COLLOQUE – Interreligieux climatique au Sénat

J’avais annoncé le colloque au Sénat. Plusieurs articles en ont rendu compte dans la presse. Voici déjà celui du Monde et un peu plus loin celui du magazine Terra Eco.

Le « plaidoyer » pour le climat des six religions de France

LE MONDE | 22.05.2015 à 10h59 • Mis à jour le 22.05.2015 à 15h00 | Par Cécile Chambraud

Les principaux cultes existant en France ont décidé de s’unir pour être audibles dans la préparation de la conférence de Paris sur les changements climatiques (COP21), qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre. François Hollande recevra le 1er juillet à l’Elysée les représentants des catholiques, des protestants, des orthodoxes, des musulmans, des juifs et des bouddhistes, qui, depuis 2010, se rencontrent tous les mois dans le cadre de l’informelle Conférence des responsables de culte en France (CRCF). Observant un jeûne ce jour-là, ils remettront au président de la République un texte commun interreligieux, un « plaidoyer » selon le terme utilisé par François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, qui assure la présidence tournante de la CRCF.Le MOnde Sénat Religions

Quel sera le contenu de ce texte ? Pour commencer à y travailler, la CRCF a organisé, jeudi 21 mai, au Sénat, à Paris, un colloque qui réunissait des représentants de ces six confessions. Ils y avaient convié Nicolas Hulot. L’envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète pouvait d’ailleurs se considérer comme pas tout à fait étranger à cette initiative. En février 2014, devant la crainte d’un « échec » de la conférence de Paris par manque de volonté des politiques, Nicolas Hulot avait appelé dans Le Monde les autorités religieuses à « provoquer un sursaut de conscience face à la crise climatique actuelle ».Pour contribuer à cette mobilisation, le militant écologiste s’est rendu trois fois au Vatican, a tenté de convaincre le pape d’aller au symbolique Mont-Saint-Michel lors d’un voyage en France initialement envisagé en 2015, et a aussi rencontré le patriarche de Constantinople Bartholomée.

« La crise climatique est l’ultime injustice »

Jeudi 21, Nicolas Hulot a exhorté les représentants français des religions à apporter une « dimension verticale » à la « profonde crise de civilisation » née du changement climatique. « L’âme du monde est malade, a-t-il affirmé. Vous avez des voix qui passent au-dessus du bruit de fond de la société. La crise climatique est l’ultime injustice. Elle affecte prioritairement les personnes en situation de vulnérabilité. Elle fait le lit de toutes les radicalisations et de tous les intégrismes. Pour la première fois dans l’Histoire, il y a un enjeu qui vaut pour toutes les sociétés, pour toutes les cultures. »

Les délégués des six confessions ont fait un constat partagé sur la profondeur de la crise et l’urgence d’y répondre. « Nous sommes dans une période favorable pour nous ressaisir et ne pas sombrer dans le catastrophisme. Un autre avenir est possible », a assuré Jean-Luc Brunin, l’évêque du Havre et président du conseil famille et société à la Conférence des évêques de France. Même si ces différentes familles spirituelles ne peuvent se prévaloir d’avoir été des précurseurs sur la question du changement climatique, les confessions chrétiennes travaillent le sujet depuis plusieurs mois, chacune de son côté. Les représentants des trois grandes religions révélées ont rappelé ce qui, dans les textes sur lesquels elles reposent, fonde leurs conceptions des rapports entre l’homme et la nature, notamment dans les récits de la Création. Certains ont estimé que les religions avaient peut-être laissé le champ libre à une interprétation qui oppose l’homme et son environnement et qu’il y avait place pour un travail théologique. « Une anthropologie humaine à repenser », a résumé Mgr Brunin.

« Savoir rassembler »

Après des mois marqués par les répercussions des attentats de janvier à Paris et les interrogations autour du djihadisme, les participants à cette initiative ont aussi apprécié de pouvoir se retrouver autour d’un sujet moins explosif. « Il faut saisir l’occasion de débats qui rapprochent dans notre société, observe Joël Mergui, président du Consistoire central. Dans une situation de crise, il est indispensable de savoir rassembler. » Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France, qui prendra la présidence du Conseil français du culte musulman le 30 juin, a exprimé son « bonheur » de ne pas être une fois de plus interrogé sur « des repas halal dans les cantines, le voile ou la longueur des jupes », sujets de controverses récurrentes.

