ORTHODOXIE – L’urgence du respect pour la terre et ses créatures

2014 bartholoméeComme chaque 1er septembre, le patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholomée 1er, vient de publier un message dédié explicitement à cette journée, devenue un temps de prière pour la préservation de la Création. Une méditation spirituelle et théologique sur notre responsabilité pour préserver le don de Dieu qu’est l’environnement où il nous inscrit. Une invitation aussi à la mobilisation de tous. Le patriarche annonce notamment l’organisation d’un colloque pour le mois de juin prochain.

(traduction DL)

Chers frères, sœurs et enfants, bénis dans le Seigneur

La mère commune de tous les orthodoxes, la mère du Christ, et le corps de notre Seigneur éternel, vrai Dieu et vrai homme, Jésus Christ, nous soutiennent avec compassion à travers tant de réalités, mais tout spécialement à travers la Divine Eucharistie, en offrant ces saints présents au Créateur dans le mystère du Salut. Ils font cela avec un lien sûr et un amour infini envers tous ses membres, comme le montre aussi notre Père qui est aux cieux.

Dans sa mémoire priante, l’Église porte sans cesse à son esprit la présence de ses enfants, maintenant une attention vivante et un souci pour tout ce qui est relié et qui influe sur leur vie. C’est pourquoi Elle ne reste pas impassible ou indifférente aux destructions quotidiennes en cours de l’environnement naturel. Des destructions qui sont le fruit de la cupidité humaine et du vain profit, qui pousse à s’éloigner de la face de Dieu. Il en résulte ces turbulences conséquentes et la fracture dans son couronnement, en l’occurence l’existence humaine dont l’existence est vraiment menacée.

 

Le Patriarcat œcuménique et nous mêmes avons, depuis de nombreuses années, évoqué ces signes des temps ainsi que l’obligation eucharistique de l’Église orthodoxe. Nous avons ainsi déclaré et dévoué le commencement de l’année liturgique, le 1er septembre (NDLR : chez les orthodoxes), à devenir une journée de prière et de supplication pour la protection de la Création de Dieu, qui nous a été confié sous la forme de notre environnement naturel. Durant cette journée, nous inclinons notre cœur et notre âme, invoquant la Parole de Dieu d’avoir un regard de compassion sur Sa Création, pour que son amour prévenant puisse aller au-delà de notre péché et de notre cupidité, « ouvrant Sa main pour remplir toute la Création de sa bonté » et mettre fin au chemin de destruction dans lequel s’engage le monde.

Bien sûr, il est vrai que des progrès significatifs ont été réalisés dans les dernières décennies concernant la protection de l’environnement. C’est le cas par exemple dans la prise de conscience croissante au sein des opinions publiques, dans les mesures de précaution et de restriction qui ont été prises, dans la mise en place de programmes durables et dans le retour à l’utilisation accrue de sources d’énergie plus économes, et bien d’autres activités stimulantes et valables de ce genre. L’effort et le souci de la Mère Eglise de Constantinople a grandement contribué à ces progrès de par sa coopération avec des institutions et organisations écologiques internationales. Cependant, tout cela est insuffisant.

Comme nous célébrons une fois encore, cette année la fête de l’Indiction byzantine, tout en inaugurant une nouvelle année de grâce, nous nous adressons à la plénitude bénie de l’Église orthodoxe et du monde entier, invitant chacun à une vigilance continue, une conscience éveillée et une mobilisation de ses ressources de manière à retourner à l’état qui reflète – pas forcément la condition absolue eucharistique et doxologique d’Adam et Eve-, mais du moins à la condition que Dieu nous inspirera par sa grâce et sa miséricorde.

L’exploitation sans limites et insatiable des ressources naturelles de la Création, qui constitue la première cause de la destruction de l’environnement naturel est, selon le témoignage de la théologie, de la science et des arts, le résultat de la chute de l’humain, autrement dit de notre désobéissance aux commandements de Dieu et à la non-conformation à la volonté de Dieu.

