ROME – Rendu de copie prochaine

59070_pape-francois-ecologieSébastien Maillard, correspondant du journal La Croix à Rome (Italie) fait le point sur l’avancement de la rédaction de l’encyclique du pape François sur l’écologie. Nous entrons dans une semaine décisive, tatatataaa ! ;p

Le pape François met la dernière main à son encyclique

Le pape se consacre entièrement cette semaine à terminer son encyclique sur l’écologie humaine, dont la publication reste attendue pour « juin-juillet »

Le Vatican a indiqué que le pape avait limité ses engagements publics cette semaine du 23 mars afin de se consacrer entièrement à sa prochaine encyclique consacrée à l’écologie humaine. Seule l’audience hebdomadaire du mercredi 25 mars est maintenue, ainsi que les messes quotidiennes à sa résidence vaticane de Sainte-Marthe. « Je prendrai une semaine entière au mois de mars pour la terminer », avait prévenu le pape François lors de sa conférence de presse du 15 janvier dernier, dans le vol Colombo-Manille.

Le pape avait alors détaillé sa méthode de travail. Une première ébauche de la future encyclique a été jetée par le Conseil pontifical justice et paix (l’un des dicastères de la Curie romaine), présidé par le cardinal Turkson. Le pape a travaillé à partir de cette base, enrichie ensuite par l’apport de théologiens. « J’ai envoyé une copie à la Congrégation pour la doctrine de la foi (autre dicastère de la Curie, NDLR.), à la deuxième section de la Secrétairerie d’État (du Saint-Siège, NDLR.) et au théologien de la Maison pontificale, afin qu’ils vérifient bien que je n’aie pas dit de sottises », avait-il alors énuméré. Avant Noël, il a reçu leurs réponses « dont certaines étaient très longues, mais toutes constructives ».

Calendrier de travailLe travail de cette semaine constitue la dernière étape avant le long travail de traduction du texte. « Je crois que d’ici à la fin du mois de mars, elle sera finie et envoyée aux traducteurs », avait estimé le pape devant la presse, toujours le 15 janvier, ajoutant : « Je pense que si le travail de traduction se passe bien, elle pourra sortir en juin-juillet ». « L’important est qu’il se passe un peu de temps entre la sortie et la rencontre de Paris (conférence sur le climat en décembre prochain, NDLR.), afin qu’il s’agisse d’une contribution », expliquait-il alors. Selon une source ayant travaillé directement à la première ébauche de l’encyclique, celle-ci devrait porter un regard intégral sur l’écologie et lier cette question à la pauvreté. Le Saint-Siège devrait être représenté à la prochaine conférence de Paris sur le climat. De source diplomatique vaticane, le cardinal Turkson devrait y participer.

Sébastien Maillard (à Rome), 23/3/15 – 15 H 22

Occasion aussi d’évoquer un article d’il y a quelques semaines de l’ami Olivier Nouaillas, du magazine La Vie qui fait un état des lieux.

En 2015, le Pape veut changer le climat

Son dernier déplacement de l’année 2014, Nicolas Hulot, l’envoyé spécial du président français pour la protection de la planète, l’a réservé au Vatican. Tout un symbole pour lui de voir se concrétiser son appel « aux forces spirituelles de s’emparer de la question climatique ». En visite là-bas le 16 décembre, pour la troisième fois depuis sa prise de fonction, Nicolas Hulot a, en effet, estimé que sur le front de l’écologie « il voit monter en puissance l’Eglise » et qu ‘il « rencontre une complicité ». Et de se féliciter que le pape continue de travailler à une encyclique sur l’écologie.

C’est peu dire que la publication de cette encyclique est attendue, bien au-delà du monde catholique. D’abord parce que c’est la première fois qu’un pape s’exprimera sur l’écologie dans le cadre d’une encyclique, la mettant de fait en tête des nouvelles priorités de l’Eglise. Ensuite, parce que l’audience de ce nouveau pape – aussi populaire chez les non-croyants que chez les croyants – peut grandement aider à peser sur la mobilisation de l’opinion publique mondiale dans le cadre de la grande conférence des Nations-Unies sur le changement climatique, prévue à Paris, début décembre 2015. Et où il s’agira pour les délégations des 195 pays présents de trouver un accord mondial pour réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre pour préserver les équilibres écologiques de la Planète. Ni plus, ni moins…

D’ailleurs, sur un de ses derniers messages publiés en 2014 sur @Pontifex, son compte twitter, le pape François a été on ne peut plus clair :

Ce tweet pontifical a relancé les spéculations sur la date de la publication de son encyclique sur l’écologie, annoncée début 2014 et toujours en cours de finition. D’autant plus que ces spéculations ont été relancées par la proximité du prochain voyage que le pape doit effectuer aux Philippines du 15 au 19 janvier. Un pays où est très actif Yeb Sano, un des négociateurs philippins sur le climat, lui-même catholique pratiquant et initiateur du mouvement oecuménique « Jeune pour le climat » et qui a ses entrées auprès des responsables du conseil pontifical « Justice et paix » au Vatican, notamment auprès de Mgr Mario Toso, très actif sur cette prise de conscience climatique.D’ailleurs, au cours de son prochain voyage aux Philippines, une importance place a été réservée au pape Francois pour des rencontres avec des rescapés du typhon Haiyan, qui avait dévasté l’archipel en novembre 2013 avec des vents soufflant à plus de 380 km/h ! Du jamais vu à l’échelle de la Planète et certainement une des premiers signes de  » l’intensification des évènement climatiques extrêmes » annoncée et tant redoutée par les scientifiques du Giec.