En filigrane de cette initiative commune, les représentants des différentes confessions voient tout l’intérêt qu’ils peuvent avoir à se saisir d’un sujet comme le changement climatique, au moment où le contenu du principe de laïcité fait l’objet de polémiques incessantes. Pas religieux au sens strict, pas aussi clivant que les questions de bioéthique ou de pratiques sexuelles, il concerne par nature toutes les familles spirituelles. Aussi leur participation au débat public est-elle sans doute moins sujette à controverse.Sur le climat, a affirmé François Clavairoly, « les cultes ne se positionnent nullement en surplomb de la société comme des donneurs de leçon. Mais ils ne sont pas timides au point de s’effacer et ils collaborent avec les forces vives du pays ». « Inclure les religions dans la réflexion collective, c’est la plus belle laïcité », a affirmé le grand rabbin de France, Haïm Korsia.

Voici le CR du magazine TERRA ECO

L’écologie enfin en odeur de sainteté

Qui de Bouddha, de Dieu ou d’Allah se soucie le plus du climat ? Le 21 mai les représentants de six confessions planchaient sur un plaidoyer commun en vue de la COP21. Derrière un volontarisme partagé, le défi climatique bouscule des certitudes.

Les religions aiment les arbres. Le quidam qui, ce jeudi 21 mai, aurait franchit par hasard la porte du colloque « Le Climat : quel enjeu pour les religions ? » sans en connaître l’intitulé, pourrait voir dans cette déclaration d’amour au végétal le message clé de la journée. « Chaque musulman qui plante un arbre, accomplit un acte de charité », explique Tarik Bengazai, assis ce matin au troisième sous-sol du Sénat pour représenter l’Islam. « Si tu es en train de planter un arbre et qu’on t’annonce la venue du Messie, le Messie attendra », rappelle le rabbin Michaël Azoulay qui porte la voix du judaïsme. L’Eglise orthodoxe, elle, prend de la hauteur, « qui aime la création, aime les créatures », sermonne Monseigneur Emmanuel, le président des évêques orthodoxes de France. A la tribune, kippa et robe bouddhiste se côtoient. Catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, bouddhistes et musulmans, les représentants de six confessions piochent tour à tour dans leurs versets pour démontrer l’écolo-compatibilité de leur foi.

« Ce colloque inaugure la collaboration inter-religieuse vers la COP21 ( la conférence internationale sur le climat qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain NDLR) », précise François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France. Le pasteur préside également la Conférence des responsables de cultes en France (CRCF) qui, depuis cinq ans, réunit régulièrement les instances religieuses pour des discutions informelles. Ce mois-ci, le rendez-vous est crucial : la CRCF planche sur un plaidoyer inter-religieux qu’elle remettra le 1er juillet à François Hollande. L’idée ? User de son «  autorité morale », pour dire sa préoccupation face à l’enjeu climatique et pousser les décideurs à l’ambition en vue de la COP21. Devant la grandeur de la tâche, l’Assemblée est ravie. Surtout Anouar Kbibech, le président du rassemblement des musulmans de France, « content de ne pas répondre sur des questions polémiques de repas de substitution ou de longueur de robes à l’école ». Chez les protestants, Martin Kopp y voit une opportunité d’apaisement. « Depuis les événement de Charlie Hebdo, les religions sont sur la défensive, le climat est un sujet sur lequel on peut montrer que nos voix peuvent aussi peser positivement. »

