CLIMAT – Quand l’inter-religieux s’y met

2015 CRCFA Paris aussi, ça bouge. Ce matin les délégués de la Conférence des responsables de culte français (CRCF) se sont exprimés sur leur engagement respectif face à la crise climatique en cours. Un texte qu’ils ont porté en main propre au président de la République.

Il ne manque plus que la traduction pratique de cet appel dans nos communautés respectives… Les responsables, eux, en tout cas, posent un geste fort : ils participent en ce jour au jeûne collectif du premier jour de chaque mois, lancé par l’opération « Jeûne pour le climat ». Les amis Martin (Kopp) et Laura (Morosini) sont d’ailleurs de la partie à l’Elysée.

2015 Jeune Hollande

La crise climatique est un défi spirituel et moral.

Nous, membres de la Conférence des responsables de Culte en France, prenons la parole ensemble pour partager notre conviction : au-delà des problématiques techniques, économiques et géopolitiques, la crise climatique relève d’un défi spirituel et moral. C’est d’abord notre rapport à la création comprise comme don de Dieu et à la nature qui est en jeu.

Ayant perdu de vue sa relation à la nature et son intime interdépendance avec tout ce qui constitue celle-ci, l’humanité s’est fourvoyée dans un rapport de domination et d’exploitation mortifère de l’environnement. Nous sommes mis au défi de repenser et d’habiter autrement notre rapport à la création et à la nature. Nous faisons un. En détruisant l’environnement, l’humanité se détruit elle-même ; en le préservant, nous nous préservons nous-mêmes, nous préservons notre prochain et les générations futures. Notre conscience spirituelle et morale est interpellée. Nous sommes mis au défi d’agir pour la justice, d’oeuvrer pour la paix, de préparer de toute urgence un futur sûr et viable pour nos enfants, en sortant de l’ère des énergies polluantes et en revoyant nos modèles économiques de production et de consommation sans limite.
Nous appelons à un sursaut des consciences vers une action climatique conséquente et à une remise en question de nos valeurs et de nos attitudes. Refusons l’indifférence et l’avidité. Ouvrons-nous à la compassion et à la fraternité. Sortons de nos égoïsmes. Soyons solidaires et prenons le bien commun pour boussole. Persévérons et valorisons chaque action.

Notre appel

La France accueillera et présidera la 21ème Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (la COP21). La France joue et jouera un rôle diplomatique clé. Nous appelons à l’adoption d’un accord contraignant applicable à tous qui :

– engage à sortir à temps de l’ère des énergies fossiles et vise un ensemble d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui garde le réchauffement moyen global bien en deçà de +2 °C, doté de règles assurant la transparence, la responsabilité et un processus de révision des objectifs régulier ;

Coran – Sourate 80, Verset 24-32 : « Que l’Homme considère donc sa nourriture : c’est nous qui versons l’eau abondante, puis nous fendons la terre par fissures, et y faisons pousser grains, vignobles et légumes, oliviers et palmiers, jardins touffus, fruits et herbages, pour votre jouissance vous et vos bestiaux. »

Bible – Genèse 2 verset 15 : « Le SEIGNEUR Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder. »

Citation du Bouddha – Dhammapada : «Ni dans le ciel, ni au fond des océans, ni en aucune partie de ce vaste monde, il n’existe de lieu ou l’être humain puisse échapper aux conséquences de ses actions. »

– protège les populations les plus vulnérables aux impacts des changements en leur permettant de s’adapter à ces impacts et en prenant en compte les pertes et dommages qui leurs sont causés ;

– favorise un développement écologiquement responsable et la lutte contre la pauvreté en garantissant un financement adéquat, le transfert de technologies et le renforcement des savoirs et des compétences.

