KENYA – Et pendant ce temps là, dans le bidonville de Kangemi

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Le pape arrive dans le quartier populaire de la ville kenyane de Kangemi. 27 novembre 2015

Bien là des infrastructures de la COP21, le pape François poursuit son voyage au Kenya. Après les bureaux officiels des Nations Unies, il s’est rendu dans un bidonville. Un de ces quartiers où l’humanité rappelle aux dirigeants ce qu’ils ont souvent oublié : le sens même de notre existence commune.

Voici des extraits de son intervention sur place, dans l’église Saint-Joseph-Ouvrier, dans la ville de Kangemi :

« Je me sens comme chez moi, en partageant ce moment avec des frères et des soeurs qui, je n’ai pas honte de le dire, ont une place de choix dans ma vie et dans mes options. Je suis ici pour vous assurer que vos joies et vos espérances, vos angoisses et vos tristesses, ne me sont pas indifférentes. Je connais les difficultés que vous traversez quotidiennement ! Comment ne pas dénoncer les injustices que vous subissez ? »

 » (Dans ces quartiers populaires), il y a une sagesse qui jaillit de la résistance obstinée de ce qui est authentique, des valeurs évangéliques que la société opulente, endormie par la consommation effrénée, semble avoir oubliées. Vous êtes capables de tisser des liens d’appartenance et de cohabitation, qui transforment l’entassement en expérience communautaire où les murs du moi sont rompus et les barrières de l’égoïsme dépassées… La culture des quartiers populaires imprégnée de cette sagesse particulière a des caractéristiques très positives, qui sont un apport pour le monde où il nous revient de vivre. Elle s’exprime par des valeurs telles que la solidarité, donner sa vie pour l’autre, préférer la naissance à la mort, donner une sépulture chrétienne aux morts, offrir une place au malade dans sa propre maison, partager le pain avec l’affamé : quand il y en a pour dix il y en a pour douze, la patience et le courage face aux adversités, etc. Valeurs qui se fondent sur la vérité que chaque être humain est plus important que le dieu argent. Merci de nous rappeler qu’il y a un autre type de culture possible ».

 » (Autant de valeurs) qui ne sont pas cotées en Bourse, des valeurs qui ne sont pas objet de spéculation, ni n’ont pas de prix sur le marché. Je vous félicite, je vous accompagne et je veux que vous sachiez que le Seigneur ne vous oublie jamais. Le chemin de Jésus commence dans les périphéries, il part des pauvres et avec les pauvres, et va vers tous’‘.

 »Reconnaître ces manifestations de vie honnête qui grandissent chaque jour au milieu de vous (n’implique) en aucune manière, d’ignorer l’atroce injustice de la marginalisation urbaine. Ce sont des blessures provoquées par les minorités qui concentrent le pouvoir, la richesse et gaspillent de façon égoïste, tandis que des majorités toujours croissantes sont obligées de se réfugier dans des périphéries abandonnées, contaminées, marginalisées. Cela s’aggrave lorsque nous voyons l’injuste distribution de la terre, peut-être pas dans ce quartier, mais sûrement dans d’autres, qui conduit dans beaucoup de cas des familles entières à payer des loyers exorbitants pour des logements qui se trouvent dans des conditions inadéquates.

Je connais aussi le grave problème de l’accaparement de terres par des promoteurs privés sans visage qui vont jusqu’à vouloir s’approprier la cour des écoles de vos enfants. Cela se passe parce qu’on oublie que Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne ».

Le Pape a ensuite souligné le grave problème du manque d’accès aux infrastructures et aux services de base:  » Je veux parler des toilettes, égouts, drainages, collecte des déchets, éclairage, routes mais aussi des écoles, hôpitaux, centres de loisir et de sport, des ateliers d’art. Je veux citer en particulier l’eau potable. L’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains. Ce monde a une grave dette sociale envers les pauvres qui n’ont pas accès à l’eau potable, parce que c’est leur nier le droit à la vie, enraciné dans leur dignité inaliénable. Priver une famille d’eau, sous quelque prétexte bureaucratique, est une grande injustice, surtout lorsqu’on se fait du profit avec cette nécessité.

Cette situation d’indifférence et d’hostilité que subissent les quartiers populaires s’aggrave lorsque la violence se généralise et que les organisations criminelles, au service d’intérêts économiques ou politiques, utilisent des enfants et des jeunes comme chair à canon pour leurs affaires entachées de sang. Je connais aussi les souffrances des femmes qui luttent héroïquement pour préserver leurs enfants de ces dangers. Je demande à Dieu que les autorités empruntent avec vous la voie de l’inclusion sociale, de l’éducation, du sport, de l’action communautaire et de la protection des familles parce que c’est l’unique garantie d’une paix juste, véritable et durable ».

 »Ces réalités que j’ai énumérées ne sont pas une combinaison fortuite de problèmes isolés. Elles sont même une conséquence de nouvelles formes de colonialisme qui veut encore que les pays africains soient les pièces d’un mécanisme, les parties d’un engrenage gigantesque. De fait, les pressions ne manquent pas pour que soient adoptées des politiques de marginalisation, comme celle de la réduction de la natalité, qui veulent légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser  ».

Le Pape a ainsi proposer de revenir sur l’idée d’une intégration urbaine respectueuse.  »Ni éradication, ni paternalisme, ni indifférence, ni pur confinement. Nous avons besoin de villes intégrées et pour tous. Nous avons besoin de dépasser la pure déclaration de droits qui, en pratique, ne sont pas respectés, de réaliser des actions systématiques améliorant l’habitat populaire et de planifier de nouvelles urbanisations de qualité pour héberger les futures générations. La dette sociale, la dette environnementale envers les pauvres des villes se paie en rendant effectif le droit sacré aux trois T: terre, toit, et travail. Ce n’est pas de la philanthropie, c’est une obligation morale pour tous ».

Il a aussi lancé un appel à tous les chrétiens, en particulier les pasteurs,  »à renouveler l’impulsion missionnaire, à prendre l’initiative face à tant d’injustices, à s’impliquer dans les problèmes des voisins, à les accompagner dans leurs luttes, à préserver les fruits de leur travail communautaire et à célébrer ensemble chaque victoire, petite ou grande. Je sais qu’ils font beaucoup, mais je leur demande de se souvenir qu’il ne s’agit pas d’une tâche de plus ; c’est peut-être la plus importante, parce que les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Evangile ».

Avant de conclure, il a demandé de prier, travailler et s’engager tous ensemble  »pour que toute famille ait un toit digne, ait accès à l’eau potable, ait des toilettes, ait de l’énergie sûre pour s’éclairer, cuisiner, puisse améliorer ses logements afin que tout quartier ait des routes, des places, des écoles, des hôpitaux, des espaces de sport, de loisir et d’art ; afin que les services de base arrivent à chacun d’entre vous; afin qu’on écoute vos réclamations et votre demande d’opportunités; afin que tous puissent jouir de la paix et de la sécurité qu’ils méritent conformément à leur dignité humaine infinie. »

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