ECOLOGIE – Prémices irlandaises d’une encyclique

Le cardinal Turkson, président du Conseil pontifical Justice et paix, à Rome, est bien placé pour commenter l’avancement de l’encyclique à venir sur les questions environnementales. C’est ce qu’il a fait mardi, au cours d’une rencontre en Irlande.

Drop in the Ocean? Ireland and Climate Change from Trocaire on Vimeo.

La rencontre se déroulait à l’Université pontificale Saint-Patrick, à Maynooth (Irlande), pour une conférence de Carême sur le thème des sécheresses et du changement climatique, organisée par Trocaire, l’agence pour le développement de la Conférence des évêques irlandais. Le cardinal ghanéen a d’abord rappelé que la « miséricorde » (trad. de l’irlandais trocaire) est un mot clé du ministère du pape actuel. De quoi inventer les conditions d’une « révolution de la tendresse » et de nouvelles solidarités internationales. Les inégalités mondiales et la destruction de l’environnement « constituent les menaces les plus graves pour la famille humaine aujourd’hui », a t-il lancé.

Et de donner quelques pistes pour le contenu de l’encyclique à venir. Une encyclique qui doit explorer les liens entre attention à la Création, développement humain intégral et soucis des plus pauvre. Les termes d’une « écologie intégrale » que le cardinal soutient de ses voeux. Il repère ainsi 4 attitudes clé : un appel à une attitude de gardiennage qui soit intégral et total ; une attention au soin à la Création et à l’humanité qui relève d’une vertu fondamentale ; une nécessité à protéger ce que nous chérissons et honorons ; un besoin de dialogue et d’une nouvelles solidarité globale, où chacun puisse prendre sa part. De manière à protéger « à la fois la Création et la personne humaine ». Les deux priorités interdépendants qui sont au coeur d’un développement humain durable authentique ».

Le Cardinal Turkson a rappelé avoir fournit des documents au pape en aout dernier en ce sens pour la rédaction en cours. Depuis lors, de nombreux autres acteurs ont apporté leur contribution, laissant ouvert ce que sera le contenu précis du texte papal. En tout cas, le texte du pape -un pape qui dès sa messe inaugurale, pour la saint Joseph, avait souligné son attention aux urgences écologiques- fera écho à la crise en cours décrite par de nombreux scientifiques et groupes à travers le monde. Le pape cherche à « réchauffer l’espérance », au milieu des « Hérodes » d’aujourd’hui, fasciné par la destruction et la mort cachées derrière les progrès actuels du monde. « Il ne s’agit pas d’un programme de ‘verdissement’ de l’Eglise ou du monde, souligne le cardinal. C’est une vision de soin et de protection qui englobe la personne humaine et l’environnement humain dans toutes leurs dimensions. » Les critiques très vives du pape ne relèvent pas de l’analyse politique mais biblique du monde.

« Le pape pointe du doigt le fait qu’être un protecteur de la Création, des pauvres ou de la dignité de toute personne humaine est une attitude sine qua non de l’être chrétien, de l’humanité accomplie. Il indique les nombreux signes dans la nature qui suggèrent que l’humanité a exploité de trop et pas assez protégé, que notre relation avec le Création, avec notre voisin, notamment le plus pauvre, et avec l’environnement s’est trop relâchée et que nous sommes désormais à un niveau sérieux de risque de dégradations concomitantes sur le plan de l’humanité, de l’environnement et des relations. »

L’encyclique parlera-t-elle du réchauffement climatique ? Dans un grand écart très cardinalesque, le prélat a, à la fois, reconnu le consensus scientifique établi par les chercheurs du GIEC (il qualifie le dernier rapport du GIEC d’ « exigeant et interpellant ») sur la responsabilité anthropique des dérèglements en cours, et rappelé qu’il restait des débats en cours parmi certains milieux.

« L’origine de ces phénomènes sont ils le fruit de processus cycliques naturels ou des activités humaines ? Ou peut être des deux ? Ce qui n’est pas contesté en tout cas, c’est que notre planète se réchauffe. »

 

Comme on pouvait s’y attendre, l’encyclique ne tranchera donc probablement pas sur ce point. Mais insistera surtout sur la responsabilité des chrétiens à prendre soin de la Création qui devient plus que jamais un devoir. « Prendre soin de la Création, développer et vivre une écologie intégrale comme base du développement et de la paix dans le monde est un devoir chrétien fondamental », a encore insisté le cardinal Turkson soulignant la nécessaire « conversion morale » et le « changement de coeur » qui sera nécessaire. Car, pour l’heure, les inégalités sociales se creusent, les émissions de CO2 continuent d’augmenter, tout comme la déforestation, la perte de la biodiversité et l’épuisement des ressources en eau douce. Seule une conversion du coeur pourra inverser la tendance, bien plus que de simples traités techniques. « Laisser la foi hors de ces débats ruine une source vitale et puissante de sens et d’action dans l’effort commun à faire pour prendre en compte le changement climatique et le développement durable. » Il appelle ainsi de ses voeux que la voix des expériences et des sagesses traditionnelles puissent être entendues car elles seront plus puissantes que de simples approches scientifiques, économiques ou politiques. C’est à la lumière des Béatitudes que ces conversions pourront s’opérer vraiment, au bout du compte.

DL

PS : Le cardinal Turkson a aussi souligné à quel point l’année 2015 serait une année charnière du fait des divers rendez-vous à venir : sommet sur le climat à Paris, en décembre 2015 ; mais aussi la 3e conférence international pour le financement du développement, en juillet à Addis Ababa (Ethiopie) et l’assemblée générale de l’ONU en septembre.

Source : art. Brian Roewe NCR

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