THEOLOGIE – Le temps de la Création… en 5 min

2015 Le temps de la CréationLe blog E&E a présenté rapidement le travail de thèse de Fabien Revol, publié dans un ouvrage récent (Le temps de la création, éd. du Cerf, 2015). Une lecture passionnante mais qui exige un peu de temps et de culture théologique. Arnaud, du groupe des chrétiens nantais concernés par l’écologie, nous a facilité le travail en proposant cette note de lecture.

Une thèse en théologie peut-elle intéresser des militants écologistes chrétiens ? Cela dépend sans doute du sujet, mais celle de Fabien Revol sur « Le temps de la création » devrait les intéresser. A deux titres :

  • la recherche d’une mise en cohérence des théories de l’évolution et de la théologie de la création facilite le dialogue entre science et religion. L’approche de Fabien Revol donne un cadre d’intégration des deux dimensions, quand d’autres approches, très riches comme celle de Teilhard de Chardin, constituent plus des discours parallèles,
  • Lutter pour un monde meilleur suppose une espérance. Nous avons avec la conception de la création comme une évolution vers un accomplissement de nature divine, les fondements d’une véritable espérance, là encore très proche de celle de Teilhard.

Cette thèse est en fait une thèse sur la  » création continuée », un essai de mise en dialogue de la théologie de la création et de la théorie de l’évolution. Si Fabien Revol n’est pas le premier à s’y attaquer, son travail est novateur en ce sens qu’il essaie d’intégrer l’ensemble des connaissances actuelles sur l’évolution dans ses dimensions philosophiques, anthropologiques, génétiques, astronomiques. Nous notons LS les idées que l’on retrouve dans l’encyclique Laudato si’.

Whitehead défini la création comme un ensemble de relations : la nature est ce que nous observons, aucune entité n’est séparable des autres (LS 138). Il est proche de Bergson et comme lui influencé par les néoplatonicien, comme Saint Augustin. Barbour considère, comme Teilhard, que la complexité est une manifestation du process de création.  Selon Whitehead tout élément de la création est capable d’acquérir de l’expérience, est capable de conscience. On est là encore proche de Teilhard. Revol souligne ici que cette conception distingue Whitehead de Darwin : dans l’évolution, les éléments de l’évolution sont acteurs du changement, pas seulement objets du changement suite à un processus passif de sélection naturelle.

L’une des approches de la création continuée considère que son devenir est orienté par une dimension eschatologique, que la forme eschatologique des créatures agit comme attracteur sur l’évolution. Ce qui permet à Revol de distinguer trois tendances théologiques :

  • une création continuée dite faible, cf. Moltmann, pour qui le process continu est celui d’une mise en ordre du chaos dans une perspective eschatologique, mais sans qu’il y ait réellement de nouvelle création. On est dans la création analogique.
  • Une création continuée comme autopoîèse (auto génération) chez Gregersen, orientée là encore par la perspective eschatologique.
  • Une création proleptique (qui anticipe la fin) représentée par Ted Peters, qui se réclame de l’influence directe de Teilhard. Pour Peters, « n’avoir qu’un passé c’est être destiné à mourir, selon le principe d’entropie ». « Être c’est avoir un futur ». Dieu est toujours en train de créer, la Genèse est à lire au présent et le constat de la beauté du monde renvoie à son état à la fin des temps, comme pour Moltmann.

La création continuée recouvre donc trois registres de la création :

  • La conservation de la création originelle,
  • L’évolution historique de la création par la nouveauté,
  • Un process continu présent au sein de la vie chrétienne.

On ne voit pas bien ici la différence entre Moltmann et Peters, faute sans doute pour nous de connaître Peters et avec une connaissance partielle de Moltmann. C’est l’articulation de ces trois registres qui fait l’objet des recherches ultérieures.

Nous faisons l’impasse sur le chapitre consacré à la critique de la création chez Thomas d’Aquin, mais certainement nécessaire pour une thèse. Revol résume sa critique de Saint Thomas en disant que sa théologie est celle d’une création continuée analogique, qui empêche de penser la création comme véritable nouveauté. Pour Thomas d’Aquin, seul Dieu crée, c’est la providence. L’étude de la création continuée dans la Bible et chez les pères de l’Eglise est tout à fait intéressante. La création originelle fait objet de débat, entre création ex nihilo et mise en ordre d’un chaos préexistant.