Notre engagement

Bien que la COP21 soit une étape clé, nous sommes convaincus que les défis posés par les changements climatiques ne peuvent être relevés de façon effective par les Etats seuls, mais surtout par une mobilisation individuelle et collective, aujourd’hui et dans les années à venir. Nous appelons les membres de nos communautés à prendre conscience des enjeux de la COP21 et à faire évoluer leurs propres modes de vie. Nous nous engageons à enseigner et transmettre à partir de nos textes fondateurs et de nos traditions respectives, l’exigence de prise de conscience, d’éveil et de responsabilité de l’être humain au sein de la nature et de la création.
————–
Mgr Georges PONTIER et Mgr Pascal DELANNOY, Conférence des évêques de France
Le pasteur François CLAVAIROLY et le pasteur Laurent SCHLUMBERGER, Fédération protestante de France
Le métropolite Emmanuel et le métropolite Joseph, Assemblée des Evêques Orthodoxes de France
M. le Grand Rabbin de France Haïm KORSIA, et M. Joël MERGUI, président du Consistoire central israélite de France
Le recteur Dalil BOUBAKEUR et M. Anouar KBIBECH, Conseil français du culte musulman
M. Olivier WANG-GENH et Madame Lama DROUPGYU, Union Bouddhiste de France

DL
La Conférence des Responsables de Culte en France (CRCF)

La CRCF a été créée le 23 novembre 2010. Elle regroupe six instances responsables du Bouddhisme, des Églises chrétiennes (Catholique, Orthodoxe, Protestante), de l’Islam et du
Judaïsme. Cette initiative est justifiée par la volonté des responsables de culte en France d’approfondir leur connaissance mutuelle, par le sentiment de contribuer ensemble à la cohésion de notre société dans le respect des autres courants de pensée, et par la reconnaissance de la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société

ENCYCLIQUE – Tout peut changer

2015 Vatican KleinCe 1er juillet est donc un jour à suivre. A Rome et à Paris, des rencontres stimulantes ont lieu.

A Rome déjà, presque en direct,une conférence de presse se déroule aujourd’hui à 11 h 30, organisée par le Conseil pontifical Justice et Paix et le CIDSE, sur l’encyclique du pape et le changement climatique. Occasion d’entendre bien sûr le cardinal Peter Turkson, président de ce Conseil pontifical (en l’occurence, celui-ci est remplacé par la vice-presidente, Dr. Flaminia GIOVANELLI) et Bernd Nilles, secrétaire général du CIDSE. Plus étonnant cependant, deux autres intervenants seront là :

Ottmar Edehofer, vice-président du GIEC

– et plus étonnant encore, Naomi Klein, auteur et journaliste célèbre qui vient de publier « Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique ».

A suivre en direct ici : http://www.vatican.va/news_services/television/index_fr.htm

A noter que le 2 et 3 juillet, le Conseil et la CIDSE organisent ensuite un colloque intitulé « Les personnes et la planète d’abord : l’impératif de changer d’orientation », rassemblant des responsables religieux, des officiels du Vatican, des décideurs et des experts, ainsi que des membres de la société civile.

Je n’ai pas le temps de traduire le communiqué de presse. Le voici en anglais

CIDSE, the network of 17 Catholic development agency and the Pontifical Council for Justice and Peace have organized a two day conference: “People and Planet First: the Imperative to Change Course”, which will begin tomorrow. This conference will link the publication (18 June 2015), of Pope Francis’ Encyclical Laudato Si’ with key political decisions that will be taken over the course of the year.

During the second half of 2015 three major UN conferences will take place: the Addis Ababa meeting on Finance for Development, the UN General Assembly meeting to approve the new Sustainable Development Goals in September, and the Paris meeting, COP 21, in December to agree on a Global Climate deal. The outcome of all these meetings will have a decisive impact for the future of humanity- a positive one if people’s interest is put first, as Pope Francis asks.

Today’s press conference panel featured speakers with very different backgrounds, joined together by Pope Francis’ call for global solidarity to fight climate change: H.E. Cardinal Peter Turkson (President of the Pontifical Council for Justice and Peace), Bernd Nilles (CIDSE Secretary General), Naomi Klein (Author. Latest publication: “This Changes Everything”) and Prof. Ottmar Edenhofer (Co-Chair of the Intergovernmental Panel on Climate Change). They shared their thoughts and reflections about the encyclical and the impact that this might have on the world’s future.

Cardinal Turkson highlighted the need to rethink our models of production and consumption as mentioned in the encyclical: “In Laudato si’, Pope Francis asks what kind of world we are leaving for our children (§ 160). It simply cannot be an environment unable to sustain life, nor a place of unending strife among peoples. The aim must be “People and Planet First” – not one or the other, not one at the expense of the other. This will require new models of development, production, commerce and consumption. The biggest challenge to combating climate change and its impacts is not scientific or even technological. No – it is within our minds and hearts. “The same mindset which stands in the way of making radical decisions to reverse the trend of global warming also stands in the way of achieving the goal of eliminating poverty. A more responsible overall politics is needed to deal with both problems: the reduction of pollution and the development of poorer countries and regions.” (Laudato si’, § 175).”

