ROME – Scandaleux paradoxe de l’abondance

2014 Pape FAO NovembreC’est la FAO, à Rome, qui a eu droit, jeudi, à la visite du pape. Cet organisme onusien qui travaille notamment sur les questions de l’alimentation dans le monde, organise actuellement la seconde Conférence internationale sur ce sujet brûlant. Il a été accueilli par le directeur général et son adjoint, José Graziano da Silva et Oleg Chestnov, ainsi que par l’Observateur permanent du Saint-Siège près cette organisation, Mgr Luigi Travaglino. Extraits de son discours.

(…) Si l’attention à la production alimentaire, à la disponibilité des aliments et à leur accès, comme l’attention aux changements climatiques et au commerce agricole doivent certes répondre à des méthodes techniques, l’homme doit être prioritaire.

La première préoccupation doit regarder les personnes qui manquent du pain quotidien, qui en sont réduits à lutter pour survivre au point de ne plus se préoccuper de vie sociale ni de rapports familiaux. Inaugurant ici-même en 1992 la première Conférence sur l’alimentation, Jean-Paul II avait mis en garde la communauté internationale contre le « paradoxe de l’abondance »: il y a de quoi nourrir tout le monde mais tous ne parviennent pas à manger, alors même que le surplus et le rebut, la surconsommation et l’usage détourné d’aliments sont monnaie courante. Malheureusement, ce paradoxe est plus que jamais actuel. Il y a peu de sujets comme la faim auxquels on applique tant de sophismes, dont on manipule les données et les statistique en fonction de la sécurité nationale, par corruption ou référence feinte à la crise. Tel est le premier obstacle à franchir.

Le second consiste à résoudre le manque de solidarité, un mot devenu presque suspect, qu’inconsciemment certains semblent vouloir gommer du dictionnaire. Nos sociétés souffrent d’un individualisme croissant mais aussi de division, ce qui conduit les plus faibles à perdre leur dignité de vie mais aussi à la manifestation de révoltes contre les institutions. Lorsque la solidarité fait défaut au sein d’une société, le monde entier s’en ressent. La solidarité rend les individus capables de rencontrer l’autre et de tisser des liens fraternels dépassant toutes les différences, et par conséquent de rechercher ensemble le bien commun. Dans la mesure où ils sont conscients de leur responsabilité envers le dessein de la création, les hommes sont capables du respect des autres, plutôt que de se combattre au dam de la planète.

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ROME – Le climat, c’est pas encore le Pérou

2014 Pape PérouOn savait que le pape François prévoit de publier une encyclique sur les enjeux écologiques contemporains l’année prochaine. Plusieurs déclarations et rencontres récentes en disent un tout petit peu plus.

Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, chancelier de l’Académie pontificale des Sciences, s’est exprimé sur le sujet vendredi dernier, à Rome, au cours de la conférence annuelle donnée organisée par la Cafod,l’agence caritative catholique d’Angleterre et du Pays de Galles. Si la date de publication de l’encyclique n’est pas fixée, le chancelier argentin a cependant précisé qu’elle le sera suffisamment tôt pour pouvoir influer sur les « décisions cruciales de l’année prochaine », qui devront être prises au cours des sommets de New York, sur les prochains objectifs d’un développement durable, et de Paris, sur les changements climatiques.

Nouveauté : Mgr Sodano annonce aussi la volonté du pape François de rassembler des représentants des principales religions « pour sensibiliser les peuples de tous les pays sur l’état du climat et la tragédie de l’exclusion sociale. » Il souligne aussi qu’un des problèmes actuels est la prise en compte unique du PIB, comme critère de développement, un crière qui « ne prend pas en compte la dégradation de la terre » et pas davantage les « inégalités injustes entre les pays et au sein même de chaque pays. » Et de conclure : « Le pape est très au fait que les conséquences du changement climatique affectent tous les peuples, mais spécialement les plus pauvres. C’est là une conséquence éthique et un impératif moral. »

On peut rappeler à l’occasion, qu’en septembre dernier deux scientifiques de renom avaient lancé un appel, dans le journal Science, a une mobilisation massive de l’opinion publique par le Vatican et les autres religions pour agir pour la protection de l’environnement.