Le récit de la Genèse est à prendre au présent, en effet le verbe bara est conjugué au présent. Les six jours de la Genèse sont symboliques et atemporels, la création se continue au présent, le temps au contraire se déroule dans Genèse 2 où l’homme est appelé à agir, à créer. Dans Jn 5, 17 Jésus dit que son père et lui travaillent sans cesse à la création. Dans Gn 1,22 le pouvoir de création est confèré aux non humains : multipliez-vous pris ici au sens de créez, pas seulement reproduisez. Dans Is 48, 6s Dieu « fait entendre des choses nouvelles », donc toujours en création. De même dans Is 40-55.

Ceci aboutit de nouveau à trois registres de la création : originelle, continuée dans le temps historique, nouvelle comme anticipation de son accomplissement eschatologique.

Revol aborde alors la théologie de saint Augustin et l’influence de la philosophie grecque, en particulier Plotin. Il en conclut qu’il y a deux pistes de travail à ouvrir, l’une sur le concept de nouveauté en création, l’autre sur le concept de création en relation avec la théologie trinitaire, qui feront l’objet de futurs ouvrages. Mais heureusement il nous donne ses premiers éléments de réflexion sur le sujet. Il s’appuie sur un théologien du IXe siècle, Jean Scott Erigène.

Pour Erigène le néant n’est pas une absence, une privation d’être, mais au contraire un excès d’être, que Dieu met en ordre. Erigène définit une classification en quatre parts :

  • la nature incréée créatrice : Dieu
  • La nature créée créatrice : le verbe divin dans la création continuée,
  • La nature créée incréatrice : le monde réel connu, préservé,
  • La nature incréée incréatrice, le moment théophanique de la fin du monde, manifesté dans le présent des créatures.

Cette classification permet de penser à la fois le début du monde, la création comme moment initial et continu (notion de dialogique en pensée complexe), et son devenir, l’évolution orientée par un attracteur étrange (notion mathématique) Dieu. C’est pour moi un grand apport de ce travail. La conclusion est l’occasion de revenir sur cinq idées abordées au cours de ce travail.

Le temps. C’est l’occasion de revenir sur la notion de temps dans la création comme « espace de liberté pour la participation à la création ». « La création continuée prend son temps ». Dieu a laissé beaucoup de temps à la création avant l’apparition de l’homme, il a laissé les dinosaures prendre toute la place ou presque, heureusement qu’il y a eu la 5ème extinction qui a permis aux mammifères de se développer et à l’homme d’apparaître. Dieu a laissé l’évolution fonctionner en essai erreur (jusqu’à homo sapiens et l’homme de Neandertal). (LS 137).

La biodiversité est à la fois un résultat de ce processus essai erreur, le processus de génération de la diversité lui-même, et en théologie un moyen pour la création de refléter son Dieu. En effet un seul élément de la création ne pourra jamais être à l’image de Dieu, mais la diversité de la création peut s’en approcher. « La biodiversité est […] un signe très fort, presque sacramentel de l’action créatrice continue ». Les menaces que fait peser l’action de l’homme sur la biodiversité sont un signe de son opposition à la création continuée. Il détruit en quelque sorte cette image de Dieu qui a été constituée au cours de millions d’années. (LS 32 s).

L’homme est co-créateur de la création, « non par exception, mais parce que cela appartient à son statut de créature ». Revol revient ici sur l’unité de la création, une approche non hiérarchique. L’activité humaine participe de la création, en bien… ou à sa destruction.

L’approche trinitaire est l’occasion de citer cette pensée de Saint Irénée selon lequel « pour créer, le Père a besoin de ses deux mains que sont le Fils et l’Esprit Saint. » Jolie formule qui illustre bien les propos de Laudato si (LS 66). Mais propos profond, à quoi servirait l’Esprit Saint si la création nous avait été donnée une fois pour toutes ? Seulement, si j’ose dire, au salut des hommes ?

La contemplation. La création continuée est une aide à la contemplation, admirer la création non comme un donné statique, mais comme un process où je vois l’œuvre de Dieu en action. Une façon renouvelée de louer la création.

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