ENERGIE – Consommer ce que Dieu donne

2014 AlabamaL’Alabama vous laisse peut être d’habitude indifférent. Pourtant, cet Etat du sud-est américain, entre le Mississipi et la Géorgie, recèle quelques individus hors du commun. Ceux de la Commission des services publics de l’Etat (PSC) par exemple. Une commission de trois membres qui surveillent pipeline et voies ferrées dans la région.

« Qui a le droit de prendre ce que Dieu a donné à un Etat ? »,

demande, sans gêne, Chip Beeker, un membre élu de cette commission, durant une conférence qu’il a tenu il y a quelques semaines dans les bureaux de l’association alabamienne (?) du charbon. Selon lui, le charbon en effet a été créé par Dieu et il est donc normal d’en faire usage sans gêne.

La rhétorique biblique, il l’a connait bien puisque ce propriétaire fermier (élevage de bétail et de poissons-chats…), est aussi un responsable local et catéchiste de la première Eglise presbytérienne. Un républicain pur jus qui s’était vivement accroché, au cours de la campagne menant à son élection, avec son concurrent et prédécesseur, Terry Dunn, républicain lui aussi, qui dénonçait déjà les collusions de Beeker avec les industriels locaux. « Je pense que Mr Beeker, qui raconte savoir remonter ses pantalons comme le faisait John Wayne, est en train de préparer de belles augmentations au profit des compagnies énergétiques », a ainsi déclaré Dunn, provocateur. Une allusion directe au fait que Beeker prévoirait d’utiliser les nouvelles restrictions exigées par l’administration du président Obama comme une excuse pour augmenter les impôts de l’État. Au détriment des citoyens et non des propriétaires des industries visées…

Beeker, en invoquant Dieu dans sa défense des industriels du charbon, réagit en fait aux nouveaux standards environnementaux qui vont s’imposer aux industries utilisant le charbon comme source d’énergie. L’Agence de protection environnementale (EPA) est passée à la vitesse supérieure sur cette question en effet pour que, d’ici, 2013, les émissions en CO2 dans cet État soient réduites de 27 % par rapport à ce qu’elles étaient en 2012. La compagnie Alabama Power Co., qui possède  six générateurs au charbon, a avoué ne pas savoir encore quelles actions devraient être menées pour arriver à cela.

Avec une rhétorique désormais bien en place dans les milieux conservateurs, républicains et proches de l’industrie, les opposants dénoncent une campagne liberticide (!), contre leur mode de vie et les emplois locaux. Certains parlent de 16 000 emplois qui seraient menacés. On aimerait savoir d’où viennent ces chiffres-épouvantails, mais bon, ça à l’avantage de marquer les esprits. Le président du PSC, Andress Cavanaugh, qui clame ce genre de chiffres, annonce aussi une augmentation du coût de l’énergie, puisque les industries de l’Alabama sont aussi parmi les plus grandes pourvoyeuses d’électricité produite à partir du charbon. Sur ce ton biblique si cher à la « Bible belt », il rajoute :

« J’espère que tous les citoyens de l’Alabama seront en prière pour que la bonne décision soit prise », pour pouvoir résister aux programmes et aux projets de l’EPA.

L’agence environnementale a, de son côté, rappelé que la réduction des émissions de CO2 aura aussi comme effet d’améliorer l’atmosphère urbaine, et réduire ainsi l’impact sanitaire de cette pollution, pour un bénéfice de plus de 50 milliards de dollars au bas mot, évitant aussi plus de 3000 décès prématurés et de 150 000 crises d’asthme chez les enfants. Cela vaudrait bien aussi une prière, il me semble.

Ironie du sort, l’EPA qui mène dans l’Etat des audiences pour connaître les points de vue des uns et des autres, a du changer de lieu de réunion de manière impromptue : en effet, le Centre fédéral Sam Nunn, à Atlanta, où se déroulaient les premières auditions, a été touché par… une coupure de courant.

DL

Source : article du Huffington Post, de Shadee Ashtari, 29 / 07 / 2014

PS : commentaire de la caricature : l’argument du don « naturel » de Dieu du charbon est mis en perspective avec ce que disent, à leur manière, bien des militants démocrates, concernant la libéralisation de la consommation de marijuana. On pourra s’intéresser à cette question notamment en suivant les votes en cours au Colorado… On voit que ces arguments peuvent justifier tout et n’importe quoi…

 

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Une réflexion au sujet de « ENERGIE – Consommer ce que Dieu donne »

  1. Excellente caricature ! Et merci pour cet article.

    La solution pour remédier aux abus et aux justifications abusives, est de revenir à ce que Dieu a dit originellement. Soit de revenir aux Ecritures et au sens des mots. A ce propos, Erri de Luca souligne justement le vrai sens du livre de la Genèse dans « Noyau d’olive »(Folio), qui est tout autre chose qu’un « permis de saccager la terre » ! En effet, « les verbes du travail et de la garde de la terre, avad et shamar, sont les mêmes, terriblement les mêmes, que celui du service dû à Dieu. Pour cette écriture ancienne, travailler la terre et la servir sont le même mot, le même empressement dû au service du sacré. Les voici : laavod et haadama, « servir le sol » (Bereshit/Genèse 2,5) et laavod et Yod Elohenu, « servir Yod/Dieu notre Elohim » (Shmot/ Exode 10,26). La terre est dans la sollicitude de Dieu. Les règles du repos sabbatique, un jour par semaine, un an tous les sept ans, marquent une insistance à la protéger d’une exploitation forcenée. Elles expliquent que la terre n’appartient pas à l’espèce de l’Adam, locataire et non propriétaire du sol… »

    Cordialement et bonne suite à vous.

    En Christ.

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