PHILIPPINES – Une Eglise aux avants postes

2015 Lou ArseniaPays symbole pour la mobilisation sur les urgences climatiques, les Philippines pourraient bien aussi être une des premières Eglises locales à se mobiliser fortement, à la suite des appels de l’encyclique Laudato Si.

Le 4 juillet, le cardinal de Manille, Mgr Luis Tagle, avec près d’un millier de prêtres, de religieux, de laïcs, a lancé une campagne pour récolter près d’un million de signatures en vue du sommet sur le climat à Paris. C’est en mars dernier, que le mouvement est vraiment né à l’initiative du Global catholic climate movement dans ce pays frappé en novembre 2013 par le typhon Hayan qui fit plus de 6000 morts. C’est pour rendre hommage à ces victimes que le pape François s’est rendu à Tacloban.

Le pays a de quoi se mobiliser d’ailleurs, étant rangé par le Rapport sur les risques mondiaux comme étant le 2e pays au monde le plus vulnérable aux désastres liés aux phénomènes climatiques extrêmes. On comprend pourquoi les négociations en cours pour le sommet de Paris concernent les habitants de ce pays. La publication de l’encyclique du pape François tombe donc bien comme un appel urgent à la mobilisation de tous. « C’est une obligation pour les chrétiens d’être mobilisés par les questions écologiques et de changement climatique, comme conséquence directe de notre rôle moral de gardien et du notre sens de la charité », explique Mgr Socrates Villegas, archevêque philippin de Lingayen Dagupan et président de la Conférence épiscopale des Philippines. « C’est notre manière, aujourd’hui, dont nous devons nous « laver » les pieds les uns aux autres. » Et de rajouter : »Ici, l’engagement des communautés chrétiennes pour la défense des biens communs va devoir influencer les décideurs politiques et aussi se traduire par des actions communautaires. »

C’est entre autre le travail de Lou Arsenia, chargée de questions écologiques dans l’archidiocèse. Différents programmes de protection de l’environnement (cf. baie de Manille), de réduction des déchets d’agriculture biologique dans les paroisses ont été ainsi lancés.

DL

Source : article de Brian Roewe, 25 juillet, Eco Catholic

VIE MONASTIQUE – L’écologie, comme un chemin humain et une invitation spirituelle

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Maryvonne Buss, de la rédaction de Pèlerin, a eu la joie de s’entretenir le mois dernier avec Sr Dominique, du monastère de Taulignan (Drôme). Une rencontre stimulante dont témoignent les quelques « apophtègmes » ci dessous.

 

Au monastère, notre démarche attire de nombreuses personnes non croyantes intéressées par l’écologie. On échange, on explique : « nous faisons la même chose que vous, mais pour l’Evangile. » Nous ne nous attendions pas du tout à cet apostolat-là !

Le Dieu créateur nous a donnés notre juste place dans la Création : nous en sommes les responsables, les gérants, pas les propriétaires. N’être ni tout puissant, ni impuissant, mais participant :  cela rend très heureux ! Savoir que nous n’avons pas les pleins pouvoirs a des conséquences spirituelles : plus question de se prendre pour Dieu !

Prendre conscience de notre responsabilité, c’est aussi placer au cœur de la démarche écologique cette interrogation : « qu’as-tu fait de ton frère ? » Si on se dit « pourquoi se gêner ? », sans rien changer à nos modes de vie, d’autres en pâtissent de l’autre côté de la planète. Respecter la terre, respecter nos frères : cela va ensemble. Les choses se tiennent !

C’est une des grâces de la crise : elle nous amène à repenser notre relation aux plus pauvres. L’intercession pour la planète va de pair avec le combat pour la paix et la justice. A notre échelle, par exemple, lorsque nous avons besoin d’aide pour le désherbage, nous faisons appel à une association de réinsertion. Ce volet « social » de notre activité est récent, c’est une évolution.

Depuis le début de notre aventure, en 2009, chacune d’entre nous a cheminé à sa mesure, certaines en tête de pont, d’autres de façon moins engagée. On y a été doucement, sans absolutisme. Nous avons limité la viande, introduit des légumes et des céréales bio, acheté du thé et du café durable, utilisé des boules à thé pour éviter les sachets jetables. Nous groupons nos sorties en voiture. Petits colibris…

Outre la décision de cultiver, à la main, des plantes aromatiques (nous en récoltons 180 kg/an ), il y a aussi eu d’autres changements notables : économiser l’eau, remplacer le chauffage au fioul par un chauffage au bois pour tous les bâtiments, poser des panneaux solaires pour l’eau chaude de notre bâtiment d’accueil.

Maintenant, nous sommes toutes des militantes ! Cette démarche a éveillé notre regard, et créé entre nous une unité, une cohérence. Chacune se sent mieux à sa place. Nous relisons désormais les psaumes autrement…

RENCONTRE – La belle nature du Christ

2015 Christ Vert LyonDans une rencontre récente avec quelques théologiens en train de travailler ensemble sur les questions environnementales, j’ai fait la connaissance de Michel Raquet, prêtre de la région lyonnaise, qui a lancé il y a quelques mois un groupe de réflexion composés de laïcs engagés, de près ou de loin, sur les questions environnementales. Un article de Christine Kristof en a rendu compte, en mars dernier, dans le journal Réforme.

