HOMMAGE – Barbarin à l’école de Bastaire

Jean BASTAIRELorsque nous avions lancé le 1er numéro des Cahiers de Saint Lambert, nous avions donné la parole au cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, pour connaître son positionnement personnel face aux enjeux écologiques contemporains. A l’occasion du premier anniversaire de la mort de Jean Bastaire et du lancement de la chaire à son nom à l’Université catholique de Lyon, le cardinal a accordé un entretien à La Vie. Il serait intéressant de voir si, entre temps, son regard s’est affiné sur la question ?

 Comment avez-vous connu Jean Bastaire ?

C’est le père Henri de Lubac, dont nous étions proches tous les deux, qui nous a mis en relation. Jean Bastaire écrivait à beaucoup de monde : Hans-Urs von Balthasar, Mgr Jean-Louis Bruguès… Nous avons entamé une correspondance. Envoyé en mission de 1994 à 1998 à Madagascar, où les enjeux écologiques sont immenses, j’ai travaillé, grâce à lui, cette question de manière nouvelle. Il me communiquait ses travaux. Nos relations se sont intensifiées à mon retour en France, notamment depuis mon arrivée à Lyon, puisqu’il résidait dans la banlieue de Grenoble. Nous nous téléphonions souvent et il venait me voir ; nous avons eu des discussions sur certains points difficiles. Nous sentions qu’il fallait réveiller l’Église sur la question de l’écologie et approfondir la première ligne du Credo : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. » Il s’inspirait aussi du théologien allemand protestant Jürgen Moltmann (auteur de Dieu dans la création. Traité écologique de la création). Le verset de saint Marc « Proclamez l’Évangile à toute la Création » évoque pour nous François d’Assise prêchant aux oiseaux et compagnon du loup de Gubbio. Mais parfois, certains en déduisent que « toute la Création » participe à la rédemption, accomplie par « le Premier-né de toute créature », et aussi à la résurrection, à la fin des temps… On risque de dériver vers le rêve ou la poésie… C’est un point sur lequel il faut travailler, et nos discussions avaient à peine abordé ce sujet.

Quel souvenir gardez-vous de lui ?

C’était quelqu’un d’entièrement dévoué à cette cause… jusqu’à l’extrême.

Il me faisait l’effet d’une fontaine de joie auprès de laquelle on venait se désaltérer, ou encore d’un vieux chêne aux profondes racines. Plusieurs fois, je lui ai adressé des jeunes vivant intensément leur rapport à la Création et soucieux d’enraciner leur vie et leur foi chrétiennes dans ce mystère. Mon dernier contact avec lui est assez émouvant. Hospitalisé à Fort-de-France, je venais d’être opéré d’un triple pontage (durant l’été 2013) par un chirurgien qui s’intéressait à l’écologie, je lui ai parlé des travaux de Jean Bastaire, que j’ai alors appelé au téléphone. Et voilà qu’il a remué ciel et terre pour me faire parvenir au plus vite, par mail, les textes que je lui demandais. C’était trois semaines avant sa mort… il était très faible, mais toujours aussi passionné !

Le diocèse de Lyon va faire vivre la mémoire de Jean Bastaire. Quelles formes cela va-t-il prendre ?

À part sa bibliothèque, Jean Bastaire a légué tout ce qu’il possédait à la Fondation Saint-Irénée. Le diocèse étant une association cultuelle, il n’est pas habilité à recevoir des legs à vocation culturelle. Comme Jean Bastaire n’avait pas d’enfants, il souhaitait que ses biens servent à promouvoir une écologie chrétienne. Il appelait de ses vœux la naissance des « Petits frères et sœurs de la Création », une fraternité spirituelle, regroupant hommes et femmes, décidés à « cultiver et garder » le jardin de la Création (Genèse 2, 15). À un moment, il avait même dit : « On pourrait faire une nouvelle Jec, la Jeunesse écologique chrétienne ! » Mais il tenait aussi à ne pas se cantonner aux jeunes ; dans les « Petits frères et sœurs », il est important que toutes les générations soient représentées et mélangées. Nous aurions aimé que ce projet prenne forme avant son décès. La Fondation Saint-Irénée a mission d’aider tous ceux qui souhaiteront aller en ce sens. Une première étape a été franchie avec l’ouverture d’une chaire Jean Bastaire à l’université catholique de Lyon. J’espère que son travail servira de nourriture théologique et spirituelle à beaucoup, et nous sommes décidés à faire respecter ses dernières volontés…

La théologie de la Création se développe peu à peu dans l’Église catholique. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Elle se développe, et c’est une bonne chose. Mais pour le moment, elle n’est pas allée assez loin. La théologie, en général, progresse à partir des écueils et des hérésies qui surgissent. Mais la première ligne du Credo n’a guère fait l’objet de contestations… Du coup, la réflexion théologique sur ce mystère essentiel et premier est restée atrophiée. Par exemple, je ne me souviens pas avoir eu de cours sur la Création durant toute ma formation au séminaire. Nous gagnerions beaucoup à nous inspirer du regard plus contemplatif porté par les orthodoxes sur le monde, à être plus attentifs à la splendeur et la beauté de la Création. Le pape François prépare, nous dit-on, une encyclique consacrée à l’écologie. C’est un texte très attendu, qui sera un grand événement.

Entretien réalisé par Mahaut Herrman, le 26 septembre 2014.

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