ECOLOGIE – Vers de nouveaux liens avec notre terre

gralletLe texte date de l’année dernière, mais il reste intéressant. Il s’agit d’une conférence donnée par Mgr Grallet, évêque de Strasbourg… et Franciscain par ailleurs, en avril 2014. Un évêque potentiellement en première ligne donc sur des questions liées par exemple au futur démantelement de Fessenheim, la plus vieille centrale nucléaire de France.

En espérant que cette conférence pourra aider à fonder en Alsace une conscience plus active encore au sein des communautés catholiques sur les urgences écologiques, aussi bien du côté de la protection du Ried, du maintien de la biodiversité dans l’Alsace bossue que de la protection des populations allemandes, suisses et françaises, dans cette belle région qui est aussi lovée sur une des plus grandes nappes phréatiques d’Europe…

 

UNE APPROCHE CHRÉTIENNE DE L’ÉCOLOGIE

Il n’y a pas d’écologie qui ne soit globale : Terre, Homme et Dieu, Créatures et Créateur sont étroitement liés. Respecter la terre, c’est respecter l’Homme. Aimer l’humanité, c’est aussi aimer la terre. Tous les êtres sont nés sur une même terre, terre mère, terre nourricière. Une même destinée, une même solidarité les unit. Cette solidarité est au cœur de la question écologique. En 1987, Jean-Paul II rappelait déjà : « Nous formons une seule famille humaine. Nous sommes frères et sœurs… Nous sommes appelés à reconnaître la solidarité fraternelle de la famille humaine comme la condition essentielle de notre vie commune sur terre » (Jean-Paul II, 1987, Journée Mondiale de la Paix).

À son tour, Benoît XVI avertit qu’il ne saurait y avoir d’écologie de la nature sans écologie de l’homme. « L’Église a une responsabilité envers la Création et doit la faire valoir publiquement aussi. Ce faisant, elle doit préserver non seulement la terre, l’eau et l’air comme dons de la Création appartenant à tous, elle doit aussi surtout protéger l’homme de sa propre destruction. Une sorte d’écologie de l’homme, comprise de manière juste, est nécessaire. La dégradation de l’environnement est en effet étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine : quand l’ « écologie humaine » est respectée dans la société, l’écologie proprement dite en tire aussi avantage… « .

Le livre de la nature est unique et indivisible, qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral. Les devoirs que nous avons vis-à-vis de l’environnement sont liés aux devoirs que nous avons envers la personne considérée en elle-même et dans sa relation avec les autres. On ne peut exiger les uns et piétiner les autres. C’est là une grave antinomie de la mentalité et de la praxis actuelle qui avilit la personne, bouleverse l’environnement et détériore la société » (Caritas in veritate, 51). Nous le recevons, ce « grand livre ». Chaque génération continue à en être la lectrice, par le croisement des multiples regards des philosophes, des scientifiques, des femmes et des hommes de bonne volonté. Chaque génération en est aussi la rédactrice, par ses choix et ses engagements. Il induit, puisqu’il est unique, une vision globale dont découlent des changements de comportements et des relations nouvelles.

Relations nouvelles entre tous les hommes

 Puisque nous formons une seule famille humaine, nous devons nous préoccuper les uns des autres, veiller à partager les biens et à en user de façon respectueuse des besoins de tous. La solidarité entre tous, entre riches et pauvres, entre pays du nord et du sud, entre générations présentes et générations futures, cette solidarité, à vivre dans des structures économiques et politiques justes, est étroitement liée à l’instauration d’une écologie globale. « Nous devons avoir soin de l’environnement », dit le Pape Benoît XVI ; « il a été confié à l’homme pour qu’il le garde et le protège dans une liberté responsable, en ayant toujours en vue, comme critère d’appréciation, le bien de tous… Il ne faut pas que les pauvres soient oubliés, eux qui, en bien des cas, sont exclus de la destination universelle des biens de la Création… Si la protection de l’environnement a des coûts, il faut qu’ils soient répartis de manière juste, en tenant compte des différences de développement des divers pays et de la solidarité avec les générations futures… L’alliance entre l’être humain et l’environnement doit être le miroir de l’amour créateur de Dieu, de qui nous venons et vers qui nous allons » (Message pour la Journée Mondiale de la Paix – 1er janvier 2008).  Aujourd’hui,, c’est le Pape François qui relaie cet appel : « Nous aimons cette magnifique planète où Dieu nous a placés et nous aimons l’humanité qui l’habite avec tous ses drames et ses lassitudes, avec ses aspirations et ses espérances, avec ses valeurs et ses fragilités. La terre est notre maison commune et nous sommes tous frères » (La Joie de l’Évangile, novembre 2013).