Michel est aussi membre de la chaire Jean Bastaire au titre d’enseignant-chercheur en biologie à l’Ucly. Sur sa paroisse, il a créé ce groupe appelé « Christ-Vert » qui rassemble des professionnels du monde de la nature (directeur du parc de la Feyssine, paysagiste, bioconstruction, pépiniériste…). C’est aussi lui qui a réalisé une peinture murale inaugurée le 16 mai dernier, sur le thème du « bon Pasteur ». On pourra rencontrer Michel pour en savoir plus aux prochaines Assises chrétiennes de l’écologie à Saint-Etienne.

DL

RENCONTRE – Un monastère coopératif

2015 SolanLe monastère orthodoxe de Solan (Gard) organise chaque année une journée pour rassembler amis et curieux autour de son projet spirituel et de ses intuitions écologiques. La prochaine aura lieu le dimanche 23 août. Avis aux amateurs

D’abord, la prière : à 8 h, les matines suivi, à 9 h 30 de la Divine liturgie. Occasion de découvrir la nouvelle chapelle du lieu construite ces derniers mois, en pierres du pays.

Et la matinée sera déjà passée. Dans l’après midi, après le pique nique,

à 14 h, début de la rencontre sur le thème : « Vivre ensemble, émulation, compétition coopération ».

  •  Compétition et coopération : les deux moteurs de l’évolution,avec Vincent Albouy,entomologiste et auteur naturaliste
  • Le grain de sel et le grain de sable : pour vivre ensemble longtemps, avec Frère David d’Hamonville, père-abbé de l’Abbaye bénédictine d’En-Calcat
  • Coopérer au service de la vie, avec Pierre Rabhi,paysan, écrivain et penseur, président-fondateur des Amis de Solan.

Participation aux frais des conférences : 5 €

DL

ECOLOGIE INTEGRALE – Mettre fin à la prolifération nucléaire

2015 MullerJean Marie est un homme engagé. Ecrivain et militant, il est une de ces figures de la non-violence actuelle qui continue de tenir vive la mémoire de Gandhi. C’est à ce titre qu’il vient de me partager une réflexion à partir de l’encyclique du pape François.

Le 18 juin 2015, le pape François a publié une lettre encyclique consacrée à l’écologie qui a été unanimement saluée comme un document majeur. Avec lucidité et gravité, l’évêque de Rome s’inquiète des dégâts irréversibles causés à la terre. Il demande aux hommes qui habitent cette planète de s’unir et de se mobiliser pour relever « le défi urgent de sauvegarder notre maison commune » et, pour cela, de « sortir de la spirale d’autodestruction dans laquelle nous nous enfonçons ». À travers une approche intégrale, le texte souligne les multiples dangers qui s’accumulent sur la nature et l’environnement.

Il souligne que le développement des sciences a donné aux hommes « un terrible pouvoir » : « Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle s’en servira toujours bien, surtout si l’on considère la manière dont elle est en train de l’utiliser. Il suffit de se souvenir des bombes atomiques lancées en plein XXe siècle, (…) sans oublier qu’aujourd’hui la guerre possède des instruments toujours plus mortifères. »

Ainsi, parmi les menaces qui pèsent sur « notre terre opprimée et dévastée », François dénonce tout particulièrement « la guerre qui produit toujours de graves dommages à l’environnement ».

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ENCYCLIQUE – Pépites d’une première lecture

2015 L'encycliqueL’ami Loïc me propose quelques éléments de sa lecture récente de l’encyclique. De quoi aider d’autres à s’y mettre.

 Je suis d’abord frappé par les choix faits dès l’introduction, qui tranchent avec les quelques textes disponibles jusqu’à présent sur le sujet. Là où ses prédécesseur démarraient soit sur la situation du monde, soit sur une référence à la théologie de la création et à la Genèse, François cite d’entrée de jeu François d’Assise et le cantique des créatures, en parlant de la terre comme une « maison commune« , et surtout comme une « soeur » et une « mère » (n° 1). Au n° 2, il situe la terre « parmi les pauvres » et rappelle que « notre propre corps est constitué d’éléments de la planète« . Le changement de perspective est frappant, avec des références implicites, qui ne peuvent être forfuites, à la réflexion des théologiens sud-américains en dialogue avec les peuples amérindiens : Terre-mère, option préférentielle pour les pauvres élargie à la création,…

Au chapitre 2, consacré à l’enracinement scripturaire de sa pensée, je suis également frappé des références bibliques utilisées : Gn 1, 2 et 3, bien sûr, mais aussi très vite des références moins habituelles, d’une part pour réfuter le vision de la domination de l’homme en soulignant que la propriété de la terre n’est pas donnée à l’homme, mais reste à Dieu (Ps 24, Dt 10, Lv 25), d’autre part en soulignant le souci de la législation biblique pour les relations avec les autres êtres vivants (Ps 148, Dt 22, Ex 23…). Je suis d’ailleurs frappé de la façon dont François présente l’anthropologie chrétienne,

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