INTER-RELIGIEUX – Les monothéismes à l’écoute des oliviers

2014 Interreligieux JérusalemXavier, de Pax Christi France, me signale cette information très intéressante donnée par le patriarcat latin de Jérusalem. Car l’écologie est aussi un passionnant chantier de la rencontre inter-religieuse !!

Le mercredi 22 octobre 2014 s’est tenue au Centre des conférences Mishkenot Sha’ananim, à Jérusalem Ouest, une conférence sur le thème de ‘La foi et l’écologie’, en partenariat avec le Centre interreligieux pour le développement durable, la Fondation Konrad Adenauer et le Studium Theologicum Salesianum de Jérusalem. Sont intervenus Mgr William Shomali, ainsi que des représentants des deux autres religions monothéistes, et une experte dans le domaine de l’environnement du Collège Académique de Tel Aviv-Yaffo. La conférence fut introduite par Dr. Michael Borchard, chef du bureau de la Fondation Konrad Adenauer en Israël. Ce dernier a souhaité la bienvenue à tous les participants, et parmi eux un grand nombre de séminaristes et prêtres du Studium Theologicum Salesianum, ainsi que quelques participants juifs et musulmans.

 C’est le Père Biju Michael, directeur du Studium Theologicum Salesianum, qui a présenté brièvement l’intérêt que montre l’Eglise catholique au sujet de l’écologie, surtout dans l’enseignement du Saint Pape Jean Paul II, que l’Eglise célébrait d’ailleurs ce jour dans la Liturgie. Toute suite après, le Rabbin Yonatan Neril, directeur exécutif du Centre interreligieux pour le développement durable, a présenté l’animateur de la conférence, le Rabbin Michael Melchior. Ce dernier n’a pas manqué de souligner combien Jérusalem, étant la « porte du ciel », constitue le lieu idéal pour une telle conférence, tout en précisant que la religion a un rôle à jouer dans « la protection de l’environnement aussi pour les générations à venir ». « Car le monde appartient à Dieu, et nous ne sommes que des visiteurs. Quand nous ne prenons pas soin de l’écologie, nous commettons une crime de base contre la religion ».

Selon Mgr Shomali, une telle rencontre peut prendre ses sources soit dans la théorie, soit dans la réalité. La réalité, quant à elle, rappelle que l’écologie est en danger. Et c’est le besoin réel de protéger l’écologie qui se trouve derrière cette rencontre aujourd’hui. Par exemple, la pollution de l’eau, surtout à Gaza, mais aussi, paraît-t-il, dans la région de Jérusalem, représente un vraie problème, a déploré l’évêque. Et du point de vue de la théorie, c’est-à-dire de la Bible selon Mgr Shomali, le récit de la création rappelle que Dieu a contemplé son oeuvre et qu’« Il vit que cela était bon» (Genèse 1). Dieu a confié cette bonne création à l’homme pour qu’il la protège, même si l’homme est aussi devenu un risque.

Ensuite, l’Imam Wisam Barhum a présenté le regard que donne l’Islam sur l’écologie. L’Islam reconnait dans la terre le lieu qui a accueilli les prophètes, les envoyés de Dieu et les messages célestes. Aussi Dieu a ordonné à Noé lors de déluge, selon le Coran, de prendre un couple, mâle et femelle, de chaque créature. Les interprètes musulmans y voient une allusion à la protection des animaux, mais aussi des végétaux. L’homme néanmoins, essaie de mettre la main sur la création de Dieu, et finit par la détruire au lieu de la protéger.  Le Rabbin Yuval Cherlow a également pris la parole pour expliquer que « la religion ne peut pas se réduire aux cérémonies religieuses, mais qu’elle doit s’intéresser aux problèmes du monde ». « Les religions ne peuvent pas rester rigides et figées dans des vielles traditions. Elles doivent dialoguer avec la modernité. Cela est important non pas seulement pour protéger l’écologie, mais aussi pour protéger la religion même », a commenté le Rabbin.

Enfin, l’assemblée a pu écouter la voix de la science à travers le Dr. Nurit Hashimony Yaffe, du Collège Académique de Tel Aviv Yaffo. Elle a commencé par énumérer quelques problèmes que connaît l’écologie aujourd’hui : le réchauffement climatique, la diminution des terres agricoles…etc. Mais elle a expliqué aussi que l’écologie ne concerne pas seulement la santé de l’homme et son souci d’hygiène. Elle touche aussi aux aspects sociaux, culturels, économiques et politiques de sa vie. Face aux problèmes écologiques, l’homme est appelé à faire des « choix politiques ». Pourquoi ? Parce que les ressources sur cette terre que nous partageons sont limitées. Et beaucoup d’entre elles ne sont pas renouvelables (comme le pétrole, par exemple). C’est pourquoi il est important de bien gérer ces ressources, selon les normes qu’impose la justice sociale. Dr. Yaffe a ensuite constaté que la plupart des problèmes écologiques surviennent dans des pays faibles, faiblement ou pas du tout démocratiques.

