ETATS-UNIS – Des conservateurs qui n’aiment pas conserver (si ce ne sont leurs droits personnels)

Voici l’extrait de la la salutation inaugurale du pape François évoquant la crise climatique. Cette déclaration a été faite au moment de sa réception dans les jardins de la Maison Blanche, le 23 septembre 2015.

« Monsieur le Président, je trouve encourageant que vous promouviez une initiative pour la réduction de la pollution de l’air. En acceptant cette urgence, à moi également il semble clair que le changement climatique est un problème qui ne peut plus être laissé à la future génération. En ce qui concerne la sauvegarde de notre maison commune, nous vivons un moment critique de l’histoire. Il est encore temps d’opérer les changements qui s’imposent en vue d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. Un tel changement exige de notre part que, de manière sérieuse et responsable, nous prenions en considération, non seulement le genre de monde que nous pourrions léguer à nos enfants, mais aussi les millions de personnes vivant dans un système qui les a marginalisés. Notre maison commune fait partie de ce groupe d’exclus qui crient vers le ciel et qui aujourd’hui frappent avec force à la porte de nos maisons, de nos villes et de nos sociétés. Pour utiliser une expression imagée du Pasteur Martin Luther King, nous pouvons dire que nous avons manqué d’honorer un billet à ordre et le moment est arrivé de le faire. Nous savons par la foi que le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, il ne se repent pas de nous avoir créés. L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune. En tant que chrétiens inspirés par cette certitude, nous voulons nous engager, de manière consciencieuse et responsable, pour la sauvegarde de notre maison commune. Les efforts réalisés récemment afin d’amender les relations rompues et afin d?ouvrir de nouvelles portes à la coopération au sein de la famille humaine sont des étapes positives sur le chemin de la réconciliation, de la justice et de la liberté. Je voudrais que tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté de cette grande nation soutiennent les efforts de la communauté internationale pour protéger les personnes vulnérables dans notre monde et pour encourager les modèles de développement intégral et inclusif, en sorte que nos frères et soeurs partout puissent connaître les bénédictions de paix et de prospérité que Dieu veut pour tous ses enfants

Pas de quoi rassurer les élus les plus conservateurs du Congrès américain qui vont l’accueillir cet après midi. Certains -mêmes catholiques- manifestent leur mauvaise humeur en refusant d’être présent pour accueillir ce pape qui parle trop de climat à leur goût et pas assez d’avortements. C’est le cas, par exemple, de Paul Gosar, un sénateur républicain de l’Arizona. Dans un billet du site TownHall.com , l’homme qui se dit être un « catholique fier de l’être » dit aussi

sa déception d’entendre que ce pape argentin vient parler de changement climatique devant le Congrès.

2015 Paul Gosar« Les médias nous annoncent que sa Sainteté va concentrer le coeur de son discours sur le changement climatique – un climat qui a toujours changé depuis sa création dans la Genèse. Plus troublant est le fait que ce discours sur le changement climatique a adopté toutes les expressions des socialistes, enrobés dans de la fausse science et de de l’idéologie telle que la « justice climatique », pour culpabiliser les gens par des politiques de gauche. (…) Si le pape se réfère à la théologie classique chrétienne, je serai en première ligne. Si le pape parle avec son autorité morale contre l’islam violent, je serai là pour le féliciter. Si le pape presse les nations occidentales à aider les chrétiens persécutés du Moyen Orient, je le soutiendrai de tout mon coeur. Mais quand le pape choisit d’agir et de parler comme un homme politique de gauche, alors il peut s’attendre a être traité comme tel. (…) Si le pape veut dévouer sa vie à lutter contre le changement climatique, il peut le faire durant son temps personnel. Mais promouvoir cette science discutable comme un dogme catholique est ridicule. (…) Si le pape prévoit de passer la majorité de son temps à défendre des politiques faussés contre le changement climatique, alors je ne participerai pas à cette session. C’est mon espoir que le pape François réalise qu’il a mieux à faire à se concentrer sur les matières telles que la tolérance religieuse et le caractère sacré de la vie. Comme responsable de l’Eglise catholique et comme une voix puissante défendant la paix à travers le monde, sa Sainteté a une vraie possibilité de changer le climat de terreur au Moyen Orient et non pas de suivre les errances folles du ‘changement climatique' »

Au moins les choses sont claires.

On peut préciser que l’homme de 57 ans est connu pour ses positions très conservatrices : militant pro-life, il est aussi un défenseur très actif du droit à porter des armes, un politicien clairement opposé à l’immigration. Et même un homme aux déclarations très ambiguës sur les droits des Indiens d’Amérique en Arizona (quand ils luttent pour défendre leurs terres contre des projets miniers). Membre notamment du comité sur les « ressources naturelles » (!), il est aussi signataire du serment promu par les « Americans for Prosperity » (promu par les frères Koch, des millionnaires conservateurs farouchement opposé au président Obama), il s’est engagé ainsi à lutter contre toute législation ou taxe visant à lutter contre le changement climatique. Dans ce sens, il vise même à vouloir destituer la présidente de l’Agence pour l’environnement américain (EPA), Gina McCarthy pour « crimes et délits graves ».

On l’aura compris, si Paul Gosar est fier d’être catholique, c’est aussi parce qu’il est un poète.

Le blog E&E reviendra sur cette posture si caractéristique de ces milieux catholiques qui opposent certains pans de la doctrine sociale catholique, légitimes selon eux, à d’autres qui ne le seraient pas. La lecture très politique des déclarations du pape François en dit long aussi de l’argumentaire pseudo-confessionnel en question. Et des enjeux économiques personnels et collectifs qui expliquent ce lobbying actif, protégé de toute critique par une posture « prolife » décidément bien pratique.

DL

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