 

 

  1. Relations nouvelles avec Dieu

 Si l’homme est si dur avec son frère, n’est-ce pas parce qu’il s’est coupé de Dieu ? Si le cœur de l’homme est si sec, n’est-ce pas parce qu’il n’est plus greffé au cœur aimant de Dieu ? Ne sachant plus que Dieu est leur père, beaucoup ne savent plus qu’ils sont frères et sœurs, membres d’une même famille, créatures d’un même créateur, enfants aimés d’un même père. L’ignorance de Dieu conduit l’homme à l’ingratitude envers Lui, et souvent à la dureté avec ses semblables. La prière d’action de grâce des chrétiens doit pouvoir exprimer l’attitude juste de l’homme face à Dieu, face à la nature et face à ses semblables, comme le rappellent déjà les Psaumes de la Bible.

 

Le Rituel de l’Église catholique prévoit déjà beaucoup de prières de bénédiction, au début des semailles ou à la fin des récoltes, devant les éléments précieux de la nature, la terre, l’air, l’eau et le feu, ou face aux animaux. Une relecture juste des récits bibliques de la Création nous rappelle que le Créateur nous a placés au centre du jardin, non pas pour le négliger et en abuser, mais pour l’entretenir et en user avec le respect, sens du partage et souci des générations futures. C’est une offense faite à Dieu que de négliger et mépriser sa Création. C’est aussi une offense mutuelle que nous nous faisons les uns aux autres, humains, animaux, végétaux et minéraux, tous créatures d’un unique Créateur. La liturgie eucharistique où l’action de grâce et l’offrande sont si présentes, contribue à une vision écologique globale où Dieu est au centre, la nature respectée, l’homme, aimé. Depuis le Rassemblement œcuménique européen de Bâle de 1989, et ceux qui l’ont suivi (Graz, Sibiu), une même prise de conscience des chrétiens de toutes confessions s’est faite jour. Il est important que nous proposions aux chrétiens des célébrations œcuméniques et des actions communes.

 

 

 

 

 

  1. Relations nouvelles avec toute la Création

 Notre humanité a un urgent besoin de gens responsables et solidaires, d’économistes et d’ingénieurs, de juristes et de politiques, d’éducateurs et de paysans, d’artistes, de poètes et de mystiques, réconciliés avec leur condition d’enfants de la terre. Elle a besoin de vrais jardiniers. La Création de Dieu a besoin de toutes ses créatures et d’une harmonie fraternelle régnant entre toutes. Pour changer notre monde, changeons nos cœurs ! Il y a donc une conversion à faire, un sursaut moral majeur, un changement radical de nos façons de penser, de communiquer et de nous déplacer, de travailler et de consommer. Il est temps d’associer à nouveau, goût de vivre et sobriété, usage et respect, bonheur et simplicité ! Maintenant que les alertes ont été lancées, les études et déclarations faites, les plans d’action collective sont désormais nécessaires, comme le sont les actions de chaque citoyen –et donc de chaque chrétien– dans tous les domaines de la vie quotidienne ; et ceci pour consommer mieux, partager davantage et prévoir en solidarité avec tous les humains, d’aujourd’hui et de demain. De nouveaux liens sont donc à faire avec la nature, avec nos frères et sœurs et avec Dieu. N’est-ce pas ce qu’avait compris Saint François d’Assise, Patron des Écologistes, lui qui, au prix d’une courageuse désappropriation, fit de toute sa vie une vaste œuvre de réconciliation et de fraternité et qui, dès lors, pouvait chanter :

 

« Loué sois-tu, mon Seigneur, dans toutes les créatures. Spécialement Messire frère Soleil…        Loué sois-tu pour sœur Lune et les Étoiles… Pour frère Vent, pour sœur Eau et pour frère Feu… Oui, loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, les fleurs diaprées et les herbes… »   (Cantique de frère Soleil)

 

 

 

 

 

+ Jean-Pierre GRALLET, Archevêque de Strasbourg, membre du groupe de travail, « Écologie et Environnement »de la Conférence Épiscopale Française,                                                    Avril 2014

 

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