ECOLOGIE INTEGRALE – Mettre fin à la prolifération nucléaire

2015 MullerJean Marie est un homme engagé. Ecrivain et militant, il est une de ces figures de la non-violence actuelle qui continue de tenir vive la mémoire de Gandhi. C’est à ce titre qu’il vient de me partager une réflexion à partir de l’encyclique du pape François.

Le 18 juin 2015, le pape François a publié une lettre encyclique consacrée à l’écologie qui a été unanimement saluée comme un document majeur. Avec lucidité et gravité, l’évêque de Rome s’inquiète des dégâts irréversibles causés à la terre. Il demande aux hommes qui habitent cette planète de s’unir et de se mobiliser pour relever « le défi urgent de sauvegarder notre maison commune » et, pour cela, de « sortir de la spirale d’autodestruction dans laquelle nous nous enfonçons ». À travers une approche intégrale, le texte souligne les multiples dangers qui s’accumulent sur la nature et l’environnement.

Il souligne que le développement des sciences a donné aux hommes « un terrible pouvoir » : « Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle s’en servira toujours bien, surtout si l’on considère la manière dont elle est en train de l’utiliser. Il suffit de se souvenir des bombes atomiques lancées en plein XXe siècle, (…) sans oublier qu’aujourd’hui la guerre possède des instruments toujours plus mortifères. »

Ainsi, parmi les menaces qui pèsent sur « notre terre opprimée et dévastée », François dénonce tout particulièrement « la guerre qui produit toujours de graves dommages à l’environnement ».

Il souligne que « les risques deviennent gigantesques quand on pense aux armes nucléaires ainsi qu’aux armes biologiques ». Il cite alors Jean-Paul II qui, dans son message pour la Journée mondiale de la paix 1990, affirmait : « Malgré l’interdiction par des accords internationaux de la guerre chimique et biologique, en réalité la recherche continue dans les laboratoires pour développer de nouvelles armes offensives capables d’altérer les équilibres naturels. » L’évêque de Rome consacre un paragraphe entier à la Charte de la Terre. Ce document est une déclaration internationale qui entend affirmer les valeurs et les principes fondamentaux pour construire un monde juste, durable et pacifique au XXIe siècle. Le texte final a été approuvé dans les locaux de l’UNESCO à Paris en mars 2000. Parmi ces insistances, cette Charte énonçe ces recommandations qui rejoignent très précisément le sujet de l’encyclique :

«  – Démilitariser les systèmes de sécurité nationale, les amener à une position défensive non provocatrice et convertir les ressources militaires à des projets pacifiques, notamment à la restauration écologique.

– Éliminer les armes nucléaires, biologiques et toxiques, ainsi que toutes autres armes de destruction massive. «

Malheureusement, François se trouve obligé de reconnaître que les terriens n’ont pas été capables de relever ces défis. La Charte de la Terre, écrit-il, « nous invitait tous à tourner le dos à une étape d’autodestruction et à prendre un nouveau départ, mais nous n’avons pas encore développé une conscience universelle qui le rende possible ».

Lors de la Conférence des États parties chargée d’examiner le Traité de non prolifération des armes nucléaires (TNP) qui s’est tenue à New York du 27 avril au 22 mai 2015, l’archevêque Bernadito Auza, le représentant du Saint Siège auprès des Nations Unies, a fait une critique sévère de la politique menée par les États dotés de l’arme nucléaire. « L’échec à mettre en œuvre de bonne foi les obligations contenues dans le TNP constitue une réelle menace pour la survie de l’humanité. » Soulignant que la question de la sécurité nationale revient souvent dans les discussions portant sur les armes nucléaires, l’archevêque s’interroge en ces termes : « N’est-il pas urgent de revisiter de manière transparente la définition faite par les États, spécialement par les États dotés de l’arme nucléaire, de leur sécurité nationale ? » Enfin, Bernadito Auza souligne que « l’absence de mesures concrètes et efficaces en faveur du désarmement nucléaire conduira tôt ou tard à de réels risques de prolifération nucléaire ».

Il convient de noter qu’en mettant en avant la notion de « sécurité nationale », le représentant du Vatican interpelle chaque nation et non pas la communauté internationale. C’est donc à chaque Église nationale des États nucléaires qu’il revient de prendre leur responsabilité. Soit elles continuent à s’accommoder de la préméditation d’un crime contre la terre et l’humanité en ne dénonçant pas la dissuasion nucléaire comme étant moralement inacceptable et écologiquement intolérable, soit elles décident d’assumer leur responsabilité en exigeant – en toute laïcité, comme organisation de la société civile – le désarmement nucléaire unilatéral de leur pays.

L’Église de France est donc directement concernée.

Jean-Marie MULLER

http://www.jean-marie-muller.fr

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