CLIMAT – La justice nous concerne t-elle ?

2014 Amis de la terreIl y a quelque chose qui m’échappe. A la fin du sommet de Lima, des ONG et mouvements (dont Attac France et les Amis de la Terre) ont signé un appel revendiquant plus de « justice climatique » dans les débats qui n’ont, pour l’essentiel, que constitué à concilier la chèvre et le choux. Autrement dit personne. La logique dominante restant celle des Etats et des arrangements financiers. Et pas de la prise de conscience morale qui serait pourtant nécessaire, comme le rappelle les Eglises. Mon étonnement est le suivant : pourquoi (pour l’heure), je ne repère aucun mouvement ou ONG chrétienne (sauf erreur de ma part) dans la liste des signataires ? Quelqu’un a-t-il une réponse ?

Source : Art. Maxime Combes, Médiapart

Voici le texte de l’appel en question :

Le monde est confronté à une urgence planétaire : le changement climatique est causé par un système qui place la recherche du profit au-dessus des besoins des personnes et des limites de la planète. Il dévaste la vie de millions de personnes à travers la planète. Selon les scientifiques du climat, des basculements critiques pourraient se produire prochainement et la température moyenne globale pourrait s’accroître de 4 à 5°C avec des conséquences catastrophiques pour nous tous.La Conférence de Lima aurait dû poser les jalons de la façon dont les gouvernements allaient prendre des mesures urgentes pour lutter contre le changement climatique et pour soutenir les populations vulnérables de la planète à s’adapter aux inévitables conséquences.
Il s’agissait de réduire plus fortement les émissions d’ici à 2020 et de fixer des objectifs climatiques à long terme pour ne pas augmenter la température de plus de 1,5°C. Ne pas émettre plus que ne le permet le budget carbone et répartir ce dernier sur la base des principes de responsabilités communes mais différenciées, des capacités respectives des pays et de la nécessité d’honorer la dette climatique. Ce qu’il s’est passé à Lima s’inscrit dans une longue série de décisions qui, chaque année, affaiblissent les règles internationales sur le climat, mettant en difficulté les populations et la planète.
Les engagements de réduction d’émissions pour l’avant 2020 sont injustes et beaucoup trop faibles. Ils conduiraient à dépasser les 2°C de réchauffement climatique d’ici le milieu du siècle. Ces objectifs n’auront pas été revus à la hausse en 2014, pas plus qu’il n’y a d’engagement à les réeaxaminer et les revoir prochainement. Lima nous prépare à un accord à Paris qui ignorera les besoins et les droits des populations impactées dans le monde, excluant tout engagement contraignant en matière de contribution financière, d’adaptation, de perte et dommages et de transfert de technologie.

 

La Conférence de Lima n’a pas su établir un pont entre les actions que les pays doivent prendre et les technologies et financements nécessaires qui pourraient permettre aux populations du Sud de s’adapter, de construire leur résilience et de faire face à la perte et aux dommages occasionnés par les impacts du changement climatique. Pas plus qu’elle n’a permis de mettre sur les rails les nécessaires actions de réduction d’émissions sans lesquelles l’ampleur de la transformation et de la transition juste dont nous avons besoin pour limiter la hausse de température inférieure à 1,5 degrés C ne sera pas atteinte.
Ce qui a été décidé à Lima ouvrent la possibilité à ce que chaque pays détermine ses propres engagements en matière de climat, sans que ces derniers ne tiennent compte de ce que demandent la science, les populations et et les exigences de justice, et sans cadre réglementaire clair. Nous avons vu des dirigeants politiques, en particulier ceux des États-Unis, de l’Union européenne et de leurs alliés, agissant dans l’intérêt des grandes entreprises polluantes, déterminés à déréglementer davantage le régime de gouvernance international du changement climatique. Ce faisant, ils sapent la convention sur le changement climatique des Nations Unies dans ses fondements, en affaiblissant les règles portant sur les pays développés et en ignorant leur obligation légale et morale de débloquer des financements suffisants et de transférer les technologies.
A Lima, l’expansion de l’utilisation des marchés carbone, qui ont pourtant échoué, a été largement encouragée. Y compris à travers l’utilisation de crédits carbone issus des forêts et des sols, source de dévastations supplémentaires pour les populations paysannes et forestières à travers le monde, empêchant les transformations dont nous avons besoin. Le Sommet des peuples et la marche dans les rues de Lima ont exigé la défense des droits de la nature et la garantie des droits des populations. Ils ont clairement mis en lumière ce que sont les solutions à la crise climatique et les alternatives.
Partout sur la planète, les populations mettent en oeuvre ces solutions et luttent pour transformer le système. Nous luttons pour survivre et pour garantir et sécuriser nos territoires, habitations et moyens de subsistance face aux dérèglements climatiques. Nous nous battons pour une transformation du système énergétique visant à abandonner l’usage des énergies fossiles au profit de systèmes énergétiques accessibles à tous, contrôlés par les populations, décentralisés, sûrs et basés sur les énergies renouvelables. Nous défendons la souveraineté alimentaire et le développement des solutions agro-écologiques, tout en luttant pour s’adapter aux conséquences dévastatrices des dérèglements climatiques. Ainsi, les programmes de foresterie basés sur les populations fonctionnent dans leur intérêt, particulièrement ceux des populations indigènes, plutôt qu’en faveur des banquiers et des capitales financières dans le Nord.
Les populations accumulent de la force et du pouvoir, au niveau local, national et global. Nous allons continuer à mettre plus de monde dans les rues, à bloquer des projets d’extraction de ressources naturelles, des ports, des sièges d’entreprises, pour que notre force et notre pouvoir grandissent.Nous allons reprendre le pouvoir que nous ont confisqué ceux qui n’agissent pas dans notre intérêt. Nous résisterons aux velléités d’imposer un « accord mondial sur le climat » qui ne fasse rien pour le climat et encore moins pour les populations.  Ici à Lima, ils ont essayé de nous enterrer. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que nous sommes des graines qui écloront des sillons de la résistance.
Premiers signataires:
International and Regional Networks and Organisations

