NUCLEAIRE – Faut il attendre que nos coeurs fondent ?

947373_Spaemann_GottUndDieWelt.inddBertrand est travaillé par la dimension éthique de l’énergie nucléaire. Et on peut le comprendre. C’est à ce titre qu’il nous propose ici le fruit de sa réflexion à la suite du texte d’un entretien très intéressant avec le philosophe chrétien Robert Spaemann. Un philosophe qui est opposé clairement à l’usage de cette technologie.

 

Mais qui est Robert Spaemann ?

« Né en 1927 à Berlin de parents catholiques – son père est devenu un prêtre de veuf – Robert Spaemann a étudié la philosophie, les langues romanes et la théologie et a enseigné la philosophie dans diverses universités allemandes. C’est un conseiller apprécié du Pape Benoît XVI. Son dernier livre, « Après nous, la fusion du noyau. Arrogance à l’âge atomique» («Nach uns die Kernschmelze. Hybris im atomaren Zeitalter » Klett-Cotta. 2011) recueille ses articles et interviews sur l’énergie atomique. La pensée de Spaemann, assez conservatrice, est orientée vers une philosophie naturaliste inspiré à Aristote et est inspirée par la doctrine chrétienne de la révélation. » (d’après un texte de Marco Morosini)

Interview de Guido Kalberer  –  Tagesanzeiger, Zurich, 12.07.2011

 L’Allemagne abandonne définitivement l’énergie atomique. Qu’en pensez-vous?

Mieux vaut tard que jamais. La sortie de l’énergie atomique n’est pas garantie à 100 pour cent. Maintenant, c’est juste une loi. Si dans quelques années on était confronté à des problèmes d’approvisionnement en énergie, la loi pourrait changer ou on pourrait reporter l’échéance de l’arrêt des réacteurs. La seule façon d’éviter cela est d’exiger que l’abandon de l’énergie atomique soit inscrit dans Constitution.

 Est-ce ce que vous proposez ?

En fait, oui. Généralement je ne suis pas en faveur d’inscrire dans la rédaction de la Constitution des objectifs de politique conjoncturelle. La Constitution devrait être très générale et non adaptée aux cas particuliers. Mais ce cas est tellement exceptionnel, et les enjeux dépassent tellement l’étalon humain qu’il serait probablement raisonnable d’inclure cette exigence dans la Constitution.

Les sources d’énergies alternatives suffiront-elles à satisfaire les besoins ?

Imaginons que dans le temps imparti nous ne parvenions pas à répondre à la demande avec des énergies alternatives. Alors, dans ce cas, nous devrions réduire les besoins. Nous ne pouvons pas continuer à supposer que nous avons droit à tout moment à n’importe quelle quantité d’énergie. Nous pourrions le souhaiter, mais nous ne pouvons pas l’exiger. Si nous ne pouvons produire autant d’énergie qu’avec une technologie qui menace l’espèce humaine, alors nous devons faire autrement.

Nous devons alors pratiquer des renoncements ?

Oui, en effet c’est quand l’homme est le dos au mur qu’il devient inventif. Il en a toujours été ainsi dans l’histoire de l’humanité. Tant que vous pensez qu’en cas d’urgence vous pouvez compter sur ce qui existe déjà, vous ne mobilisez pas toutes vos forces. Seule la certitude que l’énergie atomique n’est plus un recours possible va activer l’ingéniosité créative.

Comment réagissez-vous face aux gens qui disent que l’on ne peut pas vivre sans l’énergie atomique?

Ces gens considèrent que il s’agit d’une contrainte objective, mais pour moi ce n’est pas un argument. Parce que les contraintes sont objectives seulement quand nous voulons un certain résultat. C’est alors que vous êtes obligé de faire une chose et pas d’autres. Mais si cette chose se révèle être impraticable, nous devons chercher des alternatives. Ceux qui refusent cela sont hostiles à l’innovation.

Les catastrophes sont elles utiles pour pousser l’homme à penser différemment, comme cela arrive maintenant ?

Il semble que oui. Cet immense danger aurait néanmoins pu être reconnu bien avant, il suffit de considérer qu’aucune assurance n’est prête à prendre ce risque.

À quoi bon abandonner le nucléaire en Allemagne et en Suisse alors que la Russie prévoit 30 nouveaux réacteurs ?