Naomi Klein pointed out that the encyclical places attention on the world’s most vulnerable regions, which have been often disregarded by international politics: « With Laudato si’ Pope Francis has become a voice for the sacrifice zones, a megaphone for the regions and nations that are being allowed to drown and burn because their GDPs are deemed too insignificant. This knowing disregard for life and safety is a moral crisis for all of humanity and with the publication of the Encyclical; it will become increasingly difficult to ignore this reality.” She also highlighted the call for divestment that was launched through the Encyclical:  “All around the world, climate justice activists are well aware of the immorality of a business model that requires burning more carbon than our atmosphere can safely absorb, which is why they are demanding that their universities, governments and churches divest from fossil fuels. The publication of the Encyclical is a powerful affirmation of this argument, and it is already greatly emboldening the divestment movement ahead of COP 21 in Paris.”

The call of the encyclical to use the commons by following the principle of justice was reiterated by Prof. Ottmar Edenhofer: « The encyclical refers to the atmosphere as a common property of humanity, a common good of all and for all. The common destination of goods was, for the first time in the history of Catholic social teaching, applied to the global environment such as the oceans and the atmosphere. The use of these commons has to be based on justice, in particular on the preferential option for the poor. »

Bernd Nilles referred to the ongoing work carried out by civil society organizations such as CIDSE towards climate justice, also praised throughout the encyclical in several points. CIDSE echoed the Pope’s hope for a fair and binding global agreement on climate change at COP 21 that puts the needs of the world’s poorest at its core. The press conference also presented an opportunity for CIDSE to launch its three year campaign: “Change for the Planet- Care for the People”, which reflects many of the encyclical messages. The campaign links Catholic development work for social justice with the promotion of sustainable living. “CIDSE and its members call for policy changes and sustainable lifestyle choices. We believe that collective and individual changes are crucial to respond to the urgency we face through climate change, environmental degradation and the consequence they have on people’s lives.” said Bernd Nilles.

 

DIOCESES – Quand le soleil rentre à nouveau dans nos églises

Un article récent dans Var Matin évoque le travail déjà rencontré des amis de Patrimoine et Environnement. Il me permet aussi de citer le reportage -bien plus complet- de ma collègue Gwenola dans le diocèse de Fréjus-Toulon. Où l’on voit que poser des panneaux solaires, c’est déjà bien. Mais que pour autant, la « conversion écologique » qui l’accompagne exige un peu plus de temps…

Article de Var Matin

églises solaire dans le VarLe diocèse de Fréjus-Toulon a décidé de participer activement à la transition énergétique.

Pilote en France, il a déjà équipé les toitures de 43 sites religieux de panneaux solaires. Ce projet n’est pas tombé du ciel. Cela fait plusieurs années déjà que l’Église catholique affirme son intention de participer au grand débat de société que constitue le développement durable de la planète. Au diocèse de Fréjus-Toulon, on est passé de l’intention à l’action : aujourd’hui, les toitures de quarante-trois bâtiments lui appartenant (églises, presbytères, écoles…) sont équipées de panneaux solaires. Une première en France à cette échelle.

« Positionner l’Église dans une démarche environnementale a été notre principal objectif, sous l’impulsion de l’évêque Monseigneur Rey », assure Sandrine Ferré-Clochard, coordonnatrice diocésaine. « Et ce projet répond par ailleurs à notre volonté de préserver et entretenir notre patrimoine immobilier. »

220 bâtiments visités

Les toitures de 220 bâtiments ont en effet été examinées par la société Patrimoine & Environnement. Sur les 190 sites acceptés par le diocèse, 130 ont ensuite été validés techniquement. Mais seulement 50 ont obtenu une autorisation administrative (mairie, architecte des bâtiments de France…). Au final, l’installation de panneaux solaires a été effectuée sur 43 sites, 7 ayant été annulés en raison d’un manque de rentabilité (toitures à tuiles maçonnées à déposer en sus, coût de raccordement trop élevé…). « À terme, notre volonté est d’assurer l’autonomie énergétique des paroisses », poursuit Sandrine Ferré-Clochard. Le diocèse voit loin, car les toitures sont louées pour une durée de vingt à trente ans à la société Indrois Solaire. L’électricité produite, qui équivaut à la consommation de 250 foyers de quatre personnes, va être revendue pendant vingt ans à ERDF. De quoi amortir l’investissement de ce diocèse pilote dans la transition énergétique, qui a déjà servi de modèle à plusieurs autres.