Cependant, l’Église procure l’antidote qui peut mener à la résolution de notre crise écologique, invitant chacun à la restauration de son image divine jusqu’à sa beauté première et originale. La réhabilitation de la nature humaine déchue par le souffle de l’Esprit Saint et par la participation à ses dons permet aussi de recréer une relation équilibrée entre l’humanité et la Création qui a été faite par Dieu pour notre joie et notre émerveillement mais aussi pour que nous puissions l’offrir en retour à notre Créateur.

L’Eglise Mère nous appelle à « cultiver le tout de la Création dans la Parole de Dieu et l’Esprit qui donne la vie », comme nous y invite saint Syméon le Stylite dont nous célébrons la mémoire aujourd’hui. Ainsi nous pourrons passer « de la nature à la sur-nature » et nous dévouer  » aux simples et absolues visions mystiques de la théologie », de manière à être appelée de la Création au Créateur. C’est par la médiation de l’Esprit Saint qui déifie l’humanité et en même temps l’unit à son environnement naturel, de manière que nous puissions l’accueillir comme faisant partie de nous même et que nous le respections comme quelque chose de sacré, sans tomber dans les abus ou les positions extrémistes.

Ce lien nourrissant de l’humanité avec le monde naturel ne peut pas exister si continuent les abus cupides. Au contraire, il faut privilégier des usages respectueux, en favorisant le respect mutuel entre les êtres humains et avec tous les éléments de la Création, à la fois visible et invisible. Ainsi, nous devrions être capable de boire l’eau du rocher qui donne la vie, de contempler le soleil et ainsi nous rapprocher ainsi de l’astre spirituel de la droiture, de regarder la colonne de pierre de saint Syméon et voir ainsi la vraie colonne de lumière, d’accueillir les nuages et la pluie et ainsi entrer dans la nuée de l’Esprit Saint pour pouvoir y demeurer, comme le fit avant nous le Christ lui-même, et ainsi avoir nos noms enregistrés comme des premiers-nés de l’Eglise du ciel.

Ce n’est qu’en avançant avec un tel état d’esprit – respectant la contribution de tout être vivant, même les végétaux, dans la liturgie universelle de la vie – que nous pouvons résoudre, avec le secours de la divine grâce et non par les moyens de la violence humaine, si faible, les défis environnementaux. Ce message de vie est un message lancé à notre responsabilité, pour que nous continuions notre combat spirituel et nos efforts, par la prière, les exhortations, les encouragements et les appels, attirant l’attention de tout le monde sur la nécessité de nous protéger nous-mêmes du courroux imminent qui résulte de notre déracinement de la nature. L’attirance constante de l’humanité pour les choses mondaines et corruptibles est à la source des problèmes écologiques : en effet, quand nous nous tournons toujours plus vers les choses de la terre et de notre monde, nous sommes aussi de plus en plus séparés du ciel et de Dieu.

L’Église Mère et la Grande Église du Christ assume, sans cesse, et cultive ce mandat et cette responsabilité salutaire pour la protection de l’environnement, pour la continuation spirituelle et matérielle de notre vie sur la planète. C’est pourquoi, elle va organiser un sommet environnemental en juin prochain sur le thème : « Théologie, écologie et la Parole : conversations sur l’environnement, la littérature et les arts. » Le but de cette conférence est de réveiller la conscience globale pour l’importance particulière et spécifique de la dimension éthique et spirituelle de la crise écologique. En faisant un lien particulier aux arts et à la littérature, de manière à ce qu’elle retourne à sa « beauté originelle », qui est le but naturel, total et sacré pour lequel il a été façonné par les mains créatives de la Parole de Dieu.

Puisque nous « avons en nous la mémoire inaltérable du jugement de Dieu », nous rendons témoignage, à partir de ce centre sacré  de toute l’orthodoxie, à la vérité de la parole et attirons l’attention sur tous les dangers qui reposent devant nous. Des dangers que la grâce de Dieu nous évitera assurément, dans sa providence aimante. Et nous invitons toute personne à travailler pour la préservation et le retour de notre monde à la source de la Vie, à travers l’intercession de notre toute-sainte et toujours bénie Théotokos, de saint Syméon le Stylite et de tous les saints.
AMEN

 

 

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