TERRES – A l’ombre des palmiers, un vent de révolte

Le réseau Foi et Justice Afrique Europe, qui rassemble des religieux catholiques engagés sur le terrain, me signale une campagne en cours au Cameroun et quelques autres pays, sur l’accaparement des terres. Où il est question d’un certain groupe Bolloré…

Pour comprendre cette mobilisation internationale, voici quelques éléments d’informations. On peut rappeler en passant que le groupe Bolloré est un puissant groupe industriel français, engagé dans de nombreux domaines dont la logistique, les transports et même la presse… Il n’en reste pas moins méfiant à l’égard des journalistes, puisqu’il a régulièrement attaqué en diffamation certaines enquêtes publiées sur ce sujet depuis 2011.

Extrait d’un courrier envoyé au président de la Socfin en mars dernier

Nos organisations représentent des milliers de personnes affectées par les privations des terres liées à l’implantation de vos plantations dans cinq pays. Elles sont nées d’un patient travail d’organisation pour recenser les problèmes de chaque village et réunir tous les leaders locaux soucieux d’agir pour chercher une solution définitive à ce conflit qui dure depuis de nombreuses années dans les différents pays. Nous savons que les directeurs opérationnels des plantations préfèrent généralement traiter avec les chefs traditionnels et les élus locaux. Vous n’êtes pas sans savoir que nombres de ceux-ci sont malheureusement victimes de la corruption massive qui gangrènent les autorités publiques de nos pays comme le reconnaissent toutes les études internationales. Tous les chefs ne sont pas corrompus et plusieurs sont d’ailleurs membres des organisations qui constituent l’Alliance. Mais c’est cet état de fait qui a empêché jusque-là les plateformes dialogue d’être le lieu de résolution des conflits. Pour faire évoluer cette situation insatisfaisante et combattre les multiples injustices dont ils se sentaient victimes depuis des années, les habitants des villages riverains ont créé des organisations locales et nationales. Parce que notre situation nous a paru similaire de la Sierra Leone au Cambodge, nous nous sommes alliés au niveau international afin de constituer un interlocuteur à la hauteur de la Socfin et du groupe Bolloré.

La négociation nous semble la seule voie de sortie raisonnable et nous vous enjoignons à nouveau à ouvrir cette voie. Le non-respect des promesses nées de la rencontre avec le groupe Bolloré en octobre 2014 a exacerbé les frustrations des populations locales que nous représentons qui n’aspirent à rien d’autre qu’à la paix et la justice. Sachez que nous sommes déterminés à aller jusqu’où il sera nécessaire pour obtenir la reconnaissance de nos droits. Nous organiserons de nouvelles actions collectives dans tous les pays tant que vous ne nous aurez pas témoigné votre volonté d’ouvrir la discussion pour trouver des solutions communes. Nous agirons en toute responsabilité pour éviter la violence et les débordements. Mais si de tels évènements devaient survenir, vous en porteriez une responsabilité certaine.

Par ailleurs, nous nous permettons de vous rappeler la première revendication exprimée le 24 octobre : la mise en place d’une évaluation tripartite des conflits fonciers avec l’appui d’une expertise indépendante. Nous partions du principe qu’il était nécessaire de se mettre d’accord sur les problèmes, avant de se mettre d’accord sur les solutions. Nous regrettons que vous ne partagiez pas ce qui semblait relever du bon sens au Groupe Bolloré et aux représentants de l’Alliance. Nous sommes néanmoins disposés à entendre vos propositions alternatives.

Et une synthèse des éléments du dossier actuel tel qu’il est présenté par le réseau React

La Socfin est une holding luxembourgeoise dont l’actionnaire principal est le groupe Bolloré (39% des parts). Cette holding détient des plantations industrielles de palmiers à huile et d’hévéas dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie. Depuis 2008, les expansions de ces plantations sont continues. Les surfaces plantées des sociétés africaines de la Socfin sont passées de 87 303 à 108 465 ha entre 2011 et 2014, soit une augmentation de 24%. Ces expansions provoquent de graves conflits avec les populations riveraines qui sont privés de terres et voient leurs conditions de vie sans cesse se dégrader. Dans plusieurs pays, les paysans et villageois propriétaires des terres réquisitionnées, se mobilisent pour protester contre les conditions d’implantation et d’exploitation de ces plantations.

Des organisations de défense des droits des riverains des plantations du groupe existent aujourd’hui au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Liberia, en Sierra Leone, au Cambodge. Ils se sont regroupés en Alliance Internationale pour échanger des informations, des expériences, et unir leurs forces pour être capable de se hisser à la hauteur de cette entreprise multinationale. Les négociations avec les directions locales menées depuis 2008 ayant trop souvent mené à une impasse, il s’agit de négocier directement avec la direction générale du groupe pour trouver une solution durable à ce conflit. L’Alliance Internationale des Riverains des plantations Bolloré-Socfin s’est concrétisée le 5 juin 2013, jour de l’assemblée générale des actionnaires du groupe Bolloré, lors d’une journée d’actions collectives simultanées dans les différents pays. Depuis lors, les représentants des riverains n’ont eu de cesse de demander une rencontre avec les représentants du groupe qui contrôle ces plantations pour parvenir à une résolution des conflits et faire entendre leurs revendications. Un premier pas a été fait de la part du groupe Bolloré, qui a accepté une négociation internationale à Paris le 24 Octobre 2014, avec les représentants des organisations des 5 pays membres de l’Alliance des Riverains. Malheureusement, plusieurs mois après cette rencontre, les engagements pris par le groupe Bolloré n’ont pas pu être tenu, et le groupe Socfin refuse tout dialogue avec les organisations représentatives des communautés riveraines. Ces derniers ont lancé une dernière tentative pour nouer le dialogue avec le groupe Socfin le 16 Mars 2015. En refusant de répondre, le groupe Socfin a démontré son refus de dialoguer pour résoudre les conflits présents sur le terrain. Les paysans et riverains lancent donc une série d’actions collectives coordonnées dans les cinq pays concernés afin de contraindre le groupe à ouvrir les négociations et révéler au grand jour les injustices qu’ils subissent.

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