Et l’article de la journaliste du Pèlerin, Gwenola de Coutard

2015 Art Fréjus Gwenola

2015 DIocèse de Fréjus Toulon

DL

RENDEZ-VOUS – Quand Saint François et Saint Etienne se rencontrent, de quoi parlent-ils ?

2015 AssisesUn message de Jean Luc me rappelle que je n’ai pas honoré récemment ce grand rendez-vous de l’été à venir : la deuxième session des Assises chrétiennes de l’écologie à Saint Etienne.

Pour info, le mouvement Pax Christi organise une marche à partir de Lyon vers Saint Etienne pour aller à la rencontre des acteurs de cette prise de conscience écologique. Un projet encore en construction. Avis aux amateurs de marche, ou d’accueil en chemin ou de rencontres inopinées autour de projets à découvrir dans la région… Une bonne occasion pour nous rencontrer…

Je laisse la parole à Jean Luc. Vous trouverez toutes les infos ici pour vous inscrire notamment.

Avec l’encyclique du pape François et l’organisation, par la France, de la Conférence internationale sur les changements climatiques (Cop 21), l’année 2015 est celle de l’écologie. Face aux menaces d’ampleur qui pèsent sur la planète, les chrétiens ont des propositions. Et la société française s’ouvre à une approche spirituelle de la crise écologique. Pour répondre à ce besoin d’échange, l’hebdomadaire La Vie coorganise, avec le diocèse de Saint-Étienne, la 2e édition des Assises chrétiennes de l’écologie : 3 jours de rencontres et de forums avec les meilleurs experts et penseurs de l’écologie les 28, 29 et 30 août 2015. Plus de 2 000 participants sont attendus.

Parmi les temps forts proposés, on trouvera notamment des conférences plénières et des tables-rondes avec des intervenants de renom tels que Jean-Marie Pelt, directeur de l’Institut européen d’écologie, Patrick Viveret, philosophe, Corinne Lepage, ancienne ministre, présidente de LRC Cap 21, Gaël Giraud, économiste, Marie-Monique Robin, journaliste, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Dominique Lebrun, évêque de Saint-Étienne, Marc Stenger, évêque de Troyes, Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims, Christian Krieger, vice-président de la Fédération protestante de France, Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman, Yeshaya Dalsace, rabbin à Paris, Joshin Bachoux Sensei, nonne bouddhiste. De nombreuses organisations de la société civile seront également présentes.

Près de 80 forums, ouverts aux familles et aux jeunes, sont au programme, parmi lesquels : « La terre nourricière, un trésor à préserver », « Devenir une famille à énergie positive », « Jeûner pour le climat », « Comment mettre notre argent au service d’une transition vers des sociétés soutenables ? », « Animer un éco-hameau chrétien », « Soigner l’esprit, guérir la terre ». Au-delà des temps de réflexion, le programme propose aussi des ateliers portés sur l’expérience sensible du monde (randonnée, travail de la terre) et des temps de recueillement (célébration eucharistique, prière, méditation).

http://www.rencontres-ecologie-2015.assises-chretiennes.fr

RENDEZ-VOUS – Le Jour du Seigneur et le moment favorable de l’encyclique

Laudatosi3Pas très fana de l’auto-promo, mais comme il y a aussi Elena Lasida, je vous transmets l’info.

La prochaine émission du Jour du Seigneur, dimanche prochain à 10 h 30, prendra le temps de réagir à l’encyclique publiée par le pape François. En voici la présentation.

Et le replay bientôt disponible ici.

Ecologie : que nous dit le Pape ?

En décembre 2015, Paris accueille la 21ème conférence internationale sur le climat (COP21), chargée de définir les modalités pour lutter contre le réchauffement climatique, en vue d’appeler la communauté internationale à se mobiliser. Le 18 juin a été publiée l’encyclique du pape François sur l’écologie humaine Laudato Si, comprise comme l’articulation des impératifs en termes d’écologie et de justice sociale. L’occasion de poser ou de reposer la question de la place des chrétiens dans le débat sur la préservation de l’environnement et de mesurer la portée et l’impact de cet écrit historique du pape François.