Elle a terminé en soulignant le fait que tous les hommes sont partenaires de l’écologie, la sauvegarde de la planète dépassant les religions et les nations. Et que ce partenariat peut être une occasion pour nous aider à vaincre nos divergences.

Source : Article de Firas Abedrabbo © Source : Patriarcat latin de Jérusalem. 22 octobre 2014

FORMATION – CQFD pour l’AFR du CER

2014 AFR se formerLe blog E&E en a déjà parlé, mais c’est le moment de s’inscrire et il reste quelques places ! Dans tous les cas, à faire connaître dans vos réseaux, pour des personnes qui  cherchent une bonne formation autour des questions écologiques, du monde rural, de la foi chrétienne etc.

Le Carrefour de l’Eglise en Rural propose une formation : l’Année de Formation rurale (AFR). Celle-ci permet et donne des moyens d’analyse pour comprendre justement ces évolutions sociétales. Elle allie à ces approches socioéconomiques, les dimensions philosophiques, bibliques, théologiques et la connaissance de la pensée sociale de l’Eglise, ainsi que la méthodologie de projet. Elle accompagne les personnes en formation dans la mise en place de projets au service du « vivre ensemble », de la fraternité, sur les territoires, en mouvements…

La thématique-fil rouge de cette année concerne une problématique très actuelle : l’Homme au cœur de l’écologie. Bon nombre de personnes et de courants parlent de l’écologie, de la préservation de la planète… L’Eglise prend part aussi à cette question essentielle pour le présent et l’avenir non seulement de la nature mais avec elle, celui de l’Homme.

Former des acteurs, animateurs ou formateurs locaux à dimension pastorale, capable d’aborder cette question fondamentale pour l’humanité, à l’aide des textes fondateurs, de rencontres de témoins acteurs, d’intervenants… peut constituer un atout pour la vie de l’Eglise locale et plus largement et apporter la singularité de la responsabilité et du regard chrétien sur la création à la société. Nous vous appelons et invitons à transmettre cette proposition de formation à toutes les personnes que vous connaissez qui pourraient être intéressées. Vous-même peut-être ?

Il existe des possibilités de prises en charge pour les salariés. En ce qui concerne les bénévoles, des répartitions de frais sont souvent organisées entre la paroisse, un mouvement ou service et le participant. La formation constitue un investissement pour l’avenir et une mise en dynamique pour le présent. Elle redonne souvent du souffle pour les personnes, dans les équipes et au sein du mouvement…

DL

DEVELOPPEMENT – Quand le Vatican devient altermondialiste

2014 Pape JuanLe 27-29 octobre se déroulera la Rencontre mondiale des mouvements populaires, organisée par le Conseil pontifical Iustitia et Pax et l’Académie pontificale des sciences sociales. Ce sont donc le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, Président du Conseil pontifical, Mgr Marcelo Sánchez Sorondo, Chancelier de l’Académie, et de M.Juan Grabosi, responsable de la Confédération des travailleurs de l’économie populaire qui ont présenté ces journées.

Juan Grabosi est devenu célèbre du fait de son action en faveur des exclus (« cartoneros », ambulants, « campesinos ») à Buenos Aires. Une sorte « d’abbé Pierre » argentin que le cardinal Bergoglio soutenait déjà, pour dénoncer les effets pervers du néolibéralisme.

Le Saint-Père, a dit M.Grabosi,

« nous encourage aujourd’hui à agir de manière globale. Organisés en une multitude de mouvements populaires, les pauvres et les pays pauvres doivent engager une bataille pour retrouver leur dignité et gagner la justice sociale. La Rencontre répond à des intérêts simples et concrets…comme la terre, l’habitat et l’emploi…de plus en plus difficiles à défendre. Pour atteindre ces objectifs il faut organiser les pauvres afin qu’ils construisent d’en bas une alternative à une globalisation qui exclut tant de personnes des biens essentiels que sont la terre, l’habitat et le travail, mais encore la paix et la paix ».

