Les biens communs selon Albert

alfritschwebVéronique me signale que sur un site dédié à la prière, est reprise l’intention de prière du pape François pour le mois d’avril. Pour l’éclairer, le site propose par ailleurs une réflexion d’un jésuite américain, Albert Fritsch, sur la notion de bien commun. Une bonne occasion pour découvrir son univers et sa réflexion autour de l’écospiritualité.

 

Intention de prière universelle – Avril

« Pour que les gouvernants encouragent le souci de la création
et la distribution équitable des biens et des ressources naturelles. »

Pape François

« … je répandrai mon Esprit sur toute chair.
Vos fils et vos filles prophétiseront,
vos vieillards auront des songes,
vos jeunes gens auront des visions. » -Livre de Joël, chap. 3, v. 1-

Vers la fin des années 1980, le mouvement polonais Solidarité défia le système collectiviste d’Etat imposé par l’URSS après la Seconde Guerre mondiale. Les travailleurs des chantiers navals Lénine à Dantzig en Pologne se mirent en grève et déclarèrent qu’ils voulaient participer à la négociation collective de leurs conditions d’emploi. Ils ne voulaient pas être pris pour les automates impersonnels d’un état souverain.

En outre, ces travailleurs savaient que le système fonctionnait mal et prétendaient donc faire entendre leur voix dans la fixation de leurs objectifs de production, de leurs marges de sécurité et des conditions générales de leur emploi. Les travailleurs polonais voulaient un système démocratique, mais non capitaliste, contrôlé par des conseils de travailleurs. En fait, ces travailleurs polonais tendaient à favoriser un système socialement juste influencé par leur grand camarade polonais, le pape Jean Paul II.
Malheureusement, dans les suites de l’effondrement soviétique, les aspirations des travailleurs polonais ont été écrasées par le système capitaliste global. La lutte pour un nouvel avenir attend encore des lendemains meilleurs.

Une vision planétaire des Biens Communs refuse toute forme de matérialisme, qu’il soit d’origine communiste ou capitaliste. Aucun triomphe ne saurait s’en suivre. Il devient apparent, après le Printemps arabe, l’occupation de Wall Street et le soulèvement des jeunes chômeurs et indignés d’Espagne et d’autres nations qu’il y a dans le vent quelque chose de nouveau. Tous et toutes, pauvres et sans emploi compris, ont les mêmes droits que les privilégiés de l’économie – et ils bougent!

Le monde tel qu’il est, avec son accent tellement appuyé sur la consommation, conduit à une insensibilité qui nous distrait de la responsabilité sociale nécessaire à la création d’un ordre nouveau. Justement, les gens imprégnés de ce bon sens commun, qui est un aspect de la reconnaissance planétaire des Biens Communs, réalisent de mieux en mieux que nous partageons une vision commune qui mériterait de s’épanouir pleinement en une nouvelle naissance.

Le sauvetage de notre Terre blessée interpelle nos aspirations spirituelles les plus profondes. Le futur doit se concevoir comme un partage entre le divin et l’humain, l’homme et son frère, le public et le privé, et les générations présentes, passées et futures. Le temps appartient tout entier à Dieu, mais le temps que Dieu nous prête est limité et nous sommes appelés à le gérer correctement. Les croyants remettent en question ceux qui ne voient rien à l’horizon ou à peu près : les négateurs, qui s’écartent; les inventeurs d’excuses, qui refusent de s’engager ; les fuyards, qui ne supportent pas de regarder la réalité de face.

L’action comporte des risques. L’inaction aussi, car elle peut conduire à la destruction de notre monde. Les croyants sont appelés à travailler, à offrir leur assistance, à encourager, à prier, à soutenir le processus de la reconquête.
La compassion est au cœur d’une vision planétaire des Biens Communs, car elle donne de l’énergie au partage du travail qui reste à faire. C’est la compassion qui ressort du Mystère de la Résurrection, dans la Lumière du Monde. La vision planétaire des Biens Communs est une espérance partagée, sans autre privilège que celui d’être au service des autres et pour eux. Nous cherchons à restaurer un monde naturel endommagé, une beauté visible mais gâchée; et si nous partageons, c’est qu’autrement nous en serions à renier l’espérance qui nous maintient en marche vers l’avant. Si nous négligions le partage, nous permettrions à la glissade vers la destruction de se poursuivre sans contestation.

Nous sommes les parents d’une nouvelle naissance. Nous n’aurons pas travaillé et souffert en vain. Notre œuvre féconde est notre progéniture, même si nous ne le voyons pas de notre vivant. Nous avons appelé à naître et à prospérer des réalités qui se feront certainement jour. Si nous ne considérions que les réalités de « notre » génération, nous ne réussirions qu’à dénaturer ce qui est nôtre en plus d’exclure les générations à venir de leur part légitime.

Nos efforts partagés porteront en temps voulu les fruits d’une destinée commune si nous avons assez de courage pour attendre son éclosion. Efforçons-nous d’identifier les personnes de bonne volonté qui ont foi en l’avenir ; invitons-les même avant leur naissance à s’associer aux nobles efforts que nous nous évertuons de tenter ici. Nous formons une seule communauté, celle du monde actuel et celle d’un nouvel avenir, mais nous pourrons seulement participer ensemble à cette communauté si nous renonçons à notre propriété particulière et à nos privilèges : c’est dans cette direction-là que nous devons convertir les capitalistes, qu’ils soient de Chine ou de l’Ouest.

Nous refusons de nous faire esclaves ou débiteurs de ce système économique dévorant. Au contraire, nous nous efforçons d’appliquer des technologies assorties à la conduite d’une vie simple et d’une éthique modeste au niveau local; nous acceptons d’assumer des préoccupations écologiques responsables au niveau régional; au niveau national, nous participons aux actions civiques novatrices; et nous acceptons et supportons les programmes internationaux et globaux.

Nous annonçons la vision naissante d’une philosophie des Biens Communs, inspiration humaine et divine. Comment pourrait-il en être autrement pour un vrai croyant ? Tenons-nous aux portes de la Cité et crions avec Jérémie : « rassemblement ! » Un jour nouveau se lève. Carpe Diem ! (Mets à profit le jour présent).

 P. Albert J. Fritsch, s.j.
Chercheur en matière d’environnement,
Directeur de la société sprl « Guérir la Terre »
Curé de l’église hongroise Sainte Elisabeth, Ravenna, Kentucky, USA

Cette réflexion forme la conclusion du livre récent du P. Albert J. Fritsch, sj « A LA RECONQUÊTE DES BIENS COMMUNS », un défi à l’action d’une Eglise éclairée

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