Pour le moment, la date de la publication de l’encyclique reste un mystère : le pape la rendra-t-il publique au cours de ce voyage lors de sa rencontre le 17 janvier avec les rescapés de Tacloban , une des villes les plus dévastées par le typhon Haiyan ? Ou bien lors d’une seconde visite aux Philippines qu’un article récent du Guardian évoque (en anglais) pour le mois de mars ? Des Philippines qui occupent d’ailleurs un rôle central dans cette sensibilisation à la question climatique puisque Nicolas Hulot doit également s’y rendre du 19 janvier au 26 janvier pour y préparer une autre visite, celle de François Hollande, prévue fin février là-bas … Mais il se pourrait également que l’encyclique du pape soit publiée « au printemps à Rome », comme d’autre sources vaticanes l’affirment. En tout cas, Philippines ou pas, l’ intention du pape François d’y aborder de plein fouet la question de la lutte contre le changement climatique ne fait, elle, aucun doute.

Ainsi, lors de la sa visite au Vatican, le Cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, a confirmé à Nicolas Hulot que le Pape souhaitait que « les chefs d’Etats et de gouvernement réunis lors de la conférence de Paris parviennent à un accord ambitieux », relate Dominique Greiner sur son blog La doctrine sur le fil. « Nous partageons votre préoccupation, a-t-il ajouté. Au fond, c’est une question spirituelle et éthique que nous avons tenter d’écarter mais elle revient. » D’ailleurs, le 23 septembre 2014, lors du Sommet de l’ONU sur le climat qui s’est déroulée à New-York, ce même cardinal Parolin, avait prononcé un discours qui pouvait donner, en creux, le contenu de l’encyclique.

Avec ce constat sur la responsabilité nouvelle des États qui doivent protéger non seulement « le climat du monde à travers des mesures d’atténuation et d’adaptation, ainsi que le partage des technologies et de savoir faire » mais aussi « notre planète et la famille humaine, en assurant que les générations futures et présentes ont la possibilité de vivre dans un environnement sûr et digne ». Et d’affirmer que « le changement climatique devient une question de justice, de respect et d’équité, une question qui doit éveiller les consciences. » Un Nicolas Hulot qui avoue également avoir été impressionné par les propos d’un autre cardinal, Mgr Vincenzo Paglia, en charge du conseil pontifical pour la famille, et qui lui a confié qu’il entendait, lors des 7e rencontres de la famille, prévue à Philadelphie en septembre 2015, rappeler aux familles « qu’elles ont en charge l’environnement. »

Cette volonté de lier la lutte contre le changement climatique à celle contre la pauvreté semble au cœur des préoccupations pontificales. Ainsi le même article du Guardian évoque la volonté du pape de se rendre lui-même devant l’assemblée générale de l’ONU, à New-York, en septembre 2015, trois mois avant la conférence de Paris, pour participer « à un sommet mondial des leaders religieux pour appuyer un appel aux leaders politiques pour qu’ils lient les questions environnementales à celle de lutte contre la pauvreté ». L’objectif étant d’établir un lien direct entre la lutte contre le changement climatique, notamment dans les pays en voie de développement, et les objectifs du Millénaire (accés à l’eau potable, lutte contre la faim, etc…) défendus de longue date par les Nations-Unies.

Ce que le pape avait lui-même dit à des mouvements populaires paysans d’Asie et d’Amérique Latine, proche de Via Campesina (dont fait partie en France la Confédération paysanne), reçues au Vatican le 28 octobre dernier, comme le relève Dominique Lang sur son blog Eglises et Ecologies. Un discours qui est passé à l’époque inaperçu mais dont le contenu est particulièrement fort : « Un système économique axée sur le dieu argent a aussi besoin de piller la nature pour soutenir le rythme frénétique de consommation qui lui est propre, dénonçait alors le pape. Le changement climatique, la perte de la biodiversité, la déforestation font déjà apparaître leurs effets dévastateurs dans les grandes catastrophes naturelles auxquelles nous assistons et ceux qui en souffrent le plus c’est vous, les humbles, vous qui vivez près des côtes dans des logements précaires ou qui êtes vulnérables économiquement, au point de tout perdre lors d’une catastrophe naturelles.

« Frères et sœurs, poursuivait le Pape François, la Création n’est pas une propriété dont nous pouvons disposer selon notre bon vouloir ; et encore moins la propriété de quelques personnes seulement, d’un petit nombre. La Création est un don, c’est un cadeau, un don merveilleux que Dieu nous a donné pour que nous en prenions soin et l’utilisions au profit de tous, toujours avec respect et gratitude ». Aucun doute : si la date de la publication de l’ encyclique sur l’écologie reste encore inconnue, son contenu ne sera pas écrit à l’eau tiède.

Olivier Nouaillas, Créé le 31/12/2014 / modifié le 06/01/2015 à 15h28

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