Premièrement, nous avons un avantage local. C’est très différemment si un réacteur est hors de contrôle dans notre pays ou au Japon. Vous pouvez réduire le risque au niveau local, sans avoir à résoudre le problème mondial. Deuxièmement, nous pouvons être un exemple. Quelqu’un doit bien commencer. Si l’Allemagne sera en mesure de se passer de l’énergie atomique, cela aura des conséquences sur le monde entier.

Quels sont les arguments contre l’énergie atomique?

Surtout son caractère incontrôlable. Ceux qui assurent que l’on peut faire un usage pacifique de l’énergie atomique posent toujours des conditions : par exemple, qu’il n’y ait ni guerres ni attentats. Mais le simple fait qu’ils posent des conditions montre que l’homme ne contrôle pas cette technologie. On imagine un monde parfait en cachant les principaux dangers. Et ce qui reste on le déclare sur. En plus de son caractère incontrôlable et des risques d’erreur humaine, il y a aussi des arguments philosophiques. Que fait l’homme lorsqu’il manipule l’énergie atomique ? L’énergie des atomes est le fondement de notre existence matérielle. Elle sert à maintenir la réalité telle qu’elle est. Et elle le fait pacifiquement et sans notre intervention. Lorsque nous extrayons cette énergie de sa fonction naturelle, en provoquant la fission des noyaux d’atomes et que nous en libérons la force, nous touchons à quelque chose qui nous transcende. Et c’est pure arrogance que de dire que nous allons réussir.

 L’homme se surestimerait-il ?

Oui. Il y a une situation semblable où mes arguments sont tout aussi catégoriques: c’est la manipulation du génome humain. Tout comme pour l’atome, ici aussi nous touchons une structure de base de notre réalité – non pas en tant que matière, mais en tant qu’êtres vivants. Avec la construction de nouvelles combinaisons génétiques, nous mettons en marche des processus dont nous perdons le contrôle.

Vous soutenez ici, comme Jürgen Habermas, que l’homme ne peut pas planifier le résultat de sa procréation.

Nous sommes d’accord. L’humanité serait divisée en deux catégories: ceux qui font et ceux qui sont faits. Et cela aurait des conséquences imprévisibles.

Cette intervention serait également à proscrire parce qu’il y aurait manipulation de la Création?

Nous pouvons et nous devons mener le débat sur un plan purement rationnel. Toutefois, l’argument devient beaucoup plus fort si nous évoquons le concept de la Création. Cela vous permet de tenir en échec l’orgueil de l’homme qui croit qu’il peut tout faire.

Epousez-vous ce que prescrit Jonas Hans comme « éthique de la responsabilité » envers les générations futures ?

Oui, par rapport aux générations futures se pose en particulier le problème des déchets radioactifs. Les dirigeants de la technologie atomique disent toujours qu’ils vont finir par trouver un jour une bonne solution. Qu’est ce qui leur permet de dire cela? Ici, leurs énoncés sont faits de manière irresponsable en se basant sur un “principe d’espérance”. Il semblerait que le bon Dieu ait le devoir de satisfaire toujours nos besoins du moment. On pourrait donc ajouter à l’obligation de se soucier des risques immédiats posés par une centrale atomique, celle de ne construire un réacteur qu’une fois trouvé un site de stockage définitif des déchets radioactifs.

Quel est pour vous le principal problème des déchets radioactifs?

Comment peut-on garantir aujourd’hui la sécurité durant des milliers d’années d’un site de stockage radioactif ? Si nous n’avons aucune responsabilité positive pour les personnes qui peupleront la planète dans le futur, nous ne sommes pas autorisés à miner les conditions de leur existence par des actes dont les conséquences peuvent déjà être anticipées, par exemple la contamination atomique d’espaces qui deviendront ainsi invivables. Nous avons l’idée naïve et très répandue que, contrairement à toutes les civilisations du passé, notre civilisation basée sur la science et la technologie, continuera toujours. Or cette idée est complètement absurde. Nos connaissances actuelles seront-elles entièrement transmises et seront-elles accessibles aux générations futures ? Aujourd’hui, nous ne savons plus comment il a été possible de construire Stonehenge (n.d.t. : site anglais où des mégalithes néolithiques sont disposés en cercle). Peut-être que nos descendants n’auront pas plus connaissances des dangers auxquels nous les avons sciemment exposés. Cela ne peut être l’héritage que nous laissons. Il est déraisonnable d’augmenter encore avec l’énergie atomique les dangers potentiels déjà présents dans la nature.

