AGRICULTURE -Campagnes en transition

2015 MRJC AgricultureLe 11 décembre dernier, alors que s’achevait la COP21 au Bourget (Seine-Saint-Denis), plusieurs mouvements chrétiens actifs dans le monde rural (CMR et MRJC) ont organisé à Paris la journée « Agriculture et rural en transition climatique »

C’est une cinquantaine de participants qui se sont retrouvés à la Maison des Evêques de France, simples citoyens ou experts, réfléchissant à la mise en oeuvre des recommandations de l’encyclique Laudato si et aussi de l’accord de la COP21. En voici un petit compte rendu.

Un pari réussi à en juger par une assemblée composée d’agriculteurs, de ruraux, d’urbains, de jeunes, d’adultes, d’hommes et de femmes, qui se retrouvaient bien dans cette phrase du début de l’encyclique du Pape François : « Rien de ce monde ne nous est indifférent ». En témoigne la diversité des liens qui ont été établis par les différents intervenants au cours de la journée.
« Tout est intimement lié et les problèmes actuels requièrent un regard qui tienne compte de tous les aspects de la crise mondiale », Laudato si’ 137

Nous retenons d’abord des liens à maintenir entre les parents et leurs enfants, ce qui nous a valu une introduction pleine de complicité de la part d’un père et de sa fille sous forme de saynète ludique « L’écologie racontée à mon père ». Des liens sont à maintenir aussi entre le CMR et le MRJC, à l’origine de cette journée. Trois agriculteurs et la co-fondatrice d’un circuit-court solidaire à Paris ont témoigné, à travers leur vécu, de la nécessité de renforcer d’autres liens essentiels :

  • le lien entre l’agriculture et la santé (une des attentions de Laurent et Isabelle, agriculteurs, dans leur manière de produire)
  • le lien entre l’agriculture et l’alimentation, qui appelle un lien à développer avec les consommateurs et une attention portée à ce que le coût des bons produits n’en interdise pas l’accès aux plus précaires (ce que s’attache à faire Léa avec le circuit-court Kelbongoo!)
  • le lien entre la culture et le sol, cette attention particulière quand il s’agit de cultiver la terre, comme en ont témoigné Eric et Annick, un autre couple d’agriculteurs, qui veillent à respecter la terre qu’ils cultivent
  • le lien entre ces ruraux que sont les agriculteurs et les urbains qui gagnent à se rencontrer soit sur les marchés soit par les ventes à la ferme ou autres AMAP
  • le lien entre nos choix et nos convictions : chez chacun des témoins, cette cohérence était essentielle dans sa vie professionnelle. Là est la source du bonheur, a dit Simon, un jeune qui vient de s’installer en maraîchage biologique et cherche à faire de sa ferme un lieu ouvert d’accueil et d’échanges.

Après un temps d’approfondissement en petits groupes autour de chaque témoin, les participants avides de continuer les discussions ont pu les prolonger autour d’un repas convivial.
L’après-midi, une conférence-débat sur le thème « Une transition agricole et rurale est-elle possible ? Dans quel climat ? », a permis aux participants de prendre de la hauteur sur les thèmes abordés dans la matinée, avec Matthieu Calame, agronome et directeur de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme et Jean-Claude Balbot, éleveur et secrétaire national de la fédération des CIVAM.
De la crise climatique en passant par l’analyse des effets destructeurs d’un système agro-industriel à bout de souffle, les interventions ont d’abord souligné des liens à éviter :

  • le lien avec des pratiques culturales qui éloignent ou suppriment les voisins
  • le lien avec des organisations qui réduisent l’agriculteur à n’être qu’un technicien prisonnier de sa technique, s’éloignant à la fois de la terre et de la rencontre des consommateurs
  • le lien avec des investissements trop importants et  l’endettement qui s’ensuit qui emprisonnent l’agriculteur.

Face à ce sombre tableau, l’assemblée a interrogé les intervenants sur des possibles porteurs d’avenir. Les échanges qui ont suivi ont fait émerger l’importance d’autres types de liens, notamment ceux de nature politique :

  • le lien entre les générations et la nécessité d’évoquer le temps d’après, celui où nous ne serons plus, car les générations qui nous succèdent sont sous notre responsabilité
  • le lien entre le local et le global, quelles que soient les dimensions de l’un et l’autre ; et l’importance de repenser l’aménagement de nos territoires
  • le lien entre les électeurs et les élus qui manque cruellement aujourd’hui ; et le manque d’une pensée politique internationaliste alternative au néolibéralisme. Le traité Transatlantique a été cité en illustration de ce vide. La proposition ultra-libérale qu’il porte génère une coalition de rejet mais aucune alternative positive n’est proposée à un niveau international. De ce fait, les deux seules options proposées aux citoyens sont de persévérer dans l’illusion de la croissance illimitée par davantage de libéralisme ou un souverainisme de repli sur des frontières mal adaptées au monde globalisé dans lequel nous vivons.

Finalement, revenant à l’encyclique de François qui aurait pu avoir, comme sous-titre, TOUT EST LIÉ, nous avons été témoins (nous en sommes aussi acteurs) de ces liens qui existent ou qui sont à solidifier entre les divers domaines de nos vies… Ces liens qui sont à favoriser avec les autres, avec soi-même, avec la création et (pour les croyants) avec Dieu.
Autre mot employé dans le cadre des relations entre producteurs et consommateurs, celui de confiance auquel on peut ajouter celui d’alliance… Si nous voulons être de bons gérants de cette terre, il nous faut agir en alliés, souhait partagé chez beaucoup d’entre nous et qui rejoint ce que dit encore François dans son encyclique: « Quand nous sommes capables de dépasser l’individualisme, un autre style de vie peut réellement se développer et un changement important devient possible dans la société », Laudato si’ 208. C’est la même conviction qu’exprime avec d’autres mots l’une des actrices du film réalisé par le MRJC projeté dans la journée : « Faire bouger les choses… c’est ensemble que nous y arriverons

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Une réflexion au sujet de « AGRICULTURE -Campagnes en transition »

  1. Bonjour Dominique , très intéressant et réconfortant cette journée à laquelle j’aurais aimé participer , dans le meme esprit connaissez vous Terre de Liens qui permet de placer son argent dans des terres agricoles qui seront louées à des agriculteurs bio : à développer et faire connaître , ils font un travail remarquable .

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