NUCLEAIRE – Le signe des Hibekusha

2015 HiroshimaUn article récent de Dorian Malovic, dans La Croix, donne la parole à quelques survivants de la bombe atomique d’Hiroshima. Le 6 août prochain, ce sera le 70e anniversaire de cette tragédie nucléaire.

« Quelques heures après l’impact de la bombe atomique, je me souviens des rescapés qui pleuraient de soif, implorant de leur donner à boire… » Setsuko Maria Hattori avait 14 ans en ce jour funeste d’août 1945. Sa maison a été soufflée, son père et son frère ont été tués. Parce qu’elle se trouvait à ce moment-là à l’école, située loin de l’impact, elle a été épargnée. Elle témoigne aujourd’hui à la cathédrale de l’Assomption, à Hiroshima, pour la Paix dans le monde. « Pendant quatre ans, je n’ai cessé de pleurer, jusqu’à mon baptême : j’étais alors libérée et j’ai retrouvé la paix intérieure. » À 84 ans, elle tient à parler, à expliquer sa vie, et plus que jamais à la veille des célébrations du 70e anniversaire de la tragédie qui a fait près de 200 000 morts. « Quand je repense aux cris assoiffés des victimes, je pense à la voix du Christ sur la croix –”j’ai soif” –, pas seulement une soif physique mais une soif de spiritualité. » L’émouvant message de Setsuko, admirable vieille dame pleine d’énergie, est porté par les 20 000 catholiques de la ville de Hiroshima depuis soixante-dix ans. « Nous devons encore et encore partager l’espoir que la vie est plus forte que la mort car les témoins de la tragédie vieillissent et sont de moins en moins nombreux », ajoute-t-elle alors qu’un groupe d’une centaine de lycéens visite la cathédrale et attend d’écouter son témoignage plus tard dans la matinée. Les catholiques sont minoritaires au Japon mais leur parole est écoutée par les bouddhistes japonais. Les catholiques japonais se veulent exemplaires, une voix de sagesse singulière.

« Cette cathédrale, située à 1 500 mètres de l’impact de la bombe, est également un symbole fort, explique Kajiyama Satoko, autre survivante née en 1940, car elle a été totalement détruite le 6 août 1945. »

Le jésuite Hugo Lassalle, prêtre de l’église à l’époque, grièvement blessé mais sauvé, a tenu à ce qu’elle soit reconstruite comme un monument symbolisant la paix dans le monde, à la mémoire des victimes de la bombe atomique. Avec la bénédiction du pape Pie XII, Hugo Lassalle a levé des dons dans le monde entier et lancé la reconstruction en 1950. Consacré en 1954, le monument accueille des milliers de pèlerins et de visiteurs de tout le Japon et du monde entier. Lorsque Jean-Paul II est venu à Hiroshima en février 1981, son discours « Appel à la paix » a marqué les catholiques mais aussi la population bouddhiste de la ville. Miwako, née en 1944, se souvient d’un sermon d’un prêtre japonais dans les années 1970 qui l’avait traumatisée : « Il avait dit que la bombe atomique avait été une malédiction de Dieu ! », raconte-t-elle aujourd’hui avec effroi. « Et quand Jean-Paul II a lancé que ”La guerre est l’œuvre de l’homme”, “La guerre est la destruction de la vie”, “La guerre est la mort”, je me suis sentie totalement libérée et apaisée. Le 6 août prochain nous célébrerons aussi ces paroles de guérison de Jean-Paul II. »Pour le curé de la cathédrale, le P. Takashi Koezuka, né en 1941 et ordonné en 1972, « le message du pape en 1981 nous a tous réveillés. Auparavant, nous étions amorphes, apeurés, discrets. Il nous a donné l’énergie de témoigner ouvertement, sans crainte. Jean-Paul II a ressuscité Hiroshima. » Un buste en bronze à l’entrée de la cathédrale et le texte de son appel gravé sur une pierre témoignent de la force de l’impact de la visite de Jean-Paul II il y a plus de trente ans. Et les préparatifs pour les 70 ans de la tragédie vont bon train. « Le diocèse de Hiroshima a une vocation singulière au sein de l’Église et aussi dans la société. Nous devons être des témoins de la paix et cette année encore nous allons inviter des frères chrétiens de toute l’Asie afin de renforcer l’amitié et la réconciliation, ne plus souffrir des séquelles de la guerre. »

Ainsi plusieurs évêques sud-coréens vont être invités à Hiroshima. « Plus de 10 % des victimes de la bombe en 1945 étaient des Coréens venus sous la contrainte travailler dans les usines de Hiroshima, raconte Takashi, et la réconciliation avec nos frères coréens doit être plus forte que la haine et la rancune. »Dans le programme des commémorations du 6 août, de nombreux « hibakusha », (littéralement des « exposés » aux radiations) viendront témoigner à la cathédrale. « Ces survivants gardent une énergie peu commune, reconnaît encore le P. Takashi Koezuka, et ils sont conscients de leur responsabilité unique de témoigner. » Enfin, comme pour boucler la boucle et rappeler les dangers de l’atome, de nombreux « hibakusha » iront à la préfecture de Fukushima là encore pour partager leur expérience avec les victimes de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima en 2011.

 Source : La Croix, 16 juillet 2015
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