On peut aussi rappeler que le pape s’est exprimé aussi sur la prochaine conférence sur le changement climatique qui va s’ouvrir dans quelques jours, début décembre, à Lima (Pérou). En effet, il a rencontré le président péruvien Ollanta Humala au Vatican et lui a souhaité que cette rencontre soit un franc succès. Un sujet de discussion aussi de la rencontre que le pape argentin a eu avec Christiana Figueres, la secrétaire exécutive du réseau des Nations Unies sur la Convention sur le changement climatique. Celle-ci a profité aussi de sa visite pour rencontrer le secrétaire d’Etat, le cardinal Pietro Parolin.

DL

Source : The Tablet, 13 November 2014 12:49 by Christopher Lamb

 

BARRAGES – Quand la coupe déborde

2014 Barrages brésiliensCertains reçoivent peut être la « Lettre d’Amazonie » qui témoigne du quotidien des hommes et des femmes qui y vivent et des missions chrétiennes qui tentent de défendre l’essentiel. Dans le dernier numéro de la lettre sont analysées les raisons des  importantes inondations sur le Rio Madeira. Occasion de rappeler quelques faits oubliés.

Le Rondonia est un Etat de l’ouest du Brésil, à la frontière avec la Bolivie.  Un Etat oublié qui était couvert à l’origine de plus de 200 000 km2 de forêts tropicales.  Il y a dix ans déjà, un tiers de la forêt avait déjà disparu sous les coupes massives. Il est désormais l’une des régions du Brésil les plus atteintes par la déforestation.

Y a t-il un lien ? Au début de l’année 2014, des inondations catastrophiques ont touché la région. En mars, 2000 Familles ont du être déplacées, et l’Etat a été mis en état d’urgence ainsi que plusieurs autres Etats voisins. De quoi s’interroger aussi sur la gestion du patrimoine hydrologique de ces régions. Selon la revue Ciênça, la multiplication des crues dites « centenales » n’est pas un hasard. Dérèglement climatique, mais aussi multiplication des barrages sont des facteurs évidemment aggravant.

Occasion de rappeler que ces projets de barrages gigantesques sur ces bassins hydrologiques cruciaux pour toute la biodiversité de la région et donc aussi la vie des populations locales, ont pour buts premiers la production d’électricité moins chère que l’énergie produite à partir du pétrole. Mais aussi le développement de voies navigables du Brésil vers les ports côtiers du Pérou, via la Colombie. De quoi pouvoir exporter facilement les produits agricoles (!) brésiliens vers les pays asiatiques…Le rapport annuel du CIMI (Centre indigène missionnaire) permet de comprendre l’impact de ces projets sur les régions en termes de corruptions organisées, violences aux populations indigènes et autres trafics d’influences.

En attendant, et malgré de nombreuses manifestations des populations locales, les plans de développement à grande vitesse des pays sud-américains continuent de piller le patrimoine naturel et de déséquilibrer gravement les écosystèmes locaux au nom du développement économique du pays. Et tant pis pour les inondés qui vivent sur place. En passant, on peut rappeler aussi que certains de ces barrages ont été allégrement soutenus par une belle entreprise française, GDF Suez pour ne pas la nommer. Plus d’infos ici.

La revue, citée par la Lettre d’Amazonie propose une analyse : Lire la suite

ECOLOGIE – Chacun chez soi : un bien étrange écosystème

2014 EscargotsLe blog E&E avait évoqué déjà l’initiative suisse Ecopop. Voilà qu’elle titille, sans surprise, les rédacteurs du « Salon beige », un site animé par quelques « jeunes » laïcs catholiques conservateurs (pour ne pas dire plus). Occasion pour eux de développer un nouveau néologisme qui en dit long de ce que chacun peut faire de la thématique écologique. Quand on vous dit que c’est pas parce qu’on est sensible à l’écologie qu’il faut arrêter d’exercer son sens du discernement….

Bon. Le Salon beige n’aime pas l’immigration. On s’y attendait. Il aime encore moins « l’immigration massive » qui est évoquée par l’élégant concept de « remplacement » des populations. On passe sur les expressions de « génocides » et de « suicide »utilisées pour parler de ce que devient la société française. Tout cela est attendu dans ce salon où on ne doit pas souvent ouvrir les fenêtres.