Vous ne trouver rien de bon à l’énergie atomique.

La première fission nucléaire a été utilisée pour détruire des êtres humains. Pour moi, ce n’est pas par hasard que la première utilisation de l’énergie atomique a exterminé des centaines de milliers de personnes à Hiroshima. « Ça marche vraiment », a été la première réaction spontanée de Carl Friedrich von Weizsäcker (n.d.t.: le physicien nucléaire allemand et philosophe). L’horreur est venue beaucoup plus tard. Cela montre que si les scientifiques ne sont que des scientifiques, ils ne seront pas en mesure d’aider.

Pour vous il n’y a pas le progrès, mais les progrès. Qu’est-ce que cela signifie?

L’Europe a vécu pendant plusieurs siècles dans le mensonge du progrès au singulier. Progrès signifie: mieux, plus vite, plus lumineux. J’ai grandi dans la période nazie où était martelé avec insistance le slogan “Avec nous, l’avènement de la nouvelle ère. » L’idéologie du progrès a été proclamée aussi par les nazis. Mon scepticisme envers cette notion date de cette période sombre où il me paraissait préférable d’être peu progressiste plutôt que de mettre les gens dans les camps de concentration et de les tuer. Les progrès peuvent être merveilleux, mais aussi terribles. D’un côté, il y a le progrès dans la technique de l’anesthésie, d’un autre il y a le progrès dans la construction de la bombe atomique. À qui parle du progrès, je demande : Quel progrès et dans quelle direction ?

La Pensée chrétienne pourrait-elle nous faire avancer?

Oui, bien sûr. À une époque où le christianisme était dominant, personne ne pensait à l’avenir infini, comme nous le faisons aujourd’hui. On s’attendait à une fin du monde. Selon le Nouveau Testament, l’histoire se termine avec le retour du Christ. Oui, je crois que l’existence de l’humanité ne durera pas si longtemps, et cela plus pour des raisons immanentes que religieuses. Mon scepticisme vis-à-vis de la survie de l’humanité est alimenté par la manière dont l’homme prend désormais son sort entre ses mains.

En tant que chrétien, vous croyez à l’Apocalypse. Si nous sommes déjà destinés à une fin, alors pourquoi lutter contre l’énergie nucléaire ?

Votre raisonnement est basé sur l’idée erronée que si quelque chose se passe dans la nature, alors cela nous donne le droit d’en faire de même. S’il y a des volcans dans la nature, nous aussi nous pouvons faire des volcans; si dans la nature une branche tombe sur un homme, alors nous pouvons faire la même chose. Nous ne savons pas ce que la nature veut et quels sont les plans de Dieu. Lénine croyait connaître le but de l’histoire et disait que ceux qui travaillent pour rendre l’humanité heureuse ne peuvent donc plus être soumis à aucune règle morale. L’arrogance est la croyance que quelqu’un puisse connaître le but de l’histoire. La conception chrétienne de la fin de l’histoire implique une irruption extérieure dans l’histoire et non pas un événement immanent lié à un développement continu. Le royaume de Dieu est la conséquence d’un arrêt brutal de l’histoire précédente.

Traduction: Laura Morosini

Texte original de l’entretien ici, en allemand. (12.7.2011) et ici

Et voici le commentaire de Bertrand pour ce texte

Alors que les parlementaires de l’Opecst (Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques) demandent à l’Etat de s’investir et de mieux soutenir le projet CIGEO pour répondre à la lassitude des élus locaux, et dans la perspective des débats autour de la loi sur la transition énergétique, prenons un peu d’altitude avec cette interview de Robert Spaemann, et tentons de travailler à l’unité des catholiques entre eux et avec la société.

