Eglises II. Le retour

FoucartBertrand me signale une intéressante réflexion rédigée par Stéphane Foucart et publiée dans le Monde il y a peu. En voici le texte.

Le retour des Eglises

Les voies de la science et de la raison ayant échoué à convaincre, il n’était pas absurde d’en chercher d’autres et, pourquoi pas, celles de la foi. C’est, à propos du changement climatique, ce qui semble se produire ces jours-ci. En février, Nicolas Hulot, l’envoyé spécial de l’Elysée pour la protection de la planète, expliquait au Monde que, dans  » un acte d’espoir et de désespoir « , il était parti à la rencontre d’autorités spirituelles afin  » qu’elles clarifient la responsabilité de l’homme vis-à-vis de la Création « .

Mercredi 4 juin, plusieurs organisations religieuses ont annoncé vouloir rejoindre le mouvement international prônant une journée mensuelle de jeûne, pour peser en faveur de mesures fortes contre le changement climatique. C’est une situation remarquable à deux titres. D’abord, elle voit les conclusions de la science et les croyances de la religion tendre vers une même revendication. Ce n’est pas si fréquent. Ensuite, cette situation pousse à s’interroger sur la nature de ce à quoi s’affronte ce nouveau tandem improbable. Elle consacre, en creux, une autre forme de pensée religieuse, une doctrine dont le courant extrême a été baptisé  » fondamentalisme de marché  » par le célèbre financier George Soros. Cette religion du marché – pensez à sa  » Main invisible  » qui, comme celle d’une divinité antique, détourne magiquement le cours des choses – a ses temples, son clergé, ses missionnaires.

 » Entre la science et la religion a eu lieu un conflit prolongé dont, jusqu’à ces dernières années, la science est invariablement sortie victorieuse « , écrivait Bertrand Russell en introduction à Science et religion (Gallimard, 1971). La réserve qu’apportait le philosophe et logicien britannique ( » jusqu’à ces dernières années « ) est bien sûr liée à son temps. Il écrivait ces lignes en 1935, alors que naissaient, dans l’Allemagne hitlérienne et la Russie communiste,  » des religions nouvelles  » équipées de  » tout le zèle persécuteur de la jeunesse  » et qui commençaient leur assujettissement de la pensée scientifique.

Toutes proportions gardées, ce qu’écrivait Russell n’est pas sans évoquer ce qu’écrivent les historiens Naomi Oreskes (université Harvard) et Erik Conway (NASA) dans leur Marchands de doute (Le Pommier, 2012), sur les attaques dont les sciences de l’environnement sont l’objet. L’entrée en lice des Eglises traditionnelles dans le débat prend acte de leur défaite. C’est une défaite cuisante, même si, en l’occurrence, la science n’a pas été assujettie par la violence mais plutôt marginalisée, mise en doute et, en définitive, au rebut. Elle a échoué à convaincre face aux tenants du marché, face à la doxa selon laquelle les seules lois de l’offre et de la demande, adjuvées par la libre entreprise et l’innovation technique, peuvent résoudre tous les problèmes rencontrés par les sociétés.

Dans le débat sur le changement climatique, ce qui reste pourrait donc être à l’avenir un face-à-face entre les Eglises et le marché. Un peu comme si nous nous en étions remis à un affrontement de dieux, les anciens contre le nouveau.

Bertrand et DL

Source : Le Monde, 8-9 juin 2014

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