Insurrection et résurrection

image_previewBertrand me signale un texte récent d’Eric de Kermel, dynamique et créatif éditeur du magazine Terre Sauvage. Un texte stimulant et aussi un appel pour nos communautés chrétiennes…

 

Je voudrais mettre en parallèle trois informations récentes et en proposer un commentaire:

1. En février 2014, France Télévisions analysait les 215 000 réponses de jeunes Français de 18 à 34 ans qui avaient accepté d’évoquer leur regard sur la société. Voici les mots les plus fréquemment cités pour décrire leur génération: « sacrifiée », « perdue », « désenchantée », « désabusée ». Plus de 60 % des jeunes se disaient prêts à se mobiliser dans un mouvement de révolte.

2. Le journal The Independent évoquant le rapport du GIEC, a révélé, sous le titre « Changement climatique – la prédiction officielle de la damnation », les conclusions alarmistes du groupe d’experts pour le climat. Ils sonnent l’alerte sur la gravité d’une situation résultant de la conjonction de plusieurs facteurs interdépendants: le déplacement de centaines de millions de personnes suite aux inondations le long des côtes induisant la perte de terres; une pénurie alimentaire liée à la réduction des récoltes de 2 % tous les dix ans tout au long du siècle; la multiplication de canicules, d’incendies et de maladies liées à l’alimentation et à la qualité de l’eau; et un risque accru de conflits violents comme des guerres civiles ayant pour cause des protestations exacerbées par l’accroissement des inégalités entre les hommes.

3. The Guardian, autre quotidien anglais, fait référence aussi à un rapport financé par la Nasa et qui évoque l’extinction de la civilisation occidentale, à l’image de celle des Mayas ou des Romains, comme un scénario hautement probable à très courte échéance.

Ces trois informations sont parues au moment où La Croix entamait une séquence intitulée « Un monde nouveau ». La Croix a inauguré sa série en accueillant Jean-Claude Guillebaud qui nous appelle à proposer aux jeunes des raisons d’optimisme.  Même si l’espérance est un fondement de la foi chrétienne, il est aujourd’hui nécessaire que cette espérance ne prenne pas la forme d’une pilule euphorisante que notre génération voudrait administrer à ses enfants. Le chemin du réenchantement de la vie ne peut plus se faire sans des conversions radicales. La question n’est pas de savoir si nous pouvons éviter les révoltes qui dérangeraient l’ordre établi mais d’identifier quelles couleurs prendront les insurrections indispensables à notre conversion.

À vouloir en permanence corriger nos erreurs à la marge, nous empêchons l’avènement d’un nouveau modèle basé sur de nouveaux paradigmes. Appliqué à la France, cela donne une réforme anecdotique du système bancaire, un abandon de toute velléité de sortir du « tout diesel » en faisant passer pour un acte d’une grande modernité l’interdiction de circulation de la moitié des véhicules lors d’un pic de pollution à Paris, une perméabilité aux arguments des compagnies pétrolières en faveur du gaz de schiste, etc.

Quelle image donnons-nous aux jeunes? Notre système éducatif reflète notre modèle de société. Il promeut la compétition au détriment de la coopération. Fondée sur la consommation, notre civilisation a exporté son modèle dans les pays émergents et « l’avoir » devient l’expression universelle de la réussite. Nous avons déployé avec génie les outils qui permettent de s’endetter pour consommer, de faire croire que l’accessoire est indispensable, de transformer nos artistes, nos sportifs et nos comédiens en supports publicitaires.

Dans l’enquête de France Télévisions, 90 % des jeunes pensent que c’est la finance qui dirige le monde. Leur lucidité sur les raisons de la catastrophe pourrait être considérée comme une raison d’espérer si nous pouvions leur confier les manettes de la planète mais ce n’est pas le cas car nos élites de l’industrie ou de la politique s’accrochent et jouent les prolongations pour protéger un modèle à l’origine de leur pouvoir. Certains diront que je dresse un tableau bien noir, mais aujourd’hui il me semble plus utile de dire cela que de poursuivre avec des propos modérés qui ne sont pas entendus.

Si les cloches des églises de France sonnaient le tocsin le 1er septembre, « Journée pour la sauvegarde de la création » instaurée en 1989 par le patriarche œcuménique ­Dimitrios 1er, ce serait le symbole que les chrétiens ont pris toute la mesure de la gravité de la situation. Il y a plus angoissant que le danger lui-même, c’est la constatation que l’on s’en approche sans rien faire pour l’éviter. « Le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. » Inventer un monde nouveau, c’est se dresser, en écho à la citation de Einstein, dans une véritable lutte pour la vie, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit désormais.

Si nous ne voulons pas que se multiplient les actes de violence que les études prédisent, il nous faut inventer un monde nouveau et le chemin non violent qui y conduira. Gandhi, à une autre époque, pour une autre cause, avait réussi une mission aux enjeux similaires. Je rêve que les chrétiens, emboîtant le pas du pape François, avec espérance mais radicalité, soient les premiers acteurs d’une insurrection qui redonne des couleurs à l’avenir de nos enfants.
DE KERMEL Eric

La Croix, 17/4/14

DL

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