En plateau, Fr.Dominique Lang, biologiste et assomptionniste et Elena Lasida, docteur en sciences sociales et économiques à l’Institut Catholique de Paris, nous aideront à décrypter les enjeux du passage à la sobriété écologique.

Occasion aussi de signaler une autre émission, radio cette fois-ci, récente. EN présence de Jean Pierre Raffin, Patrice de Plunkett et Stéphane Lavignotte. A retrouver par ici.

DL

DL

RENDEZ-VOUS – Incroyable Chrétiens dans le Loiret

2015 Sainte GenevièveLa bonne nouvelle de la matinée : la prochaine mouture de la rencontre organisée par Chrétiens et écologie dans le Loiret. Ce sera le 8 octobre prochain

8ème Journée de la Création dans le Loiret

Samedi 3 octobre 2015 à Ste Geneviève des Bois

L’Association Partage, située au Pont de Pierre, accueillera à nouveau une Journée de la Création.
Au programme de 10h00 à 18h00 :

  • visites, promenade-découverte « Incroyables comestibles »
  • activités pour les enfants
  • déjeuner partagé
  • enseignement sur l’Encyclique « Laudato Si »
  • célébration œcuménique

Les journées de la création sont des temps fraternels ouverts à tous, à la découverte d’une écologie « intégrale ». Pour en savoir plus: journeedelacreation@yahoo.fr

Avis aux amateurs

DL

ENCYCLIQUE – Analyses et réactions (7)

On les attendait… Voilà donc quelques commentaires moins enthousiastes quant à l’encyclique Laudato Si’. Comme quoi, la « louange » de François d’Assise continue toujours encore d’embêter les marchands de tissus… Une vieille histoire…

  • D’abord un refus. Celui de Stanislas de Larminat à qui j’ai proposé de réagir à la sortie de l’encyclique dans le cadre de mon travail de journaliste. Ce que je lui proposais n’était pas assez bien selon lui (il aurait préféré les colonnes de La Croix !). Et il « n’aime pas réagir à chaud ». Dont acte. Pour quelqu’un qui se dit spécialiste de l’écologie chrétienne, de la pensée des papes et du Compendium, n’avoir rien à dire, même à chaud, quand un pape publie une encyclique sur le sujet a quand même de quoi surprendre. Même pas un « merci » ou un « laudato si' » poli. Non, rien. Mais ça va être difficile pour lui de botter en touche (comme le font un certain nombre de conservateurs catholiques) en suggérant que les papes n’ont pas à se prononcer sur la science ou l’économie, tout en passant son temps de retraité actif à écrire des livres où l’enseignement de l’Eglise est sollicité sans cesse pour dire ce qu’est la vérité de la science et de l’économie mondiale…
    Mais il est vrai, comme dit le magazine Challenges (voir ci-dessous) que ce pape est de « gauche ». Ah bon sang, mais c’est bien sûr. Il suffisait d’y penser.
  • Le site Solidarite et Progrès, site de l’étonnant Jean Pierre Chaminade, ancien candidat aux présidentielles et membre de réseaux politiques aux ramifications un peu étranges. Où on (re)trouve la grille d’analyse anti-malthuséenne qui justifie tous les raccourcis et toutes les théories complotistes : le réchauffement climatique est un mythe ; les écologistes sont anti-natalistes ; ils complotent pour contrôler le monde etc. Article d’un dénommé Karel Vereycken.2015 Solidarité et progrès
 » Suite à leur dernière « prise de guerre », les écolo-malthusiens et la finance internationale se frottent les mains. Avoir obtenu que le pape François, à la tête d’une Église catholique comptant plus d’un milliard de croyants, donne sa bénédiction à l’imposture du réchauffement climatique, par la voie de sa nouvelle encyclique Laudato si où il défend une « écologie intégrale » et les bases d’une « spiritualité écologique », a de quoi les réjouir. Il est plus que regrettable que le pape François, par ailleurs un critique avisé de la vanité de la société de consommation et de la folie qui règne dans le monde financier, ait fini par se faire kidnapper par des imposteurs malfaisants. Alors qu’il s’agit d’une contrevérité absolue, l’encyclique prétend qu’« il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique (…) L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent. »
Cette encyclique est le résultat de dizaines d’années d’un lobbying malthusien qui a démarré bien avant l’arrivée de François. Le document a été présenté à la presse par le climatologue allemand Hans Joachim Schellnhuber, à la tête de l’Institut de Potsdam depuis 1992. Membre du très malthusien Club de Rome, conseiller de longue date d’Angela Merkel, de Deutsche Bank et du pape Benoit XVI, il a été distingué en 2004 par la Reine d’Angleterre par le titre de Honorary British Commander of the Empire (CBE). L’homme n’hésite pas à prôner des solutions bien plus extrêmes que le pape François, notamment la « décarbonisation complète » de l’économie mondiale et l’arrêt complet de l’énergie nucléaire, un programme qui, si mis en œuvre, ramènerait la population mondiale à moins d’un milliard d’habitants.
(etc.)
  • Le magazine économique et de standing Challenges en avalerait presque sa cravate et tombe dans une lecture sociologique bien primaire et si pratique : le pape est de gauche ! Une vieille rengaine que les nombreux défenseurs de droits de l’homme connaissent bien en Amérique du Sud : dès que vous défendez la dignité des plus pauvres, vous êtes de gauche et contre le progrès… Allez, Maurice Szafran, (ancien du magazine Marianne etc.) encore un effort. La « conversion écologique » est aussi une conversion du coeur…

