ENCYCLIQUE – Analyses et réactions (7)

On les attendait… Voilà donc quelques commentaires moins enthousiastes quant à l’encyclique Laudato Si’. Comme quoi, la « louange » de François d’Assise continue toujours encore d’embêter les marchands de tissus… Une vieille histoire…

  • D’abord un refus. Celui de Stanislas de Larminat à qui j’ai proposé de réagir à la sortie de l’encyclique dans le cadre de mon travail de journaliste. Ce que je lui proposais n’était pas assez bien selon lui (il aurait préféré les colonnes de La Croix !). Et il « n’aime pas réagir à chaud ». Dont acte. Pour quelqu’un qui se dit spécialiste de l’écologie chrétienne, de la pensée des papes et du Compendium, n’avoir rien à dire, même à chaud, quand un pape publie une encyclique sur le sujet a quand même de quoi surprendre. Même pas un « merci » ou un « laudato si' » poli. Non, rien. Mais ça va être difficile pour lui de botter en touche (comme le font un certain nombre de conservateurs catholiques) en suggérant que les papes n’ont pas à se prononcer sur la science ou l’économie, tout en passant son temps de retraité actif à écrire des livres où l’enseignement de l’Eglise est sollicité sans cesse pour dire ce qu’est la vérité de la science et de l’économie mondiale…
    Mais il est vrai, comme dit le magazine Challenges (voir ci-dessous) que ce pape est de « gauche ». Ah bon sang, mais c’est bien sûr. Il suffisait d’y penser.
  • Le site Solidarite et Progrès, site de l’étonnant Jean Pierre Chaminade, ancien candidat aux présidentielles et membre de réseaux politiques aux ramifications un peu étranges. Où on (re)trouve la grille d’analyse anti-malthuséenne qui justifie tous les raccourcis et toutes les théories complotistes : le réchauffement climatique est un mythe ; les écologistes sont anti-natalistes ; ils complotent pour contrôler le monde etc. Article d’un dénommé Karel Vereycken.2015 Solidarité et progrès
 » Suite à leur dernière « prise de guerre », les écolo-malthusiens et la finance internationale se frottent les mains. Avoir obtenu que le pape François, à la tête d’une Église catholique comptant plus d’un milliard de croyants, donne sa bénédiction à l’imposture du réchauffement climatique, par la voie de sa nouvelle encyclique Laudato si où il défend une « écologie intégrale » et les bases d’une « spiritualité écologique », a de quoi les réjouir. Il est plus que regrettable que le pape François, par ailleurs un critique avisé de la vanité de la société de consommation et de la folie qui règne dans le monde financier, ait fini par se faire kidnapper par des imposteurs malfaisants. Alors qu’il s’agit d’une contrevérité absolue, l’encyclique prétend qu’« il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique (…) L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent. »
Cette encyclique est le résultat de dizaines d’années d’un lobbying malthusien qui a démarré bien avant l’arrivée de François. Le document a été présenté à la presse par le climatologue allemand Hans Joachim Schellnhuber, à la tête de l’Institut de Potsdam depuis 1992. Membre du très malthusien Club de Rome, conseiller de longue date d’Angela Merkel, de Deutsche Bank et du pape Benoit XVI, il a été distingué en 2004 par la Reine d’Angleterre par le titre de Honorary British Commander of the Empire (CBE). L’homme n’hésite pas à prôner des solutions bien plus extrêmes que le pape François, notamment la « décarbonisation complète » de l’économie mondiale et l’arrêt complet de l’énergie nucléaire, un programme qui, si mis en œuvre, ramènerait la population mondiale à moins d’un milliard d’habitants.
(etc.)
  • Le magazine économique et de standing Challenges en avalerait presque sa cravate et tombe dans une lecture sociologique bien primaire et si pratique : le pape est de gauche ! Une vieille rengaine que les nombreux défenseurs de droits de l’homme connaissent bien en Amérique du Sud : dès que vous défendez la dignité des plus pauvres, vous êtes de gauche et contre le progrès… Allez, Maurice Szafran, (ancien du magazine Marianne etc.) encore un effort. La « conversion écologique » est aussi une conversion du coeur…

