OGM – Quand la Comece ne voit pas où est le problème…

2014 InvestigationGabriel Raum est un universitaire allemand qui participe au travail du Comece, la Commission des conférences épiscopales (catholiques) de l’Union européenne. Il vient de publier une réflexion sur leur site concernant l’accord TTIP en cours de discussion et l’impact sur la diffusion des OGM.

 L’accès mutuel au marché pour les producteurs de biens, et en particulier pour les producteurs de produits agricoles, constitue un thème central des négociations sur l’accord TTIP. Comme la majeure partie de la production agricole aux États-Unis est de nos jours issue des semences génétiquement modifiées, l’homologation des produits alimentaires génétiquement modifiés dans l’UE est aussi inscrite à l’ordre du jour des négociations à partir de septembre, lorsque les négociateurs des deux parties mettront les denrées alimentaires davantage au cœur des négociations. Il n’y a cependant pas que les fédérations de producteurs des Etats-Unis qui exigent l’accès au marché pour leurs produits, le gouvernement américain exige lui aussi la suppression de tous les « obstacles non-scientifiques » aux produits alimentaires génétiquement modifiés, ainsi qu’une harmonisation et une accélération des processus d’agrément correspondants au niveau de l’UE.

Les choses sont donc très claires : les manœuvres en cours, pour ce traité, ont bien pour ambition, du côté américain, de pouvoir accéder au marché européen en y déversant sans contraintes leurs productions d’OGM. Cette volonté est celle des industriels et du gouvernement américain dans une belle unanimité digne de la plus grande démocratie au monde ! Ce cher Gabriel poursuit son analyse :

D’autre part, pour tranquilliser l’inquiétude des consommateurs européens, la Commission européenne leur garantit sans cesse qu’il ne résultera aucune dégradation de la sécurité alimentaire par suite de l’accord TTIP. La partie américaine affirme en contrepartie qu’aucun risque pour la sécurité résultant de produits alimentaires génétiquement modifiés n’a été prouvé scientifiquement jusqu’à présent, et que la sécurité alimentaire ne serait pas menacée par leur homologation.  Dans le cadre de cette discussion, les différences entre les systèmes de protection du consommateur dans le domaine de la sécurité alimentaire deviennent une fois de plus évidentes : le principe de précaution applicable dans l’UE a pour objectif d’éviter que le moindre risque éventuel puisse être exclu. Aux États-Unis en revanche, un produit est considéré comme sûr jusqu’à ce qu’un effet néfaste se manifeste, ou jusqu’à ce qu’il ait été prouvé.

On voit la démarche : la Commission européenne revendique ses principes quant à la qualité de ses produits. Et les américains répondent que rien ne prouve que leurs produits sont mauvais. Donc…

Néanmoins, en dépit de la discussion actuelle et de la vive opposition au sein d’une partie de la population, cela fait longtemps que l’UE n’est plus un espace « sans OGM ».  Dès 1998, l’UE a autorisé la culture de la variété de maïs MON 810 provenant des Etats-Unis, qui a été cultivée en 2013 en Espagne, au Portugal, en République Tchèque, en Roumanie et en Slovaquie. Au total, les 150 000 ha cultivés représentent environ 1,5 % de la surface totale cultivée en maïs dans l’UE. 137 000 de ces ha (91 %) se trouvaient en Espagne. En 2010, la variété de pomme de terre « Amflora » a été homologuée dans l’UE, mais depuis 2011, elle n’est plus cultivée.  A l’heure actuelle, l’identification de produits alimentaires qui contiennent plus de 0,9 % d’ingrédients génétiquement modifiés a progressé dans l’ensemble de l’UE. Mais cette alternative à l’interdiction de l’homologation par l’identification ne constitue pas non plus actuellement pour le gouvernement américain une alternative viable, car cela suggèrerait qu’il y ait des risques dont il conteste l’existence. Cette obligation d’identification a déjà été restreinte cette année : en réaction à un arrêt de la Cour de Justice des Communautés Européennes de 2011, le Conseil des Ministres de l’UE a décidé de modifier la directive sur le miel, après quoi le pollen en tant qu’élément n’est plus défini comme un ingrédient. Il en résulte que le miel contenant du pollen de plantes génétiquement modifiées ne doit plus être identifié comme tel.

Impressionnant de voir ainsi en direct la grosse machine de dérégulation américaine au travail. Par petits bouts et de multiples entrées, tout le système de régulation européen est mis en pièces. La preuve ?