2015 Challenge pape

Le pape François, nouvelle méga-star de la … gauche !, article de Maurice Szafran

Après avoir rappelé la lecture très positive de l’encyclique que fait le sociologue Edgar Morin (on en reparlera), soulignant l’insistance récurrente du pape sur la place des plus pauvres, l’article poursuit :

(…) Remarquons que François n’est pas le premier souverain pontife à pointer les excès, les débordements du capitalisme. Ses deux prédécesseurs, Benoît XVI et Jean-Paul II n’avaient jamais hésité eux non plus à les dénoncer, à en appeler à la régulation. Mais François va plus loin, plus fort, plus direct. Ainsi critique-t-il avec véhémence, avec indignation, l’attitude des chefs politiques de l’Europe dans le drame des migrants de Méditerranée. Dans son esprit, ils font preuve d’une incommensurable lâcheté qui les discrédite, qui leur interdit de se revendiquer de l’humanisme Le week-end dernier, prenant la parole à Turin, François a cogné, dénonçant une nouvelle fois, une énième fois « le spectacle qui fait pleurer de ces êtres humains traités comme des marchandises ». Il ne se contente pas de condamner ; il renverse la dialectique de ceux qui veulent verrouiller les frontières : « Si l’immigration accroît la concurrence, les migrants ne peuvent en être tenus pour coupables car ils sont victimes de l’injustice, de l’économie de rejet et des guerres ». François Hollande ou le Premier ministre italien Matteo Renzi, en principe des progressistes, n’ont jamais osé aller aussi loin.

« La sauvegarde de la maison commune »

Les vaticanologues les plus affûtés ne s’attendaient pourtant pas à ce que le pape s’engage à ce point dans le combat écologique. Jamais l’Eglise catholique n’avait démontré un attachement acharné à cette cause ; jamais la curie romaine n’avait publié de textes approfondis, montrant une pensée puissante ou même originale. François y remédie, et fortement. Puisqu’il s’agit de la « sauvegarde de la maison commune », il en appelle à la « révolution écologique », à une « écologie intégrale ». Et ce concept d’intégralité, de « vraie approche écologique » est d’une importance cruciale puisque, selon François, « il se transforme toujours en une approche sociale qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ». Les Curés « rouges » du Brésil, ceux qui entouraient Don Helder Camara, auraient pu former la garde prétorienne de ce pape, la nouvelle icône des gauches. Plus étonnant encore, le pape François n’hésite pas non plus à bousculer l’ordre moral de l’Eglise. A pas comptés, mais tout de même. Rien à voir avec le conservatisme borné et étriqué de ses devanciers. Les paroles de réconfort envers les homosexuels et les divorcés remariés marquent une brisure nette, comme une rupture. Il n’est toutefois pas acquis que ce pape contrôle et maîtrise une technostructure ecclésiale autrement plus prudente que lui. François est désormais la star de millions de citoyens se revendiquant de la gauche. Fort bien, les paradoxes sont toujours enrichissants. Mais est-il si populaire que cela dans sa propre maison?