SPIRITUALITE – La force de la contemplation

2014 P. JAlicsLe magazine La Vie donne la parole au P. Franz Jalics, jésuite hongrois d’origine, ayant vécu en Argentine durant les années sombres de la junte militaire et aujourd’hui retiré en Allemagne. Dans ce monastère à Wilhemsthal, il propose une méthode de méditation basée sur la contemplation, comme acte conscient de la présence de Dieu en soi et dans la création.

Quelle est la place de la nature dans cette approche ?

La proximité de la nature nous aide à passer du mode du faire à celui de l’être. Il s’agit de revenir au fondement de notre être au monde : la sensation qui nous relie à ce dernier. Non pas effectuer une action, ni penser, ni même éprouver un sentiment, mais se centrer sur la sensation de notre corps. Concrètement, nous sommes invités à entrer dans la contemplation par une marche lente dans la nature, en s’arrêtant régulièrement pour observer. Il s’agit de nous laisser progressivement imprégner par la sensation physique perçue à son contact et non par les sentiments.

Comment distinguer la sensation du sentiment ?

Si on place la main au-dessus d’une flamme, c’est chaud, nous sommes dans la sensation. Si ensuite nous trouvons cela agréable, nous sommes dans le sentiment, mais la perception de chaleur vient en premier. Cette approche nous incite à revenir à la sensation pure pour être pleinement présents et demeurer en contact avec le réel. Nous sommes alors davantage dans la sensation que dans l’observation qui suppose déjà une dualité entre l’objet et le sujet.

Quelle différence faites-vous entre contemplation et observation ?

Lorsque nous observons, nous restons les maîtres de l’action. Nous sommes actifs, notre regard s’oriente vers un point précis tout en restant extérieur à la chose regardée. Par la contemplation, nous devenons plus passifs, en demeurant simplement réceptifs à la sensation provoquée. Nous réduisons la distance ainsi à l’objet et lui laissons la préséance.

Ce n’est pas une attitude naturelle !

Pourtant, nous vivons ce contact sensoriel avec le monde est présent en permanence, mais nous ne le percevons pas souvent, car nous sommes englués dans nos pensées et nos sentiments. Si par exemple vous regardez de hautes herbes et que vous songez que vous n’avez pas tondu votre pelouse, revenez à la sensation produite par l’ondoiement de ces herbes. Si vous entendez des cloches sonner et que vous dites qu’il est l’heure d’aller manger, demeurez juste dans la sensation générée par leur vibration. Si vous êtes émerveillé par la beauté d’une fleur et son jaune éclatant, demeurez dans l’éclat de cette couleur. Progressivement, nous quitte alors l’envie d’agir, puis de penser, puis d’éprouver des sentiments pour devenir totalement présents au réel par la sensation. Ce contact avec la nature favorise ainsi un mouvement de l’extérieur vers l’intérieur de nous mêmes.

Est-ce si mauvais de laisser une place à nos raisonnements et à nos sentiments ?

Il ne s’agit pas de nier notre rationalité et notre affectivité qui sont essentielles, mais d’expérimenter un niveau plus archaïque dont nous avons si peu conscience dans le quotidien de nos jours. Je donne ces exercices depuis longtemps et chaque fois les personnes disent sortir renouvelées par cette expérience. Dans les Exercices spirituels Saint-Ignace invite de la même manière à sentir et goûter les choses intérieurement en contemplant une scène de l’Evangile.

Comment poursuivre ensuite pour entrer en contact avec soi-même ?

La méthode est progressive. Après la marche ralentie, Il s’agit de prendre une posture immobile pour contempler. Tout d’abord notre attention se focalise sur la sensation de l’air qui entre par les narines et qui descend par le pharynx jusque dans les poumons puis le bas-ventre. Cet exercice dure trente minutes. Après avoir passé plusieurs séquences à percevoir le souffle, nous joignons les mains et nous nous rendons attentifs à l’énergie qui se dégage et relie les deux paumes. Avec la respiration, ce nouvel exercice contribue à nous unifier.

Ensuite de dire « oui » à chaque expir est une manière de toujours mieux accepter le réel qui nous est donné. On poursuit alors l’exercice en énonçant le nom de Marie, puis enfin, selon la Prière du cœur, celui de Jésus : « Christ » sur l’inspiration puis « Jésus » sur l’expiration. A chaque fois, ces différentes phases requièrent des temps conséquents entrecoupés de marche méditative. Il est bon de répéter chaque étape avant de passer à la suivante. Progressivement nous nous centrons sur Dieu plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes et ne restons plus à la périphérie des choses.

 

Prochaine session d’initiation à cette méthode : Du 3 au 5 octobre à Notre Dame de la Route www.ndroute.ch

 

 

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