Tristes tropiques

2014 Polynésie Pasteur nucléaireLes jardins de Paofai ne sont plus en paix. Le 25 juin dernier, l’assemblée de Polynésie rebaptisait une place de ce jardin du nom de « Jacques Chirac ». Une ironie de l’histoire quand on sait qu’auparavant cette place était celle du « 2 juillet 1966 », dédiée aux… victimes des essais nucléaires, la date évoquant le premier essai nucléaire français à Mururoa.

Du coup, la stèle de la place, inaugurée en grande pompe en 2006, est censée trouver désormais une autre location. Mais ce qui devait être une opération anodine n’a pas plu. Il y a quelques jours, un pasteur japonais, Naoya Kawakami, est venu sur place pour demander l’annulation de ce projet. Roland Oldham (président de Moruroa e Tatou) et John Doom, diacre de l’Eglise protestante ma-ohi, ont accompagné le pasteur japonais sur la place en question. L’homme était aussi porteur d’une lettre signée par 17 personnalités de l’Eglise protestante japonaise qu’il a remis à la présidence.Le monument est décoré par des artistes polynésiens et constitue un espace sacré où sont réunies des pierres symboliques provenant d’Hiroshima, de Nagasaki d’Algérie, de Russie et prochainement de Fukushima.

Pasteur Kawakami :
J’ai écrit à monsieur Gaston Flosse pour dire qu’à travers le monde, il existe un très grand nombre de victimes des essais nucléaires et qu’ici, en Polynésie, ils trouvent leur voix, ils s’expriment. Cela montre une solidarité, une harmonie entre les victimes qui ont trouvé le chemin pour s’exprimer. (…) Chez nous, beaucoup de gens sont très actifs lorsqu’il s’agit du nucléaire. Je suis pasteur et théologien, je n’ai donc pas à intervenir dans des décisions politiques. Pourtant en tant que pasteur, et au nom de mon Église, qui est contre, nous ne pouvions pas être insensibles. Dix-sept personnes des autorités de l’Église protestante ont signé ce courrier.

L’Eglise Protestante Ma’ohi a pris clairement position contre ce projet de déplacement de la stèle. Selon Taaroanui Maraea, le président de l’église protestante maohi,

« nous voulions faire entendre la voix de l’Eglise, nous félicitons aussi le mouvement de la jeunesse du pays, une jeunesse citoyenne. L’église ne pouvait pas rester silencieuse sur ce sujet là. Nous nous sommes quand même battus depuis le début des essais sur la question nucléaire pendant 40 ans. Durant ces dernières années, c’était devenu une décision très politique, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mais une question de bon sens par rapport aux victimes. Si cette stèle est venue là, c’est qu’à un moment donné de notre histoire, malgré les différence tous les mouvements politiques se sont mis d’accord pour dire que le nucléaire a eu des effets néfastes sur la santé. Nous voulons rester sur cette unité du pays. Pour nous, c’est un peu comme si on déplaçait un monument aux morts, avec un caractère sacré. Les essais nucléaires ont apporté à la France sa place au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies, c’est grâce à ces victimes. Le gouvernement a cette autorité de la déplacer, nous ne pouvons nous y opposer, mais le faire serait faire preuve de manque de sagesse ».

 

A titre d’informations, voici un petit documentaire qui rappelle en quelques minutes la réalité des essais nucléaires dans le monde au cours du siècle dernier.

 

DL

Source : Art. Pierre-Emmanuel Garot, Polynésie 1ère ; Art. la dépêche

 

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