En juin 2014, le Conseil des ministres de l’environnement de l’UE est aussi parvenu à un accord de base sur la proposition de la Commission, qui accorde aux Etats membres la liberté de décider eux-mêmes s’ils souhaitent accepter ou pas sur leur territoire des cultures génétiquement modifiées. L’adoption de la directive au Parlement et au Conseil est prévue pour 2015.  Au sein de l’UE, une intense discussion est menée dès à présent à propos des organismes génétiquement modifiés, qui suscite aussi un mouvement législatif. Cette discussion sera encore intensifiée par les discussions sur le TTIP et en fonction de l’évolution des négociations, le processus législatif pourrait également bénéficier d’un nouveau coup de pouce.

Et voilà où veut en venir Gabriel Raum : nous rappeler qu’à Rome déjà, l’académie pontifical des sciences a donné son feu vert ! CQFD

Dans le cadre de cette discussion, cela vaut la peine de jeter un coup d’œil sur le document final de la semaine d’études de l’Académie Papale des Sciences en 2009 sur les « Plantes transgéniques pour la sécurité alimentaire dans le contexte du développement », dont les conclusions peuvent aussi être transférées à l’utilisation des techniques génétiques au sein de l’UE :  « Si la technique génétique est mise en œuvre de manière appropriée et responsable, alors elle peut apporter dans bien des domaines une contribution essentielle à la productivité agricole par l’amélioration des plantes utiles, y compris par une amélioration du rendement des plantes, une meilleure composition de produits nutritifs, une meilleure résistance aux organismes nuisibles, tout comme une tolérance améliorée à la sécheresse et à d’autres formes de pollution de l’environnement. Ces améliorations sont nécessaires dans le monde entier, afin que la durabilité et la productivité de l’agriculture puissent être améliorées. »

Qu’en des propos galants ces choses là sont dites ! Amélioration, productivité, durabilité sont désormais les trois mamelles de l’agriculture mondiale.Vous avez remarqué ? Dans la réflexion de Gabriel Raum, pas un mot sur les paysans, les cultures vivrières, l’agriculture familiale, l’accaparement des terres et autres dangers liés à l’utilisation massive des pesticides dans ces modèles intensifs. Des propos si éloignés donc de la doctrine sociale de l’Eglise et qui en disent long sur le lobbying proOGM très actif qui a eu lieu à Rome au cours de ce colloque… AU point que le Vatican lui-même a trouvé nécessaire de rappeler que ce rapport n’exprimait pas la position officielle de l’Eglise catholique. Tiens, Gabriel Raum a oublié de le dire…

Le marché agro-alimentaire est devenu l’enjeu d’une lutte économique sans merci où la rentabilité et le profit sont le maître mot. Il suffit de rassurer au final par ce beau langage de bois politique :

Cette utilisation responsable et appropriée de la technique génétique doit être déterminée par le biais de critères scientifiques et dans un discours d’une vaste portée avant d’être mise en œuvre.

Nous voilà rassurés ! Sauf que les discussions en cours ne vont pas du tout dans ce sens puisque la logique américaine repose sur le fait qu’il n’y a pas de danger et qu’il n’est donc pas nécessaire de mener des enquêtes approfondies sur la réalité…

Vous voulez y voir plus clair sur cette histoire ? Essayez de vous procurer le reportage de l’émission « Spécial investigation » qui est passé sur Canal + le 1er septembre dernier à 20 h 55. Du Danemark à l’Argentine, en passant par la France et Bruxelles, les enquêteurs montrent une réalité bien moins claire que ce que nous vendent les industriels des semences et de la phytochimie. Désormais, en Argentine, les effets sanitaires de l’usage intensif des pesticides sont visiblement statistiquement : augmentation des cancers, impacts sur les maladies neurologiques sur les enfants etc. Une émission impressionnante. Et qui explique bien aussi les manoeuvres en cours à Bruxelles pour l’accord en négociation.

Il est temps, vraiment, qu’on se réveille !! Et Gabriel Raum et la Comece avec nous…

DL

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Une réflexion au sujet de « OGM – Quand la Comece ne voit pas où est le problème… »

  1. On voit bien là le danger qu’il y a pour les Eglises de s’en remettre aux « experts », lesquels ont nécessairement partie liée, du fait même de leur spécialisation, avec les intérêts de l’agro-industrie.

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