ECOLOGIE INTEGRALE – Ne pas confondre « bien commun » et « bien être »

2015 Hayna PotosíLe pape François est en voyage dans les terres sud-américaines. Et au fil de ses discours, il continue de déployer les intuitions de sa récente encyclique.

Encore un beau signe de la pédagogie de croissance que déploie ce pape, entre ses textes et ses appels.

Après l’Equateur, c’est en Bolivie que le pape s’exprime Après sa rencontre avec le président Morales, il est venu dialoguer avec l’assemblée réunie à la cathédrale de La Paz. Il commence d’abord par la question des « biens communs » qu’il revisite une fois encore.

« Le Concile Vatican II a défini le bien commun comme l’ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aussi bien aux groupes qu’aux membres individuels d’atteindre leur perfection d’une façon plus plénière et plus aisée… Je suis sûr de votre recherche du beau, du vrai, du bien dans cet engagement pour le bien commun. Que ces efforts aident toujours à croître dans un respect plus grand envers la personne humaine comme telle, à travers les droits fondamentaux et inaliénables ordonnés à son développement intégral, à la paix sociale, c’est-à-dire à la stabilité et à la sécurité d’un certain ordre, qui ne se réalise pas sans une attention particulière à la justice distributive. Sur la route vers la cathédrale j’ai pu admirer les sommets du Hayna Potosí et de l’Illimani, de cette jeune montagne et de celle qui indique le lieu d’où surgit le soleil. J’ai aussi vu comment de manière artisanale beaucoup de maisons et de quartiers se confondent avec les flancs de la montagne et j’ai admiré certaines oeuvres de votre architecture. Le milieu naturel et le milieu social, politique et économique sont étroitement liés. Il est urgent que nous posions les bases d’une écologie intégrale, qui comprenne clairement toutes les dimensions humaines dans la résolution des graves problèmes socio-environnementaux de nos jours, autrement les glaciers de ces montagnes continueront à reculer et la logique de la réception, la conscience du monde que nous voulons laisser à qui viendra après nous, son orientation générale, sa signification, et ses valeurs elles aussi fondront comme ces glaciers ».

« Puisque tout est lié, nous avons besoin les uns des autres. Si la politique se laisse dominer par la spéculation financière ou si l’économie s’aligne seulement sur le paradigme technocratique et utilitariste de la production maximale, on ne pourra pas même pas comprendre, et encore moins résoudre les grands problèmes qui affligent l’humanité. La culture aussi est nécessaire, dont font partie non seulement le développement de la capacité intellectuelle de l’homme dans les sciences et le développement de la capacité de générer de la beauté dans les arts, mais aussi les traditions populaires locales, avec leur sensibilité particulière à l’environnement dont elles sont issues et auquel elles donnent sens. De la même façon, il faut une éducation éthique et morale qui cultive des attitudes de solidarité et de responsabilité entre les personnes. Nous devons reconnaître le rôle spécifique des religions dans le développement de la culture et les bienfaits qu’elles peuvent apporter à la société. Les chrétiens, en particulier, comme disciples de la Bonne Nouvelle, sont porteurs d’un message de salut qui a en lui-même la capacité d’ennoblir les personnes, d’inspirer de grands idéaux capables de donner de l’impulsion à des lignes d’action qui vont au-delà de l’intérêt individuel, permettant la capacité de renoncement en faveur d’autrui, la sobriété et les autres vertus qui nous soutiennent et nous unissent. Nous nous habituons si facilement à l’environnement de l’injustice qui nous entoure, que nous sommes devenus insensibles à ses manifestations. Et nous confondons ainsi, sans nous en apercevoir, le bien commun avec le bien-être, spécialement quand c’est nous qui en jouissons. Le bien-être qui fait référence seulement à l’abondance matérielle tend à être égoïste, à défendre les intérêts de parties, à ne pas penser aux autres, et à se laisser porter par la tentation du consumérisme. Ainsi compris, le bien-être, au lieu d’aider, fait le nid de conflits possibles et de désagrégation sociale. S’affirmant comme perspective dominante, il engendre le mal de la corruption, qui décourage autant qu’il fait de mal. Le bien commun, au contraire, est supérieur à la somme des intérêts particuliers. C’est un passage de ce qui est meilleur pour moi à ce qui est meilleur pour tous, et il comprend tout ce qui donne cohésion à un peuple: Des objectifs communs, valeurs partagées, idéaux qui aident à élever le regard au-delà d’horizons individuels ».

« Les différents acteurs sociaux ont la responsabilité de contribuer à la construction de l’unité et du développement de la société. La liberté est toujours le meilleur contexte pour que les penseurs, les associations citoyennes, les moyens de communication remplissent leur fonction, avec passion et créativité, au service du bien commun. Les chrétiens aussi, appelés à être levain au milieu du peuple, apportent leur propre message à la société. La lumière de l’Evangile n’est pas la propriété de l’Eglise. Celle-ci en est plutôt la servante, afin que cette lumière atteigne les confins du monde. La foi est une lumière qui n’éblouit pas, n’obnubile pas, mais éclaire et guide avec respect la conscience et l’histoire de chaque personne et de chaque société humaine. Le christianisme a rempli un rôle important dans la formation de l’identité du peuple bolivien. La liberté religieuse, telle qu’habituellement cette expression est entendue dans le droit civil, nous rappelle aussi que la foi ne peut être réduite à la sphère purement subjective. Ce sera pour nous un défi d’encourager et de promouvoir l’épanouissement de la spiritualité et de l’engagement chrétien en oeuvres sociales. Parmi les différents acteurs sociaux, je voudrais mettre en exergue la famille, menacée de toutes parts par la violence domestique, l’alcoolisme, le machisme, la toxicomanie, le manque de travail, l’insécurité civile, l’abandon des personnes âgées, les enfants de la rue et recevant de pseudo-solutions à partir de perspectives qui mettent en lumière une claire colonisation idéologique. Ils sont si nombreux les problèmes sociaux que la famille résout en silence, que ne pas la promouvoir signifie laisser les plus vulnérables sans protection. Une nation qui cherche le bien commun ne peut se replier sur elle-même, car ce sont les réseaux de relations qui consolident les sociétés. Le problème de l?immigration de nos jours nous le démontre. Le développement de la diplomatie avec les pays voisins, dans le but d’éviter des conflits entre des peuples frères et de contribuer à un dialogue franc et ouvert sur les problèmes est aujourd’hui indispensable. Il faut construire des ponts plutôt qu’ériger des murs. Tous les thèmes, aussi épineux soient-ils, ont des solutions communes, raisonnables, équitables et durables. Et, dans chaque cas, ils ne doivent jamais être des motifs d’agressivité, de rancoeur ou d’inimitié qui aggravent encore plus la situation et en rendent plus difficile la résolution ».

« La Bolivie vit un moment historique: La politique, le monde de la culture, les religions font partie de ce beau défi de l’unité. Dans cette terre où l’exploitation, l’avidité, les multiples égoïsmes et les perspectives sectaires ont jeté des pans d’obscurité sur son histoire, aujourd’hui ce peut être le temps de l’intégration. Aujourd’hui, la Bolivie peut créer de nouvelles synthèses culturelles. Comme ils sont beaux les pays qui dépassent la méfiance malsaine et intègrent ceux qui sont différents, faisant de cette intégration un nouveau facteur de développement! Que c?est beau quand il y a plein d?espaces qui regroupent, mettent en relation, favorisent la reconnaissance de l?autre. (…).

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