C’est là qu’arrive le couplet sur l’écologie…

L’idée d’une « écologie des populations » vise à lutter contre ce double danger. « Eco » vient du grec οἶκος, oîkos (la « maison »). L’éco-logie est donc la science ou la logique de l’habitation. L’éco-population désigne donc la « maison de la population ». De même que l’économie, (οἰκονομία, oikonomía) désigne la « gestion de la maison ». Rien de plus écologique et économique, donc, qu’une « écologie des populations ». On ne saurait résister au double déracinement de l’immigration massive et du basculement de civilisations sans comprendre et exploiter cette référence à la « maison », à l’habitation et au concept fondamental du « chez-soi ».  Le chez-soi, c’est le lieu où l’on vit, où l’on mange, où l’on dort. C’est un lieu que nous connaissons, et, surtout, que nous reconnaissons.  La déconstruction des normes morales, dans laquelle l’européen se reconnait, fait qu’il ne peut plus être « chez-soi », chez lui : il ne s’y reconnait plus. De même que l’importation de nouvelles normes, de nouvelles religions et de nouvelles modalités de vivre, à cause de l’immigration, nous fait perdre le sens du « chez-soi ». (…) L’écopopulation est cette manière intelligente de dire deux choses : nous sommes chez nous, et notre pays a une âme. Donc nous avons le droit de nous soucier de l’âme de notre pays.  »

Et de citer la philosophe Simone Weil pour justifier la notion « d’enracinement » d’un peuple. Pauvre Simone. Tout cela pour justifier un bricolage sémantique… Et qui se veut fidèle à « l’écologie humaine » de Benoît XVI et du pape François. On croit rêver…

Voilà. On le savait. L’écologie, même chez des « chrétiens » peut fricoter avec les extrêmes, à gauche et à droite. Au nom d’un internationalisme libertaire ou d’un nationalisme libéral, le souci de « l’environnement », comme « milieu de vie » commun aux créatures de cette petite planète, peut devenir un champ de bataille idéologique, aux relents bien peu reluisant. Certains rêvent de leur maison comme d’une forteresse. D’autres comme d’une gare routière. Très peu évoquent « l’âtre » qui rassemble autour du feu, pour partager les biens de la terre et se reconnaître, dans la lumière, comme membre d’une même famille humaine. Cela n’empêche en rien les enracinements intérieurs nécessaires un temps mais qui eux mêmes sont à « quitter » pour suivre Celui qui n’a même pas de pierre où reposer sa tête…

Et si on construisait plutôt patiemment les liens vitaux qui maintiennent l’énergie de tout écosystème, sans cesse renouvelé par la biodiversité de ses membres et par la volonté de coopération à tout niveau ? Et si notre « oikos » était ce que l’Esprit suscite en chacune de ses créatures ?

DL

Source : L’écopopulation, ou comment retrouver le sens du « chez-soi », Le Salon Beige , le 12 novembre 2014 à 22:41

 

BIBLE – Quand la poule voit le Tigre, l’Euphrate

2014 DeuteronomeRaymond F. Person Junior est un professeur de religion à la Ohio Northern University (USA). Il est aussi l’auteur d’un livre récent (non traduit pour l’heure) intitulé : « Le Deutéronome et l’amnésie environnementale ». Un bon exemple des recherches en cours dans la sphère anglo-saxonne entre théologie biblique et enjeux environnementaux.

L’amnésie dont parle l’auteur est cette difficulté qu’ont les sociétés occidentales à se souvenir de nos liens intimes à notre environnement immédiat et à ses habitants humains et non-humains. Pour lui, cette pathologie s’enracine dans des structures sociales et mentales déjà présentes dans les civilisations mésopotamiennes, comme en témoigne le livre biblique du Deutéronome. Un livre qui exprime la théologie d’une école biblique particulière, qui a souffert elle aussi de cette amnésie tout en y collaborant. Et surtout, qui y apporte un début de remède par le biais des législations nouvelles qu’elle promeut. Le travail de Raymond F. Person s’appuye aussi sur une approche d’hémerneutique philosophique, à l’école des Heifegger, Gadamer, Habermas et Ricoeur…

Le livre est constitué de deux parties : d’abord une description de ce que représente cette amnésie environnementale et ses déclinaisons dans le livre du Deutéronome (gestion des biens familiaux, rapport terres et vie sauvage, rapport Israël aux nations, rapport entre animaux purs et impurs, rapport entre ruralité et urbanité… La deuxième partie propose un commentaire biblique d’un certain nombre de passages du livre.