Robert Spaemann est un philosophe moraliste allemand, catholique, visiblement très écouté de Benoit XVI. En bon penseur allemand il a réfléchi à l’écologie mais aussi les droits de l’homme et la bioéthique..et au nucléaire. En 2011, à la suite de Fukushima, il a publié un livre où il explicite son opposition très ferme à l’énergie atomique (Nach uns die Kernschmelze. Hybris im atomaren Zeitalter. Klett-Cotta, Stuttgart 2011). Il avait donné à l’époque cette interview à un quotidien Suisse, le Tagesanzaiger, que nous reproduisons ici, grâce à l’aimable envoi de Laura. Il y donne quelques unes des raisons fondamentales de son opposition.

Avec l’approche qui est la nôtre dans cet article, on retiendra tout d’abord ce parallèle très éclairant entre l’orgueil démesuré (hybris) qu’il y a trafiquer ces deux structures de bases de notre réalité que sont le génome humain et l’atome. Dans les deux cas nous touchons à quelque chose « qui nous transcende ».

Concernant l’affirmation qu’on ne peut se passer de l’atome, qui émane essentiellement d‘esprits gaulois tombés dedans à la naissance (ndlr), Robert Spaemann, qui a développé une critique de l’utilitarisme, promeut l’idée de renoncements nécessaires, et de réduction de nos besoins quand une technologie menace l’espèce humaine…Outre qu’avec ses 400 et quelques réacteurs, l’énergie nucléaire ne représente que 2 à 3 % de l’énergie finale consommée dans le monde et ne résoudra jamais rien à l’échelle mondiale ou climatique en matière d’approvisionnement en énergie, on peut rêver au « gisement » de réduction que représentent nos pays riches, si on veut bien se rappeler que 20% de la population mondiale exploite 80% des richesses mondiales, et que la richesse des 85 personnes les plus riches de la planète équivaut à celle de la moitié la plus pauvre de sa population, selon une étude récente d’Oxfam.

Ainsi la question fondamentale posée par le philosophe, qui irrigue tant la pensée éthique chrétienne que la réflexion écologiste, est celle du progrès: de quel progrès parle-t-on, et dans quelle direction ? Le président de la conférence des évêques allemands, l’archevêque Robert Zollitsch, a cautionné cette vision, dans un texte rendu public à l’occasion du premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima, dans lequel il soutient que la vérité chrétienne oblige à dire qu’il faut laisser la maison en bon état aux générations futures et qu’il faut, compte tenu de ce qu’a vécu le Japon, résolument rechercher des solutions alternatives. On rêverait d’une communion de pensée entre évêques de nos deux pays, et d’un tel niveau de réflexion et de positionnement dans l’église de France…

Publicités

4 réflexions au sujet de « NUCLEAIRE – Faut il attendre que nos coeurs fondent ? »

  1. Je m’appelle également Bertrand et, travaillant dans l’énergie nucléaire depuis le milieu des années 60, il y a longtemps que je suis « travaillé » par la dimension éthique de cette énergie. Pour avoir très souvent débattu avec des militants antinucléaires, je sais bien que je ne convaincrai pas mon homonyme, pas plus qu’il ne m’a convaincu, mais je vous écris pour ne pas laisser par mon silence croire que tous les catholiques partagent son point de vue ou celui de Robert Spaeman.
    Le Créateur nous a doté d’intelligence, et utiliser celle-ci pour améliorer les conditions de vie de l’humanité ne relève pas d’un quelconque hubris mais de l’obéissance au commandement du Dieu de la Genèse : remplissez la Terre et dominez-la. A cet égard, l’agriculture ou la médecine ne sont pas plus naturelles que la production d’énergie par fission de l’uranium.
    Quand je lis « l’énergie des atomes est le fondement de notre existence matérielle », je me dis que l’énergie des molécules l’est tout autant mais quand nous mangeons et respirons, nous passons notre temps à détruire des molécules et à en construire d’autres. Pas plus que la radioactivité, la fission n’est une création humaine. Elle date de 2 milliards d’années environ (*) et nous n’avons fait que reconstituer les conditions permettant à ce phénomène naturel de se reproduire.
    Enfin, concernant la gestion des déchets radioactifs, il me semble que c’est bien la première fois qu’une communauté – celle des spécialistes de l’énergie nucléaire – se préoccupe non seulement de l’héritage qu’elle laisse à ses petits-enfants(**), mais aux êtres qui habiteront notre planète dans plusieurs centaines de millénaires ! Car il faut savoir que les meilleures modélisations, réalisées au plan mondial, prévoient que le maximum de radioactivité relâchée par CIGEO le sera à cette échéance, et que le niveau de cette radioactivité sera alors mille fois inférieur à la limite autorisée pour le public aujourd’hui. Cette marge permet de prendre en compte la fourchette d’incertitude inhérente à une modélisation portant sur une aussi longue période. Quelle autre activité humaine se préoccupe autant de l’éthique ?
    (*) Voir le phénomène d’Oklo sur mon blog http://www.bertrandbarre.com
    (**) Je parle comme grand-père de 9 petits-enfants.

