PHILIPPINES – Gérants non pas propriétaires

2015 Socrates Villalegas PhilippinesNous avons parlé des Philippines récemment. Voici maintenant la lettre pastorale publiée par la conférence des évêques (CBCP) de ce pays le 20 juillet dernier. Un appel clair à la mobilisation, en écho aux invitations de l’encyclique Laudato si’.

 « Gérants non pas possesseurs ».

En décembre 2015, les nations du monde vont se retrouver au Bourget à Paris, pour la Conférence sur le changement climatique organisée par l’es Nations unies. Les représentants des Etats-partis vont œuvrer pour arriver à des mesures légales contraignantes qui doivent prendre la mesure du défi pressant du changement climatique. D’un point de vue plus large, les négociations parisiennes constitueront aussi un essai heureux pour atteindre un consensus sur la responsabilité que nous portons quant à l’avenir de la Terre et des générations à venir. Ce n’est pas un sujet futuriste qui occupent ainsi les représentants des États et les négociateurs mais rien de moins qu’une question de justice sociale.

 Les encycliques sociales de l’Église se réfèrent à cette notion comme une part de la justice qui garantit que toutes les classes sociales et tous les groupes peuvent bénéficier des ressources de la terres et de la société, en partageant équitablement les progrès des nations. Les soucis concernant la destruction des écosystèmes et les perturbations délétères des équilibres délicats de tout ce qui concerne l’environnement humain nous fait pointer le fait que la justice sociale doit, nécessairement, inclure la responsabilité pour les générations futures.

 L’encyclique du pape François, déjà bien accueillie, anticipe la Conférence de Paris et pousse les catholiques et les chrétiens à être des passionnés de l’environnement et de ce qui sera décidé au Bourget. C’est une obligation chrétienne d’être concerné par l’écologie et le changement climatique, comme conséquence morale du concept de gérance (stewardship) et aussi de la charité chrétienne.

Toute personne de bonne volonté doit être attentif à ce qui va se passer à Paris. Par des actions collectives et communautaires, il faut faire que les sujets qui y seront discutés deviennent les sujets de tous. Et ainsi, en vérité, se préoccuper du changement climatique et de ses effets délétères et dévastateurs sur tous, spécialement les nations et les communautés les plus pauvres et les plus en lutte. C’est notre manière de répondre aux besoins au moindre de nos frères et de nos sœurs. C’est ainsi que nous devons laver les pieds les uns aux autres aujourd’hui. L’encyclique Laudato si‘ nous apprend que le cœur de cette affaire du changement climatique est une question de justice.

La notion de bien commun s’étend aussi aux générations futures. Les crises économiques globales ont rendu péniblement visibles les effets négatifs d’un oubli de notre destin commun qui ne peut pas exclure ceux qui viendront après nous. Nous ne pouvons plus parler de développement durable sans solidarité intergénérationnelle. Dès que nous commençons à penser sur le genre de monde que nous laissons aux générations futures, nous regardons les choses différemment. Nous réalisons que le monde est un don que nous avons reçu gratuitement et que nous devons partager avec d’autres. Puisque ce monde nous a été donné, nous ne pouvons plus continuer à regarder la réalité dans une perspective utilitariste, dans laquelle l’efficacité et la productivité sont entièrement tournés vers notre profit individuel. La solidarité intergénérationnelle n’est pas optionnelle mais bien une question de justice puisque le monde que nous avons reçu appartient aussi à ceux qui nous suivront. Les évêques du Portugal nous ont appelés à reconnaître cette obligation de justice. « L’environnement est une part de la logique de réceptivité. C’est un prêt fait à chaque génération, que nous devons transmettre ensuite aux suivantes. Une écologie intégrale est marquée par cette vision élargie (LS §159). »

 De manière très significative, la Cour suprême des Philippines – dans le cas désormais classique des lois environnementales qui sont nées après l’affaire « Oposa v. Factoran » [plainte déposée par 44 enfants philippins contre l’agence environnementale du pays, pour lutter contre la déforestation, au nom du respect de leur génération à venir]- a déjà caractérisé ce soucis sous le terme de « responsabilité intergénérationnelle ». Nous ne sommes pas les propriétaires de la terre. Nous sommes ses gérants, chargés de garder et chérir et nourrir ses ressources non seulement pour nous mêmes mais pour les générations futures. La Conférence des évêques catholiques des Philippines n’a pas manqué à son devoir d’instruire les croyants en matière d’environnement. Nous nous sommes sentis honorés quand le saint Père a cité notre lettre dans l’encyclique Laudato si’.

Comme évêques, nous vous invitons à organiser des symposium et des conférences sur les questions qui seront abordées à Paris, concernant les négociations sur le changement climatique, comme le veut le pape François. Une participation importante et les débats qui en découleront doivent s’appuyer sur des informations solides et des connaissances adéquates. Dans ces matières, il est de notre responsabilité morale de nous informer. Mais des actions plus directes et immédiats peuvent et doivent aussi être prises. Nos paroisses et nos communautés ecclésiales de base peuvent prendre à bras le corps, après un discernement collectif, les situations qui mènent, selon les scientifiques, aux changement délétères dans l’environnement ainsi qu’à la perturbation des écosystèmes. Exploitations minières, feux de forêts, dépôt d’ordures : autant de sujets locaux qui viennent ainsi immédiatement à l’esprit. Ici, l’interpellation des communautés d’Eglise au nom du bien commun doit pouvoir influencer les décideurs politiques et provoquer des actions communautaires en même temps.

Le changement climatique nous a poussé à réfléchir sur la souffrance des nations, des communautés et des peuples. C’est ce genre de souffrance qui, selon les mots de Benoît XVI, crie pour la consolation et l’aide (Deus Caritas est). Quand ceux qui sont dans le besoin crient ainsi, il n’est pas optionnel de devoir répondre. C’est une obligation.

 Pour la Conférence des évêques catholiques des Philippines, Mgr Socrates B. Villegas, archevêque de LIngayen Dagupan, président de la CPCP, 20 juillet 2015.

Traduction DL – E&E

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