le jardinier de Dieu, un Dieu en qui il a toujours eu confiance ».

C’est à Rodemack, ville qui l’a vu naître, qu’il achève son pèlerinage, en toute simplicité. Un dernier au revoir lui a été adressé en latin sur le cantique Magnificat comme il l’avait demandé, laissant derrière lui un message plein d’espérance, emprunté à ses écrits : « Chacun porte en soi l’épure d’un chef-d’œuvre et a une vie entière pour l’accomplir. À chacun de réaliser son chef-d’œuvre. C’est la seule voie du bonheur. »

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Une réflexion au sujet de « HOMMAGE – Requiem pour un jardinier »

  1. Merci, Dominique, de rendre compte de ces hommages au grand homme qu’était J.M. Pelt.
    Je l’ai découvert à travers un livre magnifique soldé 4 sous en 1980 (il ne se vendait sans doute pas) à l’abbaye de la Pierre qui Vire : « l’homme renaturé ». Depuis, j’ai beaucoup utilisé « l’Aventure des plantes » avec des classes de seconde en cours d’écologie. En 2007, il est venu à Troyes devant une salle comble parler d’ « écologie et spiritualité », un très grand moment plein d’émotion. Début décembre, alors qu’il était hospitalisé pour une sciatique, on s’était téléphonait car il devait écrire quelques lignes sur le sol pour le prochain almanach 2017 édité par les Croqueurs de Pommes, association pour qui il avait beaucoup de sympathie. Les pommiers ne l’oublieront pas j’espère.

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