Des dirigeants des divers continents prendront part à la Rencontre pour représenter les travailleurs précaires, saisonniers et émigrés, les chômeurs organisés en auto-gestion, sans protection sociale, médicale ou syndicale, les paysans expulsés de leurs terres par la spéculation ou la violence, les victimes de l’exode rural contraints de vivres aux périphéries urbaines sans services. Lire la suite

BIODIVERSITE – Le déclin de l’empire humain

Comme en écho avec l’entretien avec Mgr Wintzer (voir ci-dessous), il faut lire les conclusions du rapport Planète vivante qui vient d’être publié, un rapport dirigé par le WWF et qui est l’analyse scientifique la plus importante au monde concernant la santé de notre planète et l’impact de l’activité humaine.

Présentation vidéo du rapport (en anglais) qui souligne tout particulièrement le lien entre protection de la biodiversité et la question de la pauvreté. L’accès durable aux ressources naturelles étant évidemment un facteur déterminant pour la vie des populations locales.

L’Indice Planète Vivante global a enregistré un recul de 52 % entre 1970 et 2010. À cause du changement de méthodologie mis en place pour mieux prendre en compte les tailles relatives de chaque groupe d’espèces dans les divers biomes, ce pourcentage s’est considérablement abaissé par rapports aux publications précédentes.

En chute de 76 %, les populations d’espèces d’eau douce déclinent plus rapidement que les populations marines et terrestres (39 % pour chacune d’elles).

La plus forte baisse régionale de l’IPV est localisée en Amérique du Sud, suivie de près par la région Asie-Pacifique.

Dans les aires terrestres protégées, l’IPV a diminué de 18 %, soit un rythme réduit de moitié par rapport à celui de l’IPV terrestre global.

2014 WWF Planète vivante

En moins de deux générations, la taille des populations des espèces de vertébrés a fondu de moitié. Or, les différentes formes du vivant sont à la fois la matrice des écosystèmes permettant la vie sur Terre, mais aussi le baromètre de ce que nous faisons subir à notre planète, notre unique demeure. Nous nous désintéressons de leur sort pour notre propre perte.

Ces indicateurs révèlent la demande excessive de l’humanité en ressources planétaires et montrent que nous dilapidons les cadeaux offerts par la nature comme si nous avions plus d’une Terre à notre disposition. En prélevant sur nos écosystèmes davantage que ce qu’ils peuvent régénérer eux-mêmes, c’est notre avenir que nous hypothéquons. Conservation de la nature et développement durable sont pourtant indissociables : à travers eux, il ne s’agit pas uniquement de préserver la biodiversité et les milieux, mais rien de moins que de préserver l’avenir de l’humanité, c’est-à-dire notre bien-être, notre économie, notre sécurité alimentaire, notre stabilité sociale, en un mot notre survie. Dans un monde où la pauvreté est une réalité pour tant d’individus, la protection de la nature pourrait passer pour un luxe. C’est pourtant le contraire : pour les plus modestes de la planète, c’est un moyen de survie. Et de fait, nous sommes tous dans cette situation : où que nous vivions sur le globe, nous avons tous besoin de nourriture, d’eau douce, et d’air pur.

La situation est si préoccupante qu’il semble difficile d’envisager l’avenir avec optimisme. Difficile, certes, mais pas impossible, parce que c’est en nous-mêmes, qui sommes à l’origine du problème, que nous pouvons trouver la solution. À présent, notre obligation est de faire en sorte que la génération à venir saisisse l’occasion que nous avons laissé passer jusqu’ici, et referme ce chapitre destructeur de notre histoire, pour bâtir des lendemains où les êtres humains vivent et prospèrent en harmonie avec la nature. Car oui, nous sommes tous connectés les uns aux autres, et, ensemble, nous pouvons imaginer et adopter les solutions qui sauvegarderont l’avenir de notre seule et unique planète.

DL

COLLOQUE – L’écologie, entre foi et culture

2014 WintzerLe 29 novembre prochain, l’Observatoire Foi et Culture de la Conférence des évêques de France tiendra son 5ème colloque. Il aura pour thème : « Sauver la création. Ecologie, enjeu spirituel ». Le site de la CEF en propose un décryptage par le responsable de l’OFC, Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers. Vicaire général à Rouen, Mgr Wintzer était uniquement en ville et se déplaçait souvent à vélo. Nommé depuis archevêque d’un diocèse rural, il privilégie le train, ce qui lui permet aussi de travailler ! « Sans doute que je fais couler le robinet de ma salle de bain plus longtemps que je ne le devrais… » reconnaît-il.

Quel est le thème du colloque 2014 de l’OFC ?

Cette année, l’OFC organise son 5ème colloque. En effet, on pourrait se demander pourquoi cette instance qui s’occupe des questions culturelles a choisi ce sujet de l’écologie. C’est une manière de souligner que la question de l’écologie n’est pas qu’une problématique technique, qu’elle ne concerne pas que des enjeux purement scientifiques mais bien un projet global pour la société et la place de l’homme dans cette société. Ne laisser cette question qu’aux seuls techniciens, c’est devenir esclave de la technique. Elle est à notre service mais cependant elle doit rester sous la conduite de la réflexion humaine.