SI vous êtes intéressés, vous trouverez le plan (en anglais) de l’ouvrage ci-dessous.

DL
Source : Deuteronomy and Environmental Amnesia, de Raymond F. Person, Jr. Series: Earth Bible Commentary, 3
Sheffield Phoenix Press, 2014.

PLAN DE L’OUVRAGE
Contents
Introduction
The ‘Emerging Field’ of ‘Environmental Hermeneutics’
The Earth Bible Project and Its ‘Ecological Hermeneutics’
Re-Placing ‘Ecological Hermeneutics’ and ‘Environmental
Hermeneutics’
Methodological and Privileged Perspectives
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CLIMAT – Peut être que François connaît Tony par coeur ?

2014 AbbottL’Australie n’est pas la meilleure élève en ce qui concerne la mobilisation sur les urgences climatiques. Peut être est-ce pour cela que le pape François a rajouté son petit verset dans le courrier qu’il vient d’envoyer à Tony Abbott, le premier ministre australien qui va accueillir le 15 et 16 novembre prochain le sommet du G20 à Brisbane ?

« Il serait malheureux que ces discussions s’arrêtent à des déclarations de principe. De par le monde et au sein même de vos pays, trop de personnes souffrent de malnutrition, d’un chômage croissant, notamment chez les jeunes, d’une exclusion sociale en augmentation au point de favoriser la criminalité voire le terrorisme. Ce sont des phénomènes qui vont de pair avec l’agression constante des milieux naturels que favorise un consumérisme effréné. Toutes choses qui mettent en danger l’économie mondiale. J’espère donc que vous parviendrez à un consensus réel sur les sujets traités, sans limiter vos évaluations à des indices généraux mais en prenant en compte l’amélioration réelle des conditions de vie des plus pauvres et la lutte contre des injustices inacceptables. Mes voeux prennent place dans le sillage de l’Agenda post 2015 de la session en cours de l’Assemblée des Nations-Unies qui, à la question du travail digne pour tous devrait ajouter celle des mutations climatiques… »

Tony Abbott est un libéral, catholique et monarchiste, qui défend par exemple le statut des aborigènes australiens, tout en assumant son scepticisme sur le dérèglement climatique en cours. Une petite citation pour donner le ton :

I mean in the end this whole thing is a question of fact, not faith, or it should be a question of fact not faith and we can discover whether the planet is warming or not by measurement. And it seems that notwithstanding the dramatic increases in man made CO2 emissions over the last decade, the world’s warming has stopped. Now admittedly we are still pretty warm by recent historical standards but there doesn’t appear to have been any appreciable warming since the late 1990s.

Enfin, toute cette histoire est une question de faits et non de foi.  Ou plutôt, elle devrait l’être. Et nous devrions donc être capables de découvrir si la planète se réchauffe ou pas par des mesures appropriées. Et il semble que, malgré l’augmentation importante des émissions anthropiques de CO2 durant la dernière décennie, le réchauffement climatique s’est arrêté. On peut admettre que nous sommes dans une phase plutôt « chaude », selon des références historiques récentes, mais il semble bien qu’il n’y ait plus eu de réchauffement notable depuis la fin des années 90.

Extrait d’un entretien avec Alan Jones, décembre 2009

On retrouve donc là cet argument récurrent dans les milieux climato-sceptiques. Un argument qui en dit long de la lecture « politique » qui est faite de la science. On peut signaler enfin que le cardinal Pell, qui fait partie du G9 entourant le pape, est, lui aussi, un climato-sceptique avéré, malgré l’avis contraire de l’Académie pontificale des Sciences…

DL