2015 Challenge pape

Le pape François, nouvelle méga-star de la … gauche !, article de Maurice Szafran

Après avoir rappelé la lecture très positive de l’encyclique que fait le sociologue Edgar Morin (on en reparlera), soulignant l’insistance récurrente du pape sur la place des plus pauvres, l’article poursuit :

(…) Remarquons que François n’est pas le premier souverain pontife à pointer les excès, les débordements du capitalisme. Ses deux prédécesseurs, Benoît XVI et Jean-Paul II n’avaient jamais hésité eux non plus à les dénoncer, à en appeler à la régulation. Mais François va plus loin, plus fort, plus direct. Ainsi critique-t-il avec véhémence, avec indignation, l’attitude des chefs politiques de l’Europe dans le drame des migrants de Méditerranée. Dans son esprit, ils font preuve d’une incommensurable lâcheté qui les discrédite, qui leur interdit de se revendiquer de l’humanisme Le week-end dernier, prenant la parole à Turin, François a cogné, dénonçant une nouvelle fois, une énième fois « le spectacle qui fait pleurer de ces êtres humains traités comme des marchandises ». Il ne se contente pas de condamner ; il renverse la dialectique de ceux qui veulent verrouiller les frontières : « Si l’immigration accroît la concurrence, les migrants ne peuvent en être tenus pour coupables car ils sont victimes de l’injustice, de l’économie de rejet et des guerres ». François Hollande ou le Premier ministre italien Matteo Renzi, en principe des progressistes, n’ont jamais osé aller aussi loin.

« La sauvegarde de la maison commune »

Les vaticanologues les plus affûtés ne s’attendaient pourtant pas à ce que le pape s’engage à ce point dans le combat écologique. Jamais l’Eglise catholique n’avait démontré un attachement acharné à cette cause ; jamais la curie romaine n’avait publié de textes approfondis, montrant une pensée puissante ou même originale. François y remédie, et fortement. Puisqu’il s’agit de la « sauvegarde de la maison commune », il en appelle à la « révolution écologique », à une « écologie intégrale ». Et ce concept d’intégralité, de « vraie approche écologique » est d’une importance cruciale puisque, selon François, « il se transforme toujours en une approche sociale qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ». Les Curés « rouges » du Brésil, ceux qui entouraient Don Helder Camara, auraient pu former la garde prétorienne de ce pape, la nouvelle icône des gauches. Plus étonnant encore, le pape François n’hésite pas non plus à bousculer l’ordre moral de l’Eglise. A pas comptés, mais tout de même. Rien à voir avec le conservatisme borné et étriqué de ses devanciers. Les paroles de réconfort envers les homosexuels et les divorcés remariés marquent une brisure nette, comme une rupture. Il n’est toutefois pas acquis que ce pape contrôle et maîtrise une technostructure ecclésiale autrement plus prudente que lui. François est désormais la star de millions de citoyens se revendiquant de la gauche. Fort bien, les paradoxes sont toujours enrichissants. Mais est-il si populaire que cela dans sa propre maison?

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3 réflexions au sujet de « ENCYCLIQUE – Analyses et réactions (7) »

  1. Cher Père Dominique,
    Puisque vous prenez la liberté de faire état d’échange de mails privés, je prends celle de répondre.
    Suite à votre demande d’une réaction, je vous ai simplement demandé combien de caractères je devais viser et quelle garantie j’avais de ne pas être coupé. Sur ce second point, vous vous êtes drapé dans la « confiance que l’on doit ou non aux journalistes et à leur déontologie ».

    Est-ce au nom de cette déontologie de journaliste, ou de la charité du pasteur que vous êtes, que vous parlez de « refus » de m’exprimer ? Non, je n’ai pas refusé. J’ai même dit que c’était envisageable, mais ai simplement demandé à ce que les propos qu’on m’attribueraient ne soient pas coupés. Il n’y a donc pas eu de refus de ma part de commenter à chaud.