Campaña Mesoamericana para la Justicia Climatica ; Construyendo Puentes –  Redes Latinoamericanas Frente al Cambio Climatico ; Corporate Europe Observatory
Friends of the Earth International ; Jubilee South Asia Pacific Movement on Debt and Development ; LDC-Watch ; IBON International ; Indigenous Peoples of Africa Coordinating Committee ; Pan African Climate Justice Alliance ; Push Europe ;

National Organisations and Networks

Aksyon Klima Philipines ; ATM ; Attac – France ; Association des Femmes Peules Autochtones du Tchad (AFPAT) ; Bangladesh Krishok Federation ; Bayay Sibuyanon Philippines ; Beyond Copenhagen ; Bolivian Platform on Climate Change ; Campaign for a Life of Dignity for All – Philippines ; CECOEDECON (Centre for community Economics and Development Consultants Society) ; CESTA – Amigos de  la Tierra El Salvador ;
Ecological Society of the Philippines ; Ecologistas en Accion (Spain) ; Ecowaste Coalition Philippines ; El FORO DEL BUEN AYRE ; EquityBd Bangladesh ; Energy and Climate Policy Institute for Just Transition Korea ; Fairwatch Italy ; Hodagad Djibouti ; Institute for Policy Studies ; Justiça Ambiental Mozambique ;
La Mesa Nacional de Cambio Climático de Guatemala ; Les Amis de la Terre ; Our Rivers, Our Life (OROL)- Philippines and Gitib ; Inc. PAIRVI (Public Advocacy Initiatives for Rights & Values in India) ; Peoples Movement on Climate Change ; Philippines Movement for Climate Justice ; PRRM ; Sawit Watch ; Sociedad CivilAmigos del Viento Meteorología Ambiente Desarrollo ; Solidaritas Perempuan (Women’s Solidarity for Human Rights) ; Unidad ecologoca Salvadoreña ; WomanHealth Philippines

Publicités

5 réflexions au sujet de « CLIMAT – La justice nous concerne t-elle ? »

  1. Merci pour ce compte rendu , je partage votre interrogation , on aurait aimé voir inscrit le CCFD parmi les signataires, à côté d’ATTAC , par exemple ! Notre Pape et beaucoup de nos Evêques « se mouillent » et s’engagent ! Et nous, nous devons en faire autant , nous « la base », dans nos familles , groupes sociaux , mouvements divers ! Laissons un peu de côté le PNB (d’autres s’en chargent … bonjour les dégâts!) et valorisons le BNB (Bonheur National Brut!) promu au Bhoutan ! (le coût d’un aller-retour à Lima?..)

  2. Dans mon petit coin de paroissienne, je me pose la même question … Heureusement, maintenant, j’ai votre blog : je copie parfois un texte et l’adresse à des personnes autour de moi, Je peux ainsi signaler, que oui, l’église est et doit être porteuse d’une parole forte mais surtout d’actes forts. J’aime bien faire remarquer qu’il y a un S à églises dans votre titre ! Merci pour ce blog qui m’aide …
    Mamicha94.

  3. Des Chrétiens sont membres des ONG signataires. La chrétienté n’est pas un label et n’a pas nécessairement à se « publiciser ». L’action silencieuse, voire clandestine, suffit largement. Etre sans paraître, mais être réellement. Souvent, signer c’est se démettre quand ce n’est pas se soumettre.
    Ils sont signé et sont repatris….en voiture, comme si de rien n’était. Pharmakon : nos solutions sont aussi des poisons…

  4. Bien d’accord avec ton indignation Dominique.Il n’est peut être pas trop tard pour bien faire. La liste des signataires est elle close ? Cet appel ne peut-il être relayé sur des sites d’ONG chrétiennes ?
    Tout n’est pas perdu François veille et distille son message. Dans son tweet du 11 décembre le pape disait « La question écologique est vitale pour la survie de l’homme et a une dimension morale qui nous touche tous. »
    Puisse l’encyclique être de cette veine, qu’elle lave les soupçons (légitimes malheureusement ) nourris à l’égard de notre Eglise, qu’elle confonde les sceptiques et les falsificateurs trop bien médiatisés de la pensée sociale et des papes précédents, unifie une bonne fois les catholiques sur cette question, et donne un nouvel élan pour une conversion radicale de nos styles de vie. Alors nous n’aurons plus besoin de devenir écologistes, mais simplement d’être chrétiens comme disait Mgr Stenger.

  5. Militant de base du CCFD-Terre Solidaire, je suis mal placé pour expliquer la stratégie, à la COP de Lima, d’une déclaration particulière des évêques catholiques qui mérite d’être connue car elle a été préparée et cosignée par les ONG du réseau CIDSE/Caritas dont le CCFD et ses partenaires latino-américains. Plus important, me semble-t-il, la justice climatique est, de façon explicite, l’une des orientations du CCFD-Terre Solidaire qui est engagé, en collectif, dans la préparation de la COP 21 à Paris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s