PAPE – Face au typhons naturels… et aux autres

2015 Pape PhilippinesOn attendait ferme les propos du pape au cours de son voyage aux Philippines. Tout particulièrement, lors de son séjour sur l’île de Leyte, dans la région qui a souffert le plus du passage du typhon Hayan en novembre 2013. Ses déclarations sont restées limitées, gardant le meilleur sans doute pour l’encyclique à venir. Pour autant, on lit bien entre les lignes que le constat pour lui est clair. Retour sur quelques déclarations.

Bien sûr, il y a eu les propos sur la liberté d’expression (devenu le signe ultime de la modernité et de la liberté pour des Français meurtris par le terrorisme). Mais le pape a aussi évoqué, au cours du vol qui le menait du Sri Lanka à Manille, le but premier de son voyage aux Philippines : l’attention aux « pauvres » : « Les pauvres qui veulent aller de l’avant, qui ont souffert et souffrent encore, les pauvres qui ont la foi, l’espérance ». Et d’égrainer les souffrances familiales provoquées par l’émigration économique, l’exploitation des enfants etc.

C’est dans cette perspective là qu’il faut comprendre aussi sa visite auprès des victimes du typhon Hayan. Il ne s’agissait pas simplement de tenter de réconforter des « pauvres » (cf. les paroles libres du pape sur le besoin de pleurer ensemble et la difficulté à trouver des mots devant tant de souffrances), mais d’être lucides devant ce qui se passe et que ce genre de catastrophe naturelle révèle cruellement : l’égoïsme aveugles de nos sociétés. Surexploitation des ressources naturelles, déforestation intensive, recours abusif aux monocultures (le pape cite ce qui se passe… chez lui, en Argentine).

Occasion de confirmer aux journalistes présents au cours de ce genre de conférence de presse improvisée dans l’avion que le pape François affectionne visiblement, que l’encyclique qu’il rédige sur « l’écologie humaine » devrait être achevée fin mars, avec une publication pour juin ou juillet, le temps de faire les traductions nécessaires. De quoi être encore assez en amont de la conférence internationale sur le climat qui se déroulera à Paris en fin d’année, espérant qu’à cette occasion « les dirigeants seront courageux pour aller plus loin » que ce qu’on a pu voir au cours du  dernier sommet sur le sujet à Lima (Pérou), en décembre dernier.

Le 17 janvier, le pape s’est donc rendu au centre de l’archipel des Philippines, sur l’île de Leyte, dans cette zone durement touchée par le typhon Hayan et qui fit près de 8000 victimes (!!) La nature a rappelé d’ailleurs qu’elle ne s’encombrait pas beaucoup de protocoles puisque la visite a du être raccourcie du fait d’une autre tempête tropicale en cours. Dans le texte que le pape avait prévu de partager aux prêtres et religieux rassemblés dans la cathédrale reconstruite de Tacloban, le pape lance un vigoureux appel pour que « davantage soit accompli pour les pauvres », demandant que ceux des Philippines soient « traités justement » :

« Notre traitement des pauvres est le critère avec lequel chacun de nous sera jugé. »

Pas d’autres allusions dans ce texte à la question environnementale dans ce texte.

Le voyage de retour du pape argentin a réservé une autre surprise : ses déclarations sur les familles nombreuses. Le pape a entendu dire, lui aussi, que la démographie galopante serait une cause majeure de la pauvreté. A quoi il répond :

« C’est simpliste, car la première cause de la pauvreté est un système économique qui a remplacé en son cœur la personne par l’argent, un système qui exclut et créé l’actuelle culture du rebut… Il faut donc protéger les familles qui sont menacées, afin qu’elles puissent témoigner de la beauté de la famille dans le dessein de Dieu ».

Dans cette réflexion, le pape rappelle aussi la nécessité d’une paternité responsable, pour ne pas tomber dans le piège d’une forme d’idéalisme angélique mais pas forcément chrétien, tout en soulignant la richesse des fratries où chaque humain se construit intérieurement.

Ainsi donc, en quelques mots, des lignes fortes de son encyclique à venir se dessinent : dénonciation des systèmes économiques ultra-libéraux qui créent une culture de « déchets » et qui maltraitent les humains et la nature ; rappel de l’impact de nos pratiques industrielles et agricoles, révélées par l’ampleur grandissante des catastrophes naturelles ; invitation à une forme de « paternité responsable » aussi bien dans le cadre familial que social.

DL

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