Avec Shabbat, 52 jours sans voitures par an

Commence alors la surenchère. A la tribune, la Fédération protestante de France (FPF) ne manque pas de rappeler qu’elle vient de publier Les changements climatiques (Editions Olivetan, 2014), un petit livre « vendu 8 euros » précise Martin Kopp. Dans la salle, le membre d’une association chrétienne brandit Enjeux et défis écologiques pour l’avenir (Editions du cerf, 2012), l’ouvrage des évêques catholiques. « Et nous c’est 3 euros », nargue-t-il. Eclats de rire dans la salle. Sur l’estrade Anouar Kbibech fait profil bas. « Côté musulman nous n’avons pas produit de littérature sur la question, on a sans doute moins pris conscience de l’urgence, dans les mosquées on parle peu d’environnement », confesse-t-il. Dans la chorale des bons élèves, Monseigneur Brunin rappelle la sortie en juin de l’encyclique sur l’Ecologie humaine du pape François tandis que le représentant du judaïsme tente de voler la vedette au moine bouddhiste. « Les associations écologistes peinent à imposer un jour sans voiture par an… Ce n’est pas pour dire mais avec Shabbat nous avons 52 jours sans voitures par an, et même 60 en comptant les jours de fête », souligne Michaël Azoulay. Les protestants rappellent que l’union de ses églises d’Alsace-Lorraine subventionne les investissements en faveur de l’environnement à hauteur de 20%. De quoi refaire l’isolation des presbytères.L’ambiance est bon enfant. Par moment pourtant, l’autosatisfaction laisse poindre des mea-culpa. La Genèse ne dit-elle pas « Remplissez la Terre, dominez là, soumettez là » ? « On a un peu oublié la suite « “ soignez là, préservez là ” », reconnaît le rabbin Michaël Azoulay. Au nom de l’Eglise catholique, Christine Lang opine : « L’accent a été mis sur l’humain comme être supérieur par excellence, on a oublié qu’il n’existe que dans son environnement. » L’enjeu climatique malmène la vision anthropocentrée du monde que véhiculent la plupart des confessions monothéistes. « Les religions nous ont autorisés à exploiter de façon éhontée la nature. Aujourd’hui elles découvrent que l’homme peut être victime de cette exploitation », résume Jérôme Bignon, président du groupe de travail du Sénat sur le climat et l’environnement.

Bouddha, lui, savait déjà

Fort de cet examen de conscience, les responsable religieux changent de braquet. « Il faut passer d’une logique d’exploitation à une logique de préservation », reconnaît Michaël Azoulay. « On ne peut aller vers un monde décarboné en cherchant une croissance infinie, il faut retrouver les valeur de modération, de sobriété qu’on a perdues », développe Martin Kopp. Silencieux au bout de l’estrade le moine bouddhisme regarde ses collègues avec compassion « On observe en ce moment une évolution de la perception de la nature chez certaines religions monothéistes », se félicite Olivier Reigen Wang-Genh. Bouddha, lui, savait déjà. « L’être humain fait un avec la nature, on ne peut pas l’extraire de son ensemble », rappelle le président de l’union bouddhiste de France. L’écologie ? « Un bouddhiste tombe dedans quand il est petit. »Soucieux de ne pas rester sur la touche, ses acolytes donneront de leur personne. Lorsqu’ils présenteront leur plaidoyer au président de la République, le 1er juillet prochain, ils jeûneront pour montrer leur détermination. Ils réfléchissent à inviter François Hollande à faire de même. Et « même si le jeûne n’est pas vraiment le truc des protestants », le pasteur Clavairoly ne fera pas exception.

Mais l’examen de conscience a ses limites. Les cultes français envisagent-ils d’exclure tout investissement de leurs deniers dans certains secteurs polluants, comme le fait l’Eglise anglicane ? Le président de la CRCF botte en touche « vous ne devez pas être consciente de l’état des finances des églises », rétorque-il à la journaliste de Pèlerin magazine qui l’interrogeait. Quant à la révolution théologique… « Protéger l’environnement ce n’est pas renier la centralité de l’homme, nuance Michaël Azoulay, c’est quelque chose que nous devons faire, ne serait-ce que par opportunisme. » L’accusation d’anthropocentrisme fait également tiquer le grand Rabbin de France, Haïm Korsia « L’impératif d’attention à la nature ne doit pas exclure l’homme, rappelons nous que les textes disent l’homme est comme l’arbre des champs ». Ça faisait longtemps…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s