L’enjeu est aussi spirituel…

En effet, le titre du colloque est « Sauver la création ». On retrouve la terminologie chrétienne : Il est question du « salut » et de la « création ». Le sous-titre est « Ecologie, enjeu spirituel ». Là aussi, comme on donne à la culture une signification vaste – la place de l’homme dans l’univers – la question écologique doit avoir toute son ampleur.

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ECOLOGIE – Développement durable suisse et évangélique

PEV SuisseEn Suisse, il y a un Parti Evangélique, parti politique fondé en 1919, sous le nom de Parti chrétien protestant dans le canton de Zurich. Un parti plutôt centriste et qui met au coeur de sa politique le développement durable…

Ce sont en fait trois piliers qui soutiennent le programme du PE Suisse : développement durable, bien commun et dignité humaine. «Notre politique a toujours visé la durabilité, l’amélioration des perspectives de nos petits-enfants en quelque sorte» a rappelé Marianne Streiff, la présidente du PEV suisse, le 21 octobre lors de la conférence de presse à Berne.

Intéressant de voir que pour 2015, le PEV met deux actions en priorité :

  • La réforme de l’imposition des grandes successions, qui s’inscrit dans une réflexion sur le lien entre canton et gouvernement fédéral (il faut sûrement être Suisse pour bien comprendre…)
  • Le deuxième point fort thématique est la modification de la constitution prévue pour libéraliser le diagnostic préimplantatoire (DPI). Le PEV a toujours contesté le choix de fabriquer des embryons in vitro surnuméraires. « Nous ne voulons pas ouvrir la porte à une distinction entre vie utile ou non utile, basée sur une analyse génétique », a rappelé Mme Streiff.  L’adaptation de la loi sur la procréation assistée veut introduire le droit d’analyser tous les embryons conçus in vitro avant de les implanter, et d’en éliminer ceux qui présenteraient un problème potentiel. Contrairement au Conseil fédéral qui voulait réserver la possibilité du DPI aux couples présentant des risques accrus de maladie héréditaire grave (environ 150/an), le parlement a élargi la proposition à tous les embryons issus d’une fécondation in vitro (environ 6’000/an)  et a aussi inclus le screening chromosomique qui permet d’identifier les embryons potentiellement trisomiques. Le comité exécutif du PEV a décidé de lancer le référendum contre la loi si le peuple accepte la modification de la Constitution (votation prévue le 14 juin 2015).

Ce parti centriste, apparenté au Parti socialiste et aux Verts, a donc un positionnement original, vu de France : sur des questions environnementales ou économiques, il est progressiste mais sur des questions de société, il est très conservateur, opposé notamment à la dépénalisation de l’avortement et organisateur du référendum contre le partenariat enregistré pour les couples de même sexe.

DL

ECOLOGIE – Le jardin d’Ecen

2014 ECENChristine est revenue emballée de son séjour en Hongrie, il y a quelques jours à peine. Il faut dire qu’elle y a rencontré les chrétiens du réseau environnemental chrétien européen (ECEN) qui se rassemblaient pour leur 10e assemblée. En voici son compte rendu, paru dans le journal Réforme.

Des chrétiens d’Europe se mobilisent pour la sauvegarde de la Création. Ils vivent l’écologie comme un élément essentiel et constitutif de leur foi. Illustrations en Allemagne et Autriche. À l’heure où les regards convergent vers le sommet climat des Nations unies qui se déroulera à Paris en 2015 (COP21), et où nous commençons à prendre la mesure des conséquences des changements climatiques, des chrétiens issus de diverses Églises d’Europe se sont réunis du 27 au 30 septembre dernier en Hongrie, à l’occasion de la 10e Assemblée de l’ECEN (voir encadré). Ils se sont interrogés sur la responsabilité morale des Églises afin d’apporter des réponses concrètes à la crise environnementale, sociale et spirituelle que nous traversons.

Plus d’une centaine de personnes, originaires de 24 pays d’Europe, ont témoigné d’approches théologiques et écologiques de grande qualité. Elles ont surtout partagé leurs expériences de terrain, inspirantes pour chacun. Ces chrétiens, engagés pour le respect et la sauvegarde de la Création, vivent leur engagement écologique comme un élément constitutif et essentiel de leur foi, et non comme une préoccupation périphérique.

Suite de l’article sur le PDF ci joint

2014 ECEN Article

DL