ENCYCLIQUE – Réactions et analyses (1)

2015 Actu environnementAvant de proposer un décryptage de l’encyclique – pas à pas – la semaine sera consacré aux réactions des médias (notamment) à l’encyclique du pape François

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L’encyclique climatique du pape François engage le monde riche à la sobriété

Très attendu, le plaidoyer de François pour « une écologie intégrale » est une invitation à réformer les modes de vie des sociétés de consommation, et corrobore l’opportunité de réclamer des politiques de désinvestissement des énergies fossiles.

Climat  |  19 juin 2015  |  Agnès Sinaï

Dans cette encyclique exceptionnelle publiée le 18 juin, le Pape en appelle à une révolution éthique et économique pour empêcher des changements climatiques catastrophiques et des inégalités croissantes. Avec 1,2 milliards de catholiques dans le monde, ce plaidoyer devrait avoir un fort retentissement dans la perspective de la COP 21 de Paris. C’est la première fois qu’un pape consacre une encyclique entière à l’écologie. Cette publication a été précédée par une longue gestation, au cours de laquelle la crise écologique a progressivement pris sa place dans la doctrine de l’Eglise, depuis l’apparition des premiers mouvements environnementalistes à la fin des années 1960. Le titre, Laudato si (Loué sois-tu) sur le soin de la maison commune, est inspiré du Cantique des créatures, rédigé au XIIIème siècle par Saint-François d’Assise dont le pape actuel, alias Jorge Bergoglio, a tiré son nom. C’est dire à quel point le pontife se réfère à la figure emblématique de Saint-François d’Assise, que Jean-Paul II avait proclamé en 1979 « céleste patron » de ceux qui se préoccupent d’écologie.

L’injustice sociale du réchauffement

Longue de 191 pages, composée de six chapitres, l’encyclique Laudato si fait l’inventaire scientifiquement étayé de toutes les dimensions de la crise écologique actuelle, du dérèglement du climat, « bien commun », à la pénurie d’eau potable, de la perte de biodiversité et l’artificialisation des zones humides à la dégradation des océans. Toutes ces détériorations sont associées à une dégradation de la qualité de la vie humaine et de la vie sociale, en particulier dans les grandes métropoles. Et ce sont les pauvres, formant la majeure partie de l’humanité, qui souffrent davantage des plus graves effets de toutes les agressions environnementales, souligne l’Encyclique.

L’ « écologie intégrale » du pape François en appelle à la justice sociale. Les inégalités criantes imposent de repenser les relations internationales : « Il y a, en effet, une vraie “ dette écologique ”, particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux, avec des conséquences dans le domaine écologique, et liée aussi à l’utilisation disproportionnée des ressources naturelles, historiquement pratiquée par certains pays. L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties ».

Une adresse aux climatosceptiques

La Lettre encyclique de François est d’abord une invitation à réformer profondément notre rapport au monde, à la technique et à nous-mêmes, et à interroger les racines de la situation actuelle de la culture du déchet et de son cortège de pollutions : « J’adresse une invitation urgente à un nou­veau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous« .

Le pape estime que « la faiblesse de la réaction politique interna­tionale est frappante. La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des Sommets mondiaux sur l’environnement. Comme cela arrive ordinairement aux époques de crises profondes, qui requièrent des décisions courageuses, nous sommes tentés de penser que ce qui est en train de se passer n’est pas certain. Si nous regardons les choses en surface, au-delà de quelques signes visibles de pollution et de dégradation, il semble qu’elles ne soient pas si graves et que la planète pourrait subsister longtemps dans les conditions actuelles. Ce comportement évasif nous permet de continuer à maintenir nos styles de vie, de production et de consommation« . Un signal fort en direction des climatosceptiques, qui exercent une réelle influence aux Etats-Unis, où le pape se rendra en septembre et s’exprimera devant le Congrès.

Se libérer du consumérisme

Le pape engage à revisiter profondément notre vision du progrès : « Il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement. Il s’agit simplement de redéfinir le progrès. Un développement technologique et économique qui ne laisse pas un monde meilleur et une qualité de vie intégralement supérieure ne peut pas être considéré comme un progrès« . L’Encyclique stigmatise le consumérisme et la fausse liberté qui consiste à consommer, qui nourrit des formes d’égoïsme collectif. « L‘obsession d’un style de vie consumériste ne pourra que provoquer violence et destruction réciproque, surtout quand seul un petit nombre peut se le permettre ».

Sur les traces de Saint François d’Assise, François engage à « un retour à la simplicité » : « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples« . Les mouvements prônant le désinvestissement des énergies fossiles, tels que 350.org, estiment que l’encyclique climatique du Pape François va consolider leur poids moral et diffuser des initiatives de ce type au sein des communautés religieuses du monde entier. Au cours des derniers mois, des dizaines d’institutions religieuses ont retiré leurs investissements des entreprises produisant du charbon, du pétrole et du gaz. En mai, l’église d’Angleterre a annoncé avoir vendu pour 12 millions de livres sterling investis dans le charbon thermique et les sables bitumineux. Au total, plus de 220 institutions se sont engagées à se retirer des énergies fossiles, parmi lesquelles les communautés religieuses sont les plus nombreuses, rapporte 350.org. Pour le révérend Fletcher Harper, directeur de GreenFaith, un groupe environnemental interconfessionnel, « l’encyclique du Pape sera un puissant game-changer. Il met en lumière le fait que l’industrie des énergies fossiles est une dévastation.« 

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