Kikuchi persiste et signe

japan-kikuchi1Il y a quelques jours, le pape François recevait Abe Shinzo, le Premier ministre japonais. Un dirigeant qui espère pouvoir relancer bientôt l’industrie nucléaire dans un pays pourtant durement touché par la catastrophe de Fukushima.  La veille de la rencontre, l’évêque de Niigata, Mgr Kikuchi Isao, avait rappelé dans un entretien accordé au Vatican Insider, que l’Eglise du Japon était résolument opposée au projet gouvernemental de remise en marche du parc des réacteurs nucléaires japonais.

Cette position est le fruit d’un discernement qui a trouvé son aboutissement après la catastrophe nucléaire de Fukushima. En novembre 2011,  les évêques publiaient un document très clair, intitulé : « Mettre fin à l’énergie nucléaire aujourd’hui ».  Depuis 1999, la commission Justice et Paix avait déjà appelé à l’abandon du nucléaire et deux ans plus tard un document épiscopal appelait au développement de moyens alternatifs pour produire de l’énergie.

Cet appel radical, les évêques japonais le revendique aujourd’hui encore, demandant pour cela de changer de paradigme économique et de style de vie. Une position pas toujours comprise, même par certains catholiques japonais Extraits de l’entretien de Mgr Kikuchi, du diocèse de Honshu et président de Caritas Japon et donc très sensible à la question des populations déplacés après l’explosion des réacteurs de Fukushima-Daiichi :

« Si nous persistons à préserver notre style de vie actuel, qui suppose un niveau très élevé de consommation d’énergie, promouvoir des sources d’énergie alternatives [au nucléaire] me semble bien hypocrite. Chaque personne doit être vraiment prête à renoncer volontairement à quelque chose pour le bien commun de l’humanité, de ses enfants et de toutes les créatures que Dieu a faites. »

« L’Eglise catholique au Japon veut marcher à côté des victimes de la tragédie qui a eu lieu il y a trois ans, jusqu’à ce qu’elles puissent retourner à une vie normale. Beaucoup d’entre eux vivent encore dans des conditions précaires. D’autres souffrent d’angoisses ou de dépression. Ils semblent avoir perdu l’espoir. Nous essayons de les accompagner sur leur chemin de vie pour qu’ils puissent retrouver de la confiance et de l’espoir dans l’avenir. C’est là le chemin du pardon. »

Il faudra bien s’interroger un jour sur la portée d’une telle position auprès de l’épiscopat français, pourtant lui aussi confronté à un modèle énergétique monolithique et peu sensible à la critique.

Occasion aussi de lire la lettre publié par ce même évêque à l’occasion du troisième anniversaire de cette sinistre catastrophe.

Chers amis,

Trois années ont passé depuis qu’un gigantesque tremblement de terre, suivi d’un tsunami, ont frappé la zone de Tōhoku au Japon, détruisant et bouleversant la vie d’énormément de personnes dans le pays. Plus de dix-sept mille vies ont ainsi été perdues. Après la catastrophe, au milieu des séquelles chaotiques de cette totale dévastation de la vie courante, nous avons commencé à croire en un possible rétablissement. Nous pensions alors, compte tenu de la force économique et de l’avancement technologique du Japon, que trois ans seraient plus que suffisants pour que la zone frappée par le désastre retourne à la normale.

Il n’en est pas ainsi. Pour plus de 270 000 personnes, il n’est toujours pas possible de rentrer chez soi. Presque autant vivent encore dans des abris temporaires. Et pour ce qui est des centrales nucléaires de Fukushima, personne ne sait réellement ce qui se passe à l’intérieur de ces centrales endommagées, même si le premier ministre a déjà fait des déclarations, à l’occasion de rassemblements internationaux, comme quoi la situation serait sous contrôle. La zone frappée par le désastre fait partie du Diocèse Catholique de Sendai et Caritas Japon a soutenu les efforts de secours de ce diocèse. Des communautés entières de l’Église Catholique du Japon ont travaillé ensemble pour aider le diocèse de Sendai. Récemment en février, nous autres, Évêques Catholiques du Japon, avons renouvelé notre résolution de continuer les efforts pour mobiliser les communautés Catholiques du Japon dans leur ensemble pour encore 3 ans. Dans notre pays, l’Église Catholique s’est engagée à accompagner les personnes de la zone frappée par la catastrophe aussi longtemps qu’elles auront besoin de nous. Nous avons donc encore besoin de soutien et de prières.

Je voudrais profiter de l’occasion pour tous vous remercier, vous, nos amis au sein de la famille Caritas, pour votre généreux soutien et vos prières pour le Japon. Nous sommes infiniment reconnaissants pour vos gestes de solidarité. Comme je le mentionnais ci-dessus, tout en vous remerciant tous du fond du cœur, je suis aussi dans l’obligation de renouveler notre appel à l’aide afin d’être aux côtés de toutes ces personnes des zone sinistrées qui n’arrivent pas à retrouver foi en l’avenir et qui vivent dans l’obscurité du désespoir et de la perte. Mille mercis pour votre générosité, et que Dieu vous bénisse tous.

Mgr l’Évêque Isao Kikuchi, S.V.D.
Président de Caritas Japon

DL
Source:Vatican Insider /  Eglises d’Asie, le 6 juin 2014

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