  2. Jean-Louis NIGON
    Retraité du « nucléaire », soucieux depuis toujours de la rigueur, de la sûreté et de la sécurité, désireux de contribuer à l’évolution vers un monde sans armes nucléaires, partageant le désir de laisser aux générations à venir un monde vivable malgré l’accroissement de la population, j’ai eu la chance et le bonheur de consacrer ma dernière année professionnelle et mes premières années de retraite à la « World Nuclear University » dès sa création. De quoi s’agit-il ? D’un organisme associatif (proche de l’association des industriels et exploitants du nucléaire du monde entier) dont l’objectif est de promouvoir une formation de grande qualité à l’échelle mondiale : formation faite d’exigence de rigueur, mais plus encore, permettant à quelques centaines de jeunes « prometteurs » de tout pays concerné par le nucléaire, quelle que soit leur expertise, d’échanger des informations et des réflexions sur tous les sujets – surtout autres que techniques- touchant au nucléaire : environnement, économie, sûreté, sécurité, communication, éthique… tout ce qu’on peut souhaiter pour des personnes peut-être appelées à exercer des responsabilités.
    Si donc on se préoccupe du futur à long terme, et qu’on approfondit la réflexion éthique, pourquoi une telle divergence d’opinion quant à l’usage de l’énergie nucléaire ?
    A mes yeux parce qu’il y a erreur dès les prémices. Non, les enjeux ne dépassent pas « l’étalon humain ». Non, la technologie nucléaire ne menace pas l’humanité. De telles affirmations ne résultent que d’une erreur coupable quant à l’appréciation du risque, d’un refus d’écouter ce que la science permet d’affirmer avec certitude, et non pas seulement de supputer. Aucune comptabilité macabre ne devrait trouver sa place dans ces débats ; cependant, les victimes de Fukushima seront en nombre bien plus faible que celles de Bhopal, qui n’a pas conduit à l’arrêt de toutes les industries chimiques. Dire que l’énergie nucléaire est incontrôlable est injustifié ; le risque zéro n’existe pas, c’est un fait ; mais l’industrie nucléaire, à service rendu identique est plus sûre que la combustion du charbon ; la sécurité internationale n’est pas menacée par les armes nucléaires –grâce en grande partie au TNP (traité de non-prolifération) ; des attentats causant des dommages sérieux sont difficilement concevables.
    Et puis, même soucieux de ne pas outrepasser ce qu’il considère comme accessible, qui refuserait les soins apportés par la médecine nucléaire ? On guérit plus qu’on ne tue !
    Oui ! Et les déchets ? Bertrand Barré a tout dit ; sauf peut-être, le fait que contrairement aux idées véhiculées (dans quelle intention ?) ils sont en petite quantité, leur dangerosité dans un stockage géologique est extrêmement faible. Le souci de rechercher toujours une solution « encore plus sûre » ne se retourne-t-il pas contre nous en laissant penser que la technologie actuellement disponible ne serait pas satisfaisante, pas acceptable ?
    Enfin, je ne peux éviter de critiquer une position philosophique qui accuse de mensonge les artisans de « progrès », le progrès matériel n’étant pas opposable au progrès spirituel, mais devant l’accompagner ; le « mensonge du progrès » ne doit pas céder la place au « mensonge du danger » ; faire peur est un outil d’accession au pouvoir ; la menace totalitaire n’est pas très éloignée ; l’expression utilisée par Robert Spaemann « si l’Allemagne peut s’en passer, cela aura des conséquences pour le monde entier » me rappelle avec effroi « Deutschland über alles ».

  3. Monsieur Nigon les insinuations contenues dans votre dernière phrase me paraissent indignes de ce blog, et peu respectueuses de M. Spaemann. Je vous souhaite une paisible retraite.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s