    Est-ce comme journaliste ou comme pasteur, que vous donnez dans le raccourci en laissant entendre que je pourrais « n’avoir rien à dire, même à chaud, quand un pape publie une encyclique sur le sujet [ce qui aurait] quand même de quoi surprendre » ? Il ne vous aura pas échappé que de nombreux blogs ont diffusé un long commentaire de ma part. J’ai été capable de réagir à chaud, le 18 juin même. J’avais, bien sûr, quelque chose à dire. Vous aimez les caricatures.

    Est-ce comme journaliste ou comme pasteur que vous évoquez mon incapacité à dire « merci » » ou un « laudato si » au pape ? Si vous aviez lu ma réaction, vous auriez-vu l’éloge appuyée que j’ai faite de cette encyclique. Lisez-vous le contenu de ce que j’écris?

    Est-ce comme journaliste ou comme pasteur que vous me suspectez de qualifier le pape François de « Pape de Gauche » ? Je ne me retrouve pas dans ces catégories dépassées, et vous ne trouverez jamais un propos de ce genre dans mes propos.

    Quant à l’idée que « les papes n’ont pas à se prononcer sur la science ou l’économie », j’ai bien lu l’encyclique: « l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent, pour que les besoins particuliers ou les idéologies n’affectent pas le bien commun » (§ 188). « il faut garantir une discussion scientifique et sociale » (§ 135).

    La « discussion scientifique » souhaitée par le Pape François a bien du mal à progresser !
    Dommage ! Pourquoi tant de haine contre les visions plurielles internes à l’Eglise ?
    Cordialement

  2. Cher Stanislas

    comme quoi, quand vous voulez, vous la trouvez, l’énergie pour « répondre à chaud » dans des formats non imposés. Vous avez même fait le pari que, par déontologie de journaliste ou charité de pasteur, je publierai votre commentaire sans y retoucher quoi que ce soit. Vous voyez que c’est possible de faire confiance à ces scribouillards de journalistes.

    Encore un effort, Stanislas, et vous n’aurez plus besoin d’écrire des livres pour dénoncer les chrétiens écolos qui ne pensent pas comme vous et qui feraient partis de ces « idiots utiles », panthéistes inconscients ou pseudo-écolo marxistes adorateurs de Gaïa.

    Je suis content de voir que vous pensez que j’aime « les caricatures » (forcément, mes arguments ne peuvent relever que de cela, selon vous). Je sais que vous appréciez en faire usage aussi et que vous ne vous privez pas dans vos livres de dénoncer nominativement les personnes pour appuyer vos thèses conservatrices. Nous sommes donc à la même école.

    Quant à vos questions habilement répétées quant au discernement que je devrais mener entre ma fonction de journaliste et celle de pasteur, je vous remercie de rappeler à tous que, comme chrétien tout simplement, il nous reste toujours la liberté de parler, d’attester et de contester. Même de provoquer parfois quand certains préfèrent se réfugier dans leur bon droit et derrière leur intelligence -forcément supérieure- des choses. J’imagine que c’est en tant qu’ancien ingénieur du monde du sucre et en tant que baptisé que vous vous exprimez quant à vous ?

    Ah, juste pour finir : Vous avez souvent exprimé en public le fait que l’on n’écoutait pas ce que aviez à dire et que, aussi bien dans la presse catholique que dans certains milieux d’Eglise, vous étiez indésirables… Faut-il rappeler qu’après une certaine conférence parisienne, il y a quelques mois, où vous dénonciez encore une fois les chrétiens sensibles aux urgences écologiques (qui n’en sont pas selon vous) comme des adorateurs de Gaïa, j’ai pris le temps de vous parler, de vous inviter à boire un verre pour discuter à coeur ouvert. Et l’Antenne Mode de vie et environnement qui travaille pour les évêques vous a aussi offert à plusieurs reprises une rencontre avec des scientifiques de renom pour discuter avec vous de votre argumentaire… quel luxe ! Comme quoi, la « discussion scientifique » que vous désirez a bien des espaces pour avoir lieu.

    